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Paris Psych Fest : « Derrière le psyché, il y a une histoire à raconter »

Le psychédélisme est une affaire subjective. Sur la nappe de la table à manger, à travers les lunettes de Lennon, dans les accords de la guitare sèche d’Adamo, on le retrouve partout et nulle part à la fois. Le Paris Psych Fest compte bien croiser les regards sur le sujet pour en tirer le meilleur le temps d’un week-end, le 18 et 19 juin à la Ferme du Buisson de Noisiel. Deux ans après notre première rencontre, on a retrouvé ses têtes pensantes Michael Mateescu et Laurie Chalureau. On a fait un bref état des lieux de la scène psyché en France et demandé ce qu’ils nous préparent pour ces deux jours.

Quel retour vous faites sur les deux premières éditions du Paris Psych Fest ? Vous vous attendiez aux évolutions qui ont eu lieu ?

Michael Mateescu : Quand on s’était vu il y a deux ans, on t’avait dit que l’objectif à moyen terme voire à court terme, c’était de trouver un spot à l’extérieur. Un festival d’été, c’est quand même mieux en extérieur. Les premières éditions, on était un festival nomade, de salle en salle à l’intérieur de Paris. La Ferme du Buisson à Noisiel va changer pas mal de choses, c’est une Scène Nationale, une ancienne ferme classée aux monuments historiques, à 20 min de Paris en RER. L’objectif est donc atteint là-dessus. Sur l’artistique, on a continué de jouer le côté pluridisciplinaire auquel on tient beaucoup. Avec de la musique, du ciné et de l’art visuel. On commence aussi à avoir des artistes psychés de plus en plus gros. L’année dernière, on avait The Horrors en tête d’affiche, cette année on a Temples, qu’on voulait depuis la première édition déjà. C’est aussi le cas pour Psychic Ills et Night Beats.

Laurie Chalureau : On se donne pour mission de bouger les Parisiens à la Ferme du Buisson. Les gens sont capables d’aller au bois de Vincennes pour aller au We Love Green, pourquoi pas Noisiel ?

Il y a moins d’artistes, moins de lieux, moins de jours que l’année dernière. Y a-t-il une raison particulière ?

L. C. : Cette année, on a la volonté de ne pas faire de nuit sur le Psych Fest, alors forcément, avec des créneaux 15h – minuit, tu peux pas booker tout le monde. Au point FMR et à la Machine du Moulin Rouge, il y avait vraiment beaucoup de groupes.

Des choses n’ont pas marché l’année dernière ?

M. M. : La nuit, c’était compliqué. C’est difficile de faire rester le public rock qui arrive en fin d’après-midi, après le dernier métro. À la Machine, même dans une esthétique de musique électronique, si on fait l’enchaînement concert + club, le renouvellement du public est obligé. Le club, c’est pas dans la culture.

L. C. : Et puis, tu ne te fais pas 12h dans la même salle.

La musique psyché est-elle plus représentée en terme de groupes et d’événements depuis 3 ans en France ?

L. C. : Ça pousse comme des champignons !

M. M. : T’as de plus en plus de gros groupes psychés qui cartonnent. Tu prends Tame Impala, ils se mettent à faire des Zénith. Le nombre de groupes psychés qui font une Cigale ou un Trianon, des groupes qui émergent, il y en a énormément c’est fou. Après, au niveau des groupes français, il y a une espace de pallier. Très peu d’entre-eux arrivent à faire des grosses salles.

L. C. : À part La Femme.

M. M. : Tu vois, même Wall of Death, le plus gros groupe français psyché, avait péniblement rempli une Maroquinerie. Il y a énormément de petits groupes mais ils n’arrivent pas à franchir le cap. Par contre chez les étrangers, il y en a de plus en plus qui arrivent à remplir des salles. C’est notamment dû à un gros attrait pour la psych-pop avec des groupes comme Temples. C’est le genre de groupes qui n’existait pas il y a à peine 5 ans.

Est-ce que vous voyez une évolution musicale, des choses qui émergent dans le psyché, ou on reste dans la tradition ? 

M. M. : Le psych-pop, qui n’est pas trop dans la tradition, émerge et se développe vachement. Finalement, le psyché pur est un milieu assez fermé. On a une programmation plus pop, probablement parce qu’on est en extérieur… L’herbe, le soleil, t’as pas envie de mettre un truc vénère !

Vous pouvez nous présenter un peu votre programmation graphique ?

L. C. : Sur l’art visuel, le bimestriel Kiblind organise l’expo « Le Passage » sur des draps sérigraphiés. Cinq jeunes artistes vont présenter leurs œuvres. Le festival Baleapop a scénographie l’événement. Potemkine, un réseau de distribution de films, investit une salle de cinéma éphémère à la Ferme : samedi, rétrospective sur Kenneth Hanger, projection des neuf films que Potemkin juge comme ses chefs-d’œuvre ; dimanche, « La Chute de la Maison Usher » de Jean Epstein, avec une bande-son de Joakim, et ensuite « Belladone » de Eiichi Yamamoto, sorti mercredi 15 juin.

M. M. : Ce qui est marrant c’est qu’on est dans un vrai cinéma, on veut que les gens aillent voir un film. Le plus long doit durer une heure, on a également fait en sorte que les gens puissent profiter de tout.

On voit de plus en plus de cartes blanches accordées à des collectifs, des labels, des orgas de festivals. Qu’est-ce que ça apporte à un festival ?

L. C. : On n’a pas le monopole du psyché : inviter des gens fait qu’on mélange nos visions du sujet, ça apporte des points de vue différents et ça enrichie la programmation selon moi. Baleapop a fait des trucs super drôles auxquels on n’aurait pas pensé, Kiblind nous présente sa vision moderne et numérique, Potemkin fait une prog’ avec des réalisateurs psyché… Comme ce mouvement est quelque chose de très subjectif, le fait d’inviter d’autres acteurs à se rassembler autour de lui enrichit vraiment la proposition.

M. M. : L’idée c’est aussi d’inviter des acteurs forts, l’année dernière on avait Born Bad Records, La Femme… On a un point de vue, des esthétiques similaires, mais ça permet à chacun de faire les choses à sa façon. C’est un melting pot assez cool.

Paris n’était pas historiquement connue pour son passé psychédélique. Est-ce qu’il y a une scène parisienne aujourd’hui ?

M. M. : Oui, qui est liée à des salles comme la Mécanique Aléatoire ou l’Espace B, qui participent vraiment au développement de ce genre en France. S’il n’y avait pas de salle comme ça, je pense que la scène ne se développerait pas autant parce qu’ils donnent la chance à ceux qui n’en ont pas. Il y a deux ans on te disait qu’il y avait une vraie demande, aujourd’hui on en est encore convaincu. L’œuvre grandit, il y a de plus en plus de concerts, même les festivals commencent à s’y mettre. We Love Green programmait la Fat White Family, SavagesLimiñanas… Quand tu te dis que ce genre de festival commence à se mettre sur ce créneau, c’est qu’il y a un truc. On est en concurrence, mais l’important c’est que le style se développe, ils y participent à leur manière donc c’est bien.

Et cette Ferme du Buisson ?

M. M. : On n’y était jamais allé avant, mais c’était l’idée de trouver un lieu en extérieur, qui ait une vraie identité. Tu rentres dedans, tu sens qu’il y a une magie qui s’opère, c’est vraiment ouf.

L. C. : C’est eux qui nous ont contactés. Ils voulaient avoir une programmation un peu plus éclectique, ils ont vu notre projet et nous ont appelés. On y est allés, et on leur a tout de suite dit banco.

M. M. : Ils sont multi-disciplinaires (salle d’expo, salle de danse, musiques actuelles, salle de cinéma…), et ils étaient à la recherche d’événements qui avaient un propos. Derrière le psyché, tu défends quelque chose, il y a une histoire à raconter. Eux sont dans une démarche vraiment artistique, un festival de têtes d’affiches ne les intéresse pas.

Quel groupe est-ce que vous avez découvert le plus tard ?

M. M. : Heimat, ils sont grosso modo apparus au mois de janvier, avec un premier morceau. Deux semaines après, on les a booké.

L. C. : Je ne connaissais pas Nova Materia avant que tu me le fasses découvrir via la programmation.

M. M. : D’ailleurs, c’est drôle, on se retrouve a avoir un DJ sur la programmation. Ça nous tient à cœur depuis le début de toucher au frontières de la musique psyché : Zaltan par exemple, qui je pense est totalement inconnu du public rock, a des sets vraiment riches et très psychés. On cherche à faire des ponts. Zaltan, Nova Materia, c’est un peu des « ouvertures », qui touchent un peu aux frontières, mais qui rentrent totalement dans le cadre de notre programmation.

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