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Nova Twins : « Tu peux acheter ma veste à motifs léopard, si tu veux »

Les Nova Twins sont à la musique ce que le lance-roquette est à l’armement : un gros calibre, qui défonce les murs et éventre les plafonds. Une arme de destruction massive à tendance Rage Against The Machine pointée dans la direction de tes oreilles et des stéréotypes de genre qui continuent à pourrir la société. Rencontre avec des punks du XXIè siècle.

Les médias ne savent plus trop comment vous qualifier. C’est assez drôle d’ailleurs : en fouillant un peu dans la presse britannique, j’ai trouvé des trucs comme « grunk » (grime & punk), « grop » (grime & pop), ou même « grip-hop » (grime & hip-hop). Vous, vous vous définiriez comment ?

Amy Love (chant, guitare) : Les gens ont besoin de coller des étiquettes. Ce n’est pas forcément une mauvaise chose, si ça peut les aider à identifier la musique que l’on fait. Donc, pour la définir, on répète simplement ce qu’ils en disent : parfois c’est punk, parfois grime… Personne n’a tort finalement.

Georgia South (basse) : On fait simplement la musique qu’on aime faire. Les gens en disent ce qu’ils veulent, c’est juste ce qui « sort » de nous : c’est un peu notre bébé.

Mixer punk et hip-hop est finalement assez cohérent, au moins dans l’attitude.

Georgia : C’est sûr ! Mais ce n’était pas maîtrisé, ça c’est fait assez naturellement, à partir de nos influences : on écoutait des trucs comme Destiny’s Child, N.E.R.D, Timbaland, mais aussi les White Stripes, par exemple.

Amy : On ne s’est jamais limitées à un genre en particulier. On est un vrai groupe du XXIè siècle, on écoute de tout. C’est vraiment caractéristique de la musique d’aujourd’hui. A une époque, c’était très cloisonné : il y avait les punks, les mods, les rockers, les rappeurs, etc. Aujourd’hui, avec internet, on a accès à énormément de choses, on peut repousser les limites.

Et vos fans, ils ressemblent à quoi ? Ils sont plutôt punk ou plutôt hip-hop ?

Georgia : On a un peu de tout, en fait. Comme on le disait, nos influences sont très variées, nos fans entendent celles qu’ils préfèrent : certains remarquent des similitudes avec le grime ou le hip-hop, d’autres préfèrent retenir le côté punk. Donc, il y en a pour tout le monde.

Amy : Au départ, notre public était quand même plutôt constitué de punks et de rockers. Et puis, quand on a commencé à faire parler un peu de nous, il s’est diversifié. On a vu arriver des gens qui cherchaient autre chose dans la musique, un truc différent.

Vous pensez que vous pourriez amener des mecs qui écoutent du rap, du hip-hop, ou du R’n’B, à s’intéresser au punk (et inversement) ?

Amy : En tout cas, on aimerait vraiment rassembler des gens différents. C’est toujours un honneur de jouer devant un public hétérogène, c’est même la raison pour laquelle on le fait : un concert est un acte fédérateur, au cours duquel se réunissent des personnes très différentes, peu importe qui ils sont ou d’où ils viennent. Seule la musique compte.

Ce mélange des genres, vous le poussez jusque dans votre style vestimentaire…

Georgia : On a toujours été passionnées de mode donc on a conçu ces vêtements pour la scène, pour accompagner notre style. C’était assez simple, au départ : des collants ou des jeans déchirés, des patchs, de vieilles fripes… Et puis, quand on s’est rendues compte que ça plaisait à nos fans, on a commencé à confectionner et à vendre des choses un peu plus élaborées comme cette veste en jean que je porte, à motifs léopard. Tu peux acheter la même si tu veux.

Nova Twins – Wave

Euh ouais… Mais vous vous habillez vraiment comme ça dans la vraie vie ou pas ?

Amy : Maintenant, oui. Enfin sauf quand on voyage… Là, on a vraiment un look de merde.

Rien de conventionnel chez vous. Pourtant j’ai cru comprendre que vous aviez eu un parcours et une formation assez classiques : des parents musiciens de jazz et profs de musique, et un passage à la British Academy of New Music, qui a aussi formé Ed Sheeran… C’est compatible avec la musique que vous jouez ?

Amy : On a toujours été très libres en réalité. Les parents de Georgia sont profs, ils enseignent la musique classique et le jazz, mais ils nous ont toujours encouragées. Ils n’ont jamais essayé de nous influencer.

Georgia : A l’école c’était pareil. Pendant les cours, une large place était laissée à l’improvisation et à l’expérimentation. On a surtout appris au contact des autres étudiants, lorsqu’on jouait tous ensemble. Les profs ne nous ont jamais imposé quoi que ce soit.

Vous pensez que le fameux « Typical girls don’t create, don’t rebel », lancé par les Slits en 1979, est toujours d’actualité en 2017 ?

Amy : Il y avait sûrement un peu d’ironie dans cette chanson, mais je pense qu’elle est toujours d’actualité, oui. Il y a encore beaucoup de stéréotypes, surtout dans le business de la musique qui continue à être dominé par des hommes. Les femmes y ont quand même un rôle à jouer – toujours le même – celui la chanteuse pop, qui se déhanche sur MTV ou à Coachella. Mais, en dehors de ce rôle, ou dans certains milieux plus underground, elles ne sont pas toujours bien représentées, ni acceptées. Donc il reste encore beaucoup à faire, mais, d’un autre côté, nous avons la chance d’appartenir à une génération qui bénéficie des avancées obtenues par les féministes du siècle dernier. Il faut entretenir le mouvement en combattant les clichés. C’est ce que nous nous efforçons de faire.

Nova Twins – Thelma and Louise

Est-ce qu’un nouveau « Riot grrrl » (mouvement punk féministe de la fin des années 1990) est possible aujourd’hui ?

Georgia : Je crois que le mouvement existe encore, même s’il a moins d’ampleur que par le passé. A Londres il y a pas mal de concerts, organisés par des associations, qui visent à sensibiliser le public à la cause féministe en invitant que groupes féminins par exemple.

D’ailleurs, vous avez été programmées par Les Femmes s’en mêlent, un festival qui met en valeur les artistes féminins. C’est une super initiative, mais, d’un autre côté, c’est un peu triste : ça signifie que, pour voir des filles en festival, il faut carrément en créer un. En 2015, une étude du Guardian avait recensé 2.336 hommes programmés dans les festivals britanniques, contre seulement 270 femmes…

Amy : Oui, c’est dingue de voir que, dans un festival comme Glastonbury, cette année, il y avait encore très peu de groupes féminins. Je sais que les filles de Haim y ont joué – elles jouent partout de toute façon – mais c’est à peu près tout. Où sont les filles ? Il y a tellement de supers groupes féminins qui mériteraient d’y être… Surtout que la plupart des groupes de mecs, qu’on voit dans tous les festivals d’été, ne sont pas très bons.

Georgia : L’industrie musicale est particulièrement sexiste.

Amy : D’un autre côté, je ne suis pas sûre qu’on apporte les bonnes réponses à ces problèmes. Les mouvements féministes sont très fermés : les groupes qui en font partie ne jouent que devant des femmes, et leurs textes ne parlent que de leur combat. Au contraire, notre musique s’adresse à tout le monde. Comme on le disait tout à l’heure, on aimerait vraiment réunir des gens très différents. Ça ne veut pas dire que nous ne sommes pas féministes – on l’est naturellement, en tant que femmes – simplement, on ne veut pas être reconnues pour notre sexe, mais pour notre musique.

Nova Twins – Hitlist

Joseph Mount, de Metronomy, a récemment déclaré : « Maintenant qu’il y’a une star de la télé-réalité à la Maison-Blanche, je me sens autorisé à parler de politique ». Les Nova Twins à la Chambre des Communes, ça aurait de la gueule non ?

Georgia : C’est sûr. On se sent particulièrement concernées par la politique en ce moment, avec tout ce qui se passe. Il faut que ça change, d’une façon ou d’une autre.

Amy : Bon, il y a quand même peu de chance que tu nous voies un jour au Parlement. On n’est pas expertes, loin de là. On est seulement sensibles à certains problèmes, qui nous affectent directement, mais qui ne semblent pas concerner la plupart des politiciens issus de l’élite. C’est pour ça qu’on aime beaucoup Jeremy Corbyn. C’est un mec normal, comme nous.

On a déjà tenté le Président normal en France, et ça n’a pas été un grand succès…

Georgia : Ah oui, c’était Hollande, non ?

Voilà. Et en tant qu’artistes, vous pensez que vous pourriez avoir un rôle dans ce changement que vous attendez ?

Amy : Oui, je pense. A notre niveau, en tout cas : on se bat avant tout pour faire vivre la culture et la musique.

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