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Nous n’irons plus au Rock

Malmenée depuis plusieurs années par ses « soutiens » publics, l’association l’Abordage a finalement été torpillée dans les règles de l’art par ces mêmes collectivités, poussant l’équipe à cesser toute activité, y compris l’organisation du Rock dans tous ses états. L’un des plus vieux et singulier festival français s’éteint de manière brutale et injuste. Et si les institutions, mairie en tête, assurent que le festival d’Evreux vivra, nul doute que l’esprit rock et indépendant ne refoulera jamais le sol de l’hippodrome d’Evreux. Nous non plus d’ailleurs .

« Le roi est mort, vive le roi ! »

Quelques heures après l’annonce officielle de la dissolution de l’Abordage et de l’arrêt du Rock dans tous ses états, Patrick Auffret, président d’Out Of Time, paradait fièrement dans la presse locale sur les ruines d’un des plus anciens festivals français. Il venait de rencontrer l’adjoint à la Culture de Guy Lefrand, Maire d’Évreux, pour envisager un nouveau festival dès 2017. Cette indécence, c’est un peu la goutte d’eau qui nous a fait déborder de notre réserve journalistique. Car depuis plusieurs jours, on assiste à un lynchage du festival et de son association. Lynchage orchestré par la mairie et relayé par une partie de la presse locale. À les entendre, à les lire, l’Abordage était affreusement mal géré et le Rock pesait 500 000 euros de déficit pour les administrés. Il fallait donc arrêter l’hémorragie. En tuant la bête bien sûr.

Sauf que le monde n’est pas si simple. Le monde de la musique encore moins. Et on regrette vraiment que l’équipe de l’Abordage n’ait pas plus communiqué pour mettre à bas la dialectique du Maire. Mais l’une des rares prises de parole de Thierry Auzoux-Lavallé, président de l’association, remet déjà bien les choses en place. Nous ne prétendons pas posséder la vérité absolue sur ce dossier complexe. Mais nous ne pouvons laisser un proche, un ami, mourir puis se faire souiller si violemment sans affirmer notre soutien et notre amour pour lui. Car si nous ne connaissions pas précisément les bilans comptables du RDTSE, nous connaissions très bien son cœur et ceux qui l’ont fait battre pendant de si belles années.

Chez Sourdoreille, on avait le Rock dans la peau. Et ce, bien avant que notre média commence à faire des vidéos de festivals et pose ses caméras à Évreux en 2010. Personnellement, j’ai foulé l’hippodrome ébroïcien pour la première fois en 2001. Putain, 15 ans. Et n’en déplaise à monsieur le Maire, avide de têtes d’affiche et de noms bien ronflants, Muse ne remplissait pas un Stade de France à l’époque. Eh oui, Monsieur Lefrand, j’ai vibré dans votre ville à l’écoute de Noir Désir, de Sonic Youth, d’Interpol ou de Massive Attack. Ces artistes m’ont certainement donné envie de revenir chez vous chaque année, d’apprendre quelques secrets de votre ville, et même d’y apprendre le nom de vos administrés. Mais si j’aimais le Rock, ce n’était pas que pour ça. Loin de là.

Le Rock dans tous ses états, c’était le festival qui symbolisait peut-être le mieux le paysage des musiques actuelles en France. Un festival à forte identité locale, où la jeunesse de la région se donnait rendez-vous pour fêter la fin des cours, pour se retrouver entre potes, qu’importent les artistes qui feraient la bande-son de leur week-end. Mais aussi un festival capable de faire venir des groupes rares et précieux, capable de nous offrir des moments inoubliables. Un festival offrant une audience énorme à des groupes locaux, plus habitués à jouer devant 35 potes que devant 500 festivaliers. Un festival capable de vous amener à découvrir des groupes émergents, qui n’émergeront pour la plupart jamais, mais qui vous marqueront pour longtemps. Car Le Rock aura vu passer un nombre considérable de groupes pointus et loin des gros circuits de l’industrie musicale. Des groupes que seuls des passionnés du quotidien peuvent être capable de repérer et de faire venir.

Dit comme ça, le Rock dans tous ses états ressemble à beaucoup d’autres festivals français, notamment les plus anciens. Et ce n’est pas un hasard. Le RDTSE, c’est bien plus qu’un festival. C’est une époque. Une façon de faire et de faire vivre la musique actuelle en France. Ce fut l’époque des radios libres, puis celle de la Férarock (indéboulonnable partenaire depuis des années). C’est aussi l’esprit bénévole, composante essentielle pour tant d’événements culturels en France. Le Rock dépassait largement l’équipe de l’Abordage. Il appartenait à des centaines de Normands passionnés de musique qui, l’espace d’un week-end, faisait de leur territoire un espace de rock et de fête.

On a souvent dit que Le Rock dans tous ses états était le plus petit des grands festivals, et inversement. Tenant farouchement à sa convivialité et sa taille humaine, le Rock n’a jamais fait de concession ni de surenchère. Il n’y a ainsi jamais eu d’écrans géants sur les différentes scènes de l’hippodrome. L’organisation tenait également à son dispositif permettant au festivalier de voir tous les concerts des deux scènes principales sans avoir à bouger, et surtout, sans rien rater de ces concerts qui ne se chevauchaient presque jamais.

Que ce soit avec Patrick Auffret, avec un autre entrepreneur du spectacle, ou même tout seul (comme le suggère la Une de La Dépêche), le Maire d’Évreux réussira sans doute à organiser un festival rock dans sa ville dès cet été. Peut-être même sera-t-il couronné d’un succès en termes de fréquentation. Il n’en restera pas moins que sa détermination à saborder l’Abordage ne sera jamais oubliée. Jamais oubliée par ceux qui aiment la musique et qui respectent ceux qui dédient leur vie aux musiciens. Ceux qui savent qu’organiser un festival ne se résume pas à aligner de gros chèques et faire venir un service de sécurité. Ceux qui ne considèrent pas qu’un bilan doit être lu sous le seul prisme des résultats de fin d’année (qui plus est s’ils sont plombés pas des choix imposés par la mairie).

Nous ne doutons pas que ces gens-là seront nombreux. Et qu’ils ne participeront pas à la petite sauterie de début d’été de la mairie. Car par respect pour les morts, on ne danse pas avec leur faucheuse.

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7 commentaires

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Philippe 22.12.2016

C’est une façon de se débarrasser de l’équipe indépendante en place et d’en mettre une autre choisie par la municipalité actuelle.

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Indyana 20.12.2016

C’est une bien triste nouvelle que j’apprends en lisant votre article. J’ai comme beaucoup de gens, participé à ce festival étant jeune et je me suis éclaté comme un fou au son de ses guitares rock… Quel gâchis.

Tout mon soutient à l’équipe de l’abordage.

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Francis 19.12.2016

Le festival c’est aussi des bénévoles de tout horizon, un jour j’ai demandé à des collègues de boulot s’ils voulaient bien me filer un coup de main pour tenir un bar, ils ont bien voulu mais pour me rendre « service » et depuis 15 ans ils sont au rendez vous. Tout ça pour dire que tout ces bénévoles ont aussi fait la grandeur du festival. C’est bien dommage de se quitter comme ça….je ne sais pas encore qu’elle place nous aurons encore et je ne sais pas l’envie sera là …..

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Thierry Auzoux-Lavallé 19.12.2016

Merci pour ces mots si justes… cela touchera beaucoup de ceux qui sont ravagés par cette brutale décision.
Merci d’avoir participé à cette aventure en la relayant avec force. Votre article montre aussi très bien qu’on peut tuer un festival mais qu’on ne peut pas tuer nos états d’esprit de découvreurs, de voyageurs et de défricheurs…
Je voulais aussi vous préciser que la réaction médiatique de notre part était conditionnée par le dépôt de dossier de cessation de paiement, cette étape étant nécessaire avant de communiquer….
Merci encore de votre soutien
Le Président de l’Abordage

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Bob Doowap 19.12.2016

Eh oui! l’indépendance ne paye plus et malheureusement la culture selon le maire n’est pas la meme que celle d’une partie de ces administrés. J’ai bien peur que si le festival passe aux mains de « professionnel » de la profession on assiste à l’arrivés d’artiste tout gentils et tout propres pour faire plaisir à la municipalité et etre sur de remplir les caisses!!!! Je connais le sujet, j’habite Evreux depuis 1993 !!!

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emmanuel 19.12.2016

merci pour les propos tenus ci dessus, ça rassure de trouver des voix qui s’élèvent et s’indigne du sort réservé à notre association. en qualité d’Ebroïcien, le RTDSE comme l’abordage et la MJC avant, participent à mon émancipation culturelle et à mon ouverture aux musiques actuelles comme à d’autres choses. Mon premier festival j’avais 17 ans, j’en ai aujourd’hui 43 et sans jamais rater un rendez vous de juin. Ça me manquera…
un bénévole, membre de l’Abordage

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Nadine Simoni 19.12.2016

Rien à ajouter. C’est un papier que j’ai lu avec beaucoup d’émotion. On était tout ça. C’est effectivement tout cela que le maire a tué.
Merci Sourdoreille.

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