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Le shoegaze made in Tijuana de Mint Field

Par un froid et pluvieux samedi soir de mars, dans un Espace B encore bien vaillant, jouait Mint Field, tout droit venu de Tijuana. Mais il ne fallait pas compter sur le groupe pour réchauffer les cœurs à base de rythmes ensoleillés. Le projet était plutôt de vous proposer une épaule sur laquelle pleurer, cajolé par des nappes sonores, entre dreampop et shoegaze. Aujourd’hui, l’été est bien fini et le groupe revient à Paris juste avant la Toussaint, le moment idéal pour se pencher sur eux.

Le Mexique c’est 123 millions d’habitants, un brassage culturel entre l’Amérique latine et le grand voisin américain. Pourtant, mis à part le folklore mariachi, Carlos Santana, et si on pousse un peu la fratrie Rodrigo y Gabriela, difficile d’être inspiré quand on nous parle de la scène musicale mexicaine. Mint Field ne mettra pas le Mexique sur la carte mondiale de la musique mais apportera au moins son typhon de fraîcheur. Pas la fraîcheur qui réveille, pas celle qui tempère la chaleur excessive, mais la fraîcheur humide qui saisit, fait frissonner. Pas très vendeur tout ça ? Et pourtant, le trio devenu officiellement duo arrive en 1h à ne pas nous perdre, à appliquer des variations en gardant la même atmosphère, entre gris clair et noir mate, entre passages lentement planants et distorsions brutales. Chez ce groupe mexicain, on retrouve aussi bien la douceur de Cocteau Twins que la fougue de Sonic Youth ou le psychédélisme krautrock. Et finalement, est-ce vraiment une surprise ? Non car la mélancolie, l’ennui, l’envie de faire bouger les choses et de s’évader sont des sentiments aussi universels, que l’on habite au Mexique, au fin fond du Royaume-Uni, dans le New York des années 80 ou à Düsseldorf. De plus, Tijuana n’est ni Acapulco ni Cancún. C’est une ville frontalière dans laquelle les migrants échouent avant de pouvoir (re)passer de l’autre côté, où le taux d’homicide a explosé et où les courants froids du Pacifique apportent parfois un épais brouillard.

D’ailleurs, la beauté triste de l’album donne l’impression de se balader sur un littoral froid et désert : les basses vrombissent comme le vent entre deux immeubles, la caisse claire claque comme des volets, la guitare apporte son éclat et dans ce tumulte, une voix tente de se faire entendre. Pas vraiment un chant, plutôt une mélopée vacillante, touchante.

L’album n’est pas rempli de joyeusetés : entre une chanson sur la banlieue anonyme où ont grandi Estrella Sanchez et Amor Amezcua (« Ciudad Satélite »), un hommage au toutou mort de la première nommée (« Para Galli ») ou encore une autre sur ce foutu temps qui passe (« Cambios del Pasar »). Néanmoins, comme dans tout groupe de shoegaze qui se respecte, il y a cette dose de lumière qui allège l’ensemble et dégage la noirceur, grâce à un jeu de guitare fin et une voix cristalline. Pas un hasard donc, si le groupe a nommé son album Pasar de Las Luces, « les lumières qui passent. »

Sur scène, où les deux jeunes femmes s’adjoignent un bassiste, la maîtrise, la classe, la profondeur de l’album se font encore plus criantes, surtout si on arrive à se laisser porter, les yeux fermés. Ce qui tombe bien puisque le groupe est repassé à Paris le 31 octobre au Réservoir dans le cadre du Pitchfork avant-garde. L’occasion pour une fois d’affirmer, comme elles le font, « Quiero Otoño de Nuevo » : je veux l’automne de nouveau.

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Playlist - Septembre 2018
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