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MIEN, quand l’union fait la force

Prenez Alex Maas des Black Angels, Rishi Dhir d’Elephant Stone, John-Mark Lapham de The Earlies et Tom Furse de The Horrors : et ça donne MIEN. Une bande de potes qui se croisent sur la route depuis un moment et qui ont décidé d’unir leurs forces autour d’un album et d’une flopée de concerts. Rencontre de haute voltige avec les membres du groupe pour en apprendre un peu plus sur ce nouveau projet.

Quand on voit passer un tel casting, il est assez facile de prédire d’avance que le résultat sera intéressant ; autant à l’écoute que sur scène. C’est un petit peu comme si les grands esprits qui se rencontraient, pour le plus grand plaisir des fans respectifs de chaque groupe. Mais pour autant, le son de MIEN n’a rien à voir avec lesdits groupes. Expérimentations sonores à mi-chemin entre le rock psychédélique et l’électronique, le rétro-futurisme et le mélange des genres seraient les qualificatifs les mieux adaptés pour décrire la musique du groupe.

Mais qui de mieux pour expliquer une démarche artistique que les principaux intéressés ? On a causé psychédélisme, Google Drive, Aphex Twin, sitar et super-héros avec eux pour tenter de lever le voile sur cette nouvelle formation à la frontière du mystique.

Vous êtes ce que l’on peut appeler un « supergroupe » étant donné que vous venez chacun d’un groupe de musique assez réputé. Vous le percevez comment ? Vous vous sentez comme des super-héros ?

JM : Honnêtement, l’appellation de « super groupe » nous suit dans la presse depuis que notre premier single, « Black Habit », est sorti il y a quelques mois. Je pense qu’aucun d’entre nous ne décrirait MIEN comme une telle entité. De l’intérieur, nous sommes des artistes partageant les mêmes idées, inspirés par des choses similaires, et nous semblons tous apprécier vraiment ce projet et le voir atteindre son potentiel. Personnellement, je ne me sens davantage comme un super héros quand j’arrive à finir une tâche importante.

Comment devons-nous prononcer le nom de votre groupe ? Car on dirait un peu du français, un peu de l’allemand aussi. Est-ce que cela concerne quelque chose de spécifique ?

Alex : Ça sonne comme « mean », au sens de la signification.

En parlant du sens justement, l’étymologie du mot psychédélisme signifie en grec « qui révèle l’âme ». Est-ce que vos chansons ont cette mission-là ?

JM : C’est une bonne coïncidence et dans tous les cas nous pouvons nous rapprocher de cette définition si cela améliore l’appréciation de la musique par les gens. Chacun d’entre nous a ses propres motivations, ses inspirations et ses significations derrière la musique, de sorte que les missions peuvent être différentes selon ce que nous nous demandons. Pour moi personnellement, il y a une sorte d’altérité dont j’ai rêvé, ou halluciné, peut-être, dans ma vie. C’est comme si j’essayais constamment de revenir là-bas, ou de peindre une image de cette chose, mais elle m’échappe toujours au fur et à mesure qu’elle s’efface au fil du temps, comme un rêve.

« Tout a été fait par mails et sur un Google Drive partagé, car nous n’avons jamais été tous ensemble lors d’une session d’enregistrement ! »

Pensez-vous que les hallucinogènes jouent un rôle important pour l’esprit des gens, notamment dans la musique ?

JM : Ça dépend ce que tu en fais. L’esprit est une chose mystérieuse à coup sûr et la perspective de l’ouvrir est toujours alléchante. Personnellement, je ne pense pas que les psychédéliques soient essentiels pour atteindre un état de conscience supérieur, mais c’est certainement un raccourci pour y arriver, pour le meilleur ou pour le pire.

Alex : Je ne pense pas non plus que ce soit important pour l’ouverture d’esprit. Cela peut être réalisé de plusieurs façons. Il existe une théorie intéressante sur l’évolution des singes devenant plus qu’une simple espèce communautaire avec l’ingestion de champignons. J’ai lu quelque chose de Terrance Mckenna appelé « La théorie du singe enivré dans l’évolution humaine », c’est ce qui se pourrait se rapprocher le plus de ta question.

Vos textes ont-ils plusieurs niveaux de lecture ?

Alex : C’est intéressant quand des groupes ou des artistes écrivent en double ou triple discours. Une chanson peut être une chanson d’amour, un appel aux armes et un étrange voyage poétique à la fois. Les options sont infinies. J’ai l’impression que les Beatles étaient doués pour ça.

Certaines personnes disent que le psychédélisme de nos jours n’est qu’un simple revival, que chaque groupe a le même son et que rien de nouveau n’est créé. Vous en pensez quoi ?

JM : On y pense beaucoup, à la façon dont les groupes des années 60, 70, 80 et 90 faisaient largement de la musique de cette époque, quelque chose qui représentait ce moment de l’histoire. Avec la musique électronique des années 70 et 80 en particulier, il s’agissait d’essayer de créer un futur imaginaire, de transporter les gens à un moment qui n’était pas encore arrivé. Une grande partie de la musique qui fait référence aux décennies passées consiste à regarder en arrière, donc nous régressons un peu. Ce n’est pas pour descendre la musique « revivaliste » qui est produite maintenant ; certains artistes sont fantastiques. Mais personnellement, je pense que personne dans MIEN n’est intéressé à faire un pastiche de la musique vintage, mais vise plutôt à prendre ces influences et, espérons-le, en faire quelque chose de nouveau et d’excitant. Tu peux très certainement entendre différentes époques représentées dans notre musique, mais l’idée a toujours été de les filtrer à travers un filtre moderne.

Comment avez-vous enregistré cet album ? N’a-t-il pas été trop difficile de trouver du temps entre ce projet commun et vos obligations respectives avec vos groupes ?

JM : Aucun d’entre nous n’a ressenti beaucoup de pression, comme en témoigne le fait qu’il a mis plus de 4 ans à se construire ! Vraiment, seulement deux de ces années ont été consacrées à la réalisation de l’album. Au départ, il s’agissait simplement d’expérimenter et de voir ce qui se passerait si nous nous réunissions tous pour créer et mélanger nos sons. Tout a été fait par mails et sur un Google Drive partagé, car nous n’avons jamais été tous présents lors d’une session d’enregistrement ensemble !

Vous dites être fascinés par la chanson « Wantin ‘Is not Gettin » du groupe The Association. Que lui trouvez-vous de particulier ?

JM : Cette chanson tourne auprès de Rishi et de moi-même depuis très longtemps. Je me souviens d’avoir acheté un album de The Association en 2001 et d’avoir été surpris par sa modernité (ça ressemblait à un groupe actuel essayant de paraître vieux, bizarrement… un peu comme Beck dans l’ambiance des années 60…). J’ai eu une brève réflexion sur mon groupe à l’époque, The Earlies, en faisant une reprise mais ça n’a jamais semblé tout à fait correct. J’ai finalement laissé partir cette idée quand notre chanteur a décidé que ce n’était pas fait pour lui. Beaucoup d’années plus tard, j’ai découvert par inadvertance que Rishi était aussi un fan de cette chanson. C’était vraiment la première fois que nous pensions « Aha! Nous devrions enregistrer quelque chose ensemble! ». Nous avons envisagé l’idée d’essayer d’amener Alex à chanter cette chanson (ou, vraiment, « parler » car c’est plus de la poésie battue que du chant…). C’est ce qui nous a amenés à partager notre première idée, « Black Habit », qui à son tour a fait boule de neige sur ce qui est devenu l’album de MIEN.

Alex, il y a une chanson dans l’album qui est une reprise de la chanson « I Dreamt » des  Black Angels  qui devient « You Dreamt ». Comment est venue l’idée ?

Alex : Cette version est en fait tirée de la démo originale de « I Dreamt » et a été finie avant que celle des Black Angels ne soit enregistrée. C’est plus proche de mon concept original de la chanson. Ce que JM a fait à cette chanson est vraiment spécial. Il a préservé le concept original et y a apporté une nouvelle touche que j’adore. Donc, en théorie, c’est la chanson originale et celle des Black Angels est plus comme une version secondaire.

Considérez-vous que le psychédélisme est plus qu’un simple art musical ? Je pense aux pochettes d’albums, au cinéma, à la scénographie, à la littérature, etc.

JM : Je ne sais pas exactement ce que visaient les premiers artistes et musiciens lorsqu’ils ont inventé le terme «psychédélisme», mais je l’ai toujours considéré comme un concept intemporel, quelque chose qui englobe ce qui plie la réalité, peut-être ce qui est surréaliste ou d’un autre monde. Ce genre est devenu largement marchandisé et distillé jusqu’aux hippies et aux t-shirts tie & dye ; mais honnêtement je pense que c’est quelque chose de beaucoup plus intéressant et moins contraint aux clichés des années 60 que cela. Nous utilisons parfois un sitar dans notre musique parce que c’est un son magnifique et en partie parce que nous avons quelqu’un dans le groupe qui est un joueur de sitar aguerri ! Aucun d’entre nous n’est intéressé d’avoir cet instrument simplement pour dire « Hey, écoutez … c’est trop sixties ». D’ailleurs, le sitar existe depuis plusieurs siècles… Je pense que des artistes comme Cindy Sherman, Aphex Twin, Oneohtrix Point Never, Charlie Kaufman, Andrei Tarkovsky et la série télévisée Legion sont tous psychédéliques à leur manière, mais ils ne respectent pas les règles du psychédélisme traditionnel. Ils sont juste imaginatifs et tordent votre cerveau dans les nœuds ; ce qui est pour moi le meilleur genre !

Vous allez bientôt jouer en Europe et en France ? A la version française du Levitation à Angers ou dans d’autres événements du genre ?

Alex : Oui, nous prévoyons de faire quelques « concerts spéciaux ». (Entretemps, la venue du groupe a été annoncée à la version française du festival Levitation à Angers, ce qui est « très étonnant » quand on sait que ce sont [en partie] les Black Angels qui gèrent la version originale à Austin ; dans le Texas des Etats-Unis, ndlr)

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L’album sorti le 13 avril s’écoute partout, et vous pouvez même jeter une oreille à la playlist des inspirations du groupe.

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