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Mais qu’est-ce que le type beat ?

Une tendance nord-américaine de plus débarque en France après la barbe de Brooklyn, le jogging remonté sur une jambe et l’obésité. Mais toujours pas Taylor Swift. Passons. Vous êtes fans de Drake et vous aimeriez bien découvrir des morceaux d’autres artistes « à la Drake » ? Il vous suffit de taper « Drake type beat » dans YouTube et vous serez servis. Grâce à ce moyen de promotion, des types totalement inconnus tapent des millions de vues avec leurs instrus. Et ce sans même signer de leur nom. On a échangé avec la rédaction de Beatzmaking, le beatmaker californien Matthew Shimamoto et vous parle de gros vendeurs de beats nommés Young Forever et Taylor King qui rêvent de Young Thug, The Weeknd et, il fallait bien ça arrive… de PNL.

Le monde change. Le monde bouge. Vite, fichtrement vite, la transmission de tous les savoirs devient écrite sur des pages et des fils numériques. Pour le meilleur et pour le pire. Evoquer le type beat, c’est parler d’un tuyau qu’on s’est toujours refilé depuis que la musique existe. Le type renvoie à une catégorie. Le beat au rythme, à l’instru, à la prod.

On peut aisément imaginer que les jours où le compositeur et grand collaborateur de Molière, Jean-Baptiste Lully venait à tomber malade, Molière sonnait Jean-Richard (son +1) et lui réclamait : « joue moi donc un petit violon baroque early-1620 dans la veine de Lully, je te prie mon ami ». Le type beat ou plutôt le type music était né.

lully

Il est courant de recruter un musicien dans son groupe tant qu’il est capable de jouer avec les styles. On songe sans peine aux innombrables brass bands de la Nouvelle-Orléans qui s’échangent chaque soir leur claviériste, se prêtent leur contrebassiste ou se refourguent leur vocaliste. Idem pour toutes les scènes locales, du rock à la folk en passant par la chanson.

Rien d’étonnant, c’est la même chose dans la musique électronique. Le genre compte aujourd’hui tellement de sous-branches que le métal (toujours champion en titres du nombre de sous-styles) devrait bientôt penser à souquer les artimuses tant qu’il lui reste encore le temps. La house, la techno et le hip-hop ont créé de véritables hits et courants. Et avec eux, des tutoriels, des envies de ressembler à, des atmosphères et un langage commun.

Selon Sinto du site web Beatzmaking, « il est difficile de donner une date précise à la création [des types beats]. Ça a toujours existé mais moins explicitement, nous susurre-t-il au clavier, les rappeurs souhaitaient des ‘beats à la…’ que ce soit Mobb Deep, Wu-Tang, façon West-Coast… depuis les débuts des grands noms de la production rap. » Voir par exemple ce Timbaland type beat, de 2007.

Pour donner un semblant historique à cette pratique « sur le net, on peut parler de 2007 comme d’une année charnière où l’on peut retrouver des tutos pour faire des fameux « beats à la… » continue-t-il. Depuis 2008, internet foisonne de « type beats », et c’est certainement dû au fait de « l’électronisation des prods et l’avènement du son « south » et de la démocratisation du logiciel FL Studio (anciennement Fruity Loops). » Pour lui, « il suffit d’avoir le même pack de batteries, les mêmes plugins de sons, et en un tour de main on peut refaire quasi à l’identique le beat d’un autre producteur. Heureusement, le copié-collé ne fait pas non-plus la qualité. » Nous voilà rassurés.

Tuto : comment faire un beat à la G-Unit
avec Fruity Loops Vol II ?

Parmi les bidouilleurs les plus populaires, Young Forever. Le beatmaker américain s’affiche sur Twitter avec ses 20k followers et ses 25k fans YouTube. Tranquille. En fait, ses vidéos cartonnent vraiment : plus de 6 millions de vues en tout. Il vend ses prods $ 30 le mp3, 50 en wav et jusqu’à 300 pour avoir quasi tous les droits dessus.

« Pour la petite histoire, A$ap Rocky a trouvé la prod de « Fine Whine«  en tapant « A$ap Rocky type beat » sur YouTube ». Sinto renchérit : « Les Américains ont toujours assumé cette manière de faire des beats en copiant le style de tel ou tel producteur. En France, c’était moins évident. Il y a toujours eu une certaine honte à « retaper » la prod d’un autre beatmaker, il y avait plus de complexes, même si un auditeur avec un minimum de culture musicale ne se laissait pas duper. »

Sur YouTube, au lieu de mettre Young Forever – Not Enough (comme on a l’habitude de le voir), le beatmaker écrira plutôt Rae Sremmurd X Chris Brown X Young Thug Type Beat 2015 « Not Enough » (Prod. By Young Forever), un nom plus long et moins lisible mais mieux référencé. Plus tape à l’œil ? On retrouvera également ces pratiques sur Soundcloud, Audiomack, Soundclick par centaines.

Ainsi la voilà cette forme de catégorisation de la musique. L’artiste met son ego de côté pour faire connaître ses compositions. « Pour ce qui est du marché, il est très florissant et un grand nombre de producteurs placent des prods à des artistes grâce à leur « type beat ». Pour notre Hexagone, la cas le plus marquant évidemment c’est PNL [voir leur dossier spécial, ndlr] qui a construit une identité sonore en grande partie sur les type beat. »

Rae Sremmurd X Chris Brown X Young Thug Type Beat 2015

« Not Enough » (Prod. By Young Forever)

Second exemple, originaire de Los Angeles, Matthew Shimamoto alias MKSB a commencé à faire de la musique en 2009 sur une appli pour iPod appelée Intua Beatmaker. « Je n’ai pas vraiment de bagage musical, nous apprend-il. J’ai juste appris à jouer un peu de guitare au lycée, suffisamment pour ajouter de nouvelles saveurs à mes beats. » Et comme on pouvait le prévoir, il « utilise FL Studio 11 », le nouveau Fruity Loops, pour composer. Matthew est représentatif d’une génération de beatmakers qui n’a jamais joué en live, même s’il l’espère secrètement : « un jour, je le souhaite, je toucherais une plus large audience, suffisante pour faire du live. »

Le type beat, il l’utilise comme un outil de promotion comme les autres, car il sait que la demande d’artiste en recherche de beats est grande : « il y a beaucoup de beatmakers qui vendent leurs type beats et qui font une solide carrière avec. Quand j’ai vu ça, je me suis décidé à les vendre aussi. »

Matthew est surtout l’homme derrière deux titres auquel vous avez pu difficilement échapper ces derniers mois : « Le monde ou rien » et « J’suis PNL », du duo de rappeurs PNL. Pour lui, si leur projet cartonne, c’est que les beats « avec une vibe dark et aérienne » sont de plus en plus demandés. La rencontre ne s’est ni faite par Skype ni dans un café, non, PNL a acheté les deux instrus de Matthew et puis basta. Mais depuis que ces deux morceaux ont bien marché, « nous commençons à travailler sur de nouveaux morceaux à l’avenir et je leur permets l’exclusivité de mes prods. » Oui, car les trois quarts des instrus sur l’album de PNL existaient déjà et on déjà été pour une partie utilisés par des MCs.

PNL – Le monde ou rien

Un dernier exemple avec Taylor King, 19 ans du New Jersey. Celui-là va encore plus loin dans la déchéance de son ego en utilisant le même processus mais en omettant son propre nom dans la description et même celui du morceau.

On l’observe avec ce Drake / Kendrick Lamar / Mac Miller Type Beat – « 70 » Chill Guitar Beat ci-dessous. Un commentateur lui demande s’il l’a « joué ou samplé » : la réponse est « joué. » Une pure création sans nom, donc. Et un pur créateur sans nom. Résultat : 452,902 vues pour ce morceau et plus de 11 millions en tout. On se rapproche ici plus d’une recherche effectuée sur Internet de playlists en fonction de telle humeur. Les mots clés sont finement recherchés, « 70 » pour une instru relative à une époque, la « chill guitar » très appréciée de la musique lounge et enfin le dénominateur commun à trois artistes (et pas des moindres) Drake, Kendrick Lamar et Mac Miller.

Drake / Kendrick Lamar / Mac Miller Type Beat – « 70 » Chill Guitar Beat

D’autres noms, pour les plus populaires : les plateformes et producteurs TheBeatPlug, Superstaar Beats, mjNichols, BXVST, Bandit Luce, Finn Wigan, IGNORVNCE, etc.

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3 commentaires

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Abu 19.06.2017

J’ai lu 3 articles sur les type beat et aucun ne parle du droit d’auteur

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Abu 19.06.2017

Les types sont une des raisons qui font que 90% du rap actuel est bon à mettre à la poubelle! Avant les beatmakers cherchais à avoir leurs propres sons ET LA MUSIQUE ETAIT PLUS VARIÉS ! Aujourd’hui pour un artiste original il y a 1000 copies.

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Mixscape 16.06.2017

Article très intéressant et clair comme de l’eau de roche. J’ai d’ailleurs récemment abordé ce même sujet, mais sous un autre angle, dans cette vidéo: https://youtu.be/BffZZDe-CeM

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