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Lettre d’amour à Mains d’Oeuvres

D’habitude, on écrit plutôt des lettres d’amour à des musiciens et des musiciennes. C’est logique, l’être humain est plutôt prédestiné à s’attacher à ses congénères qu’à des blocs de granit, de béton et de verre. Et pourtant, il est des lieux qui sont humains, trop humains pour qu’on ne soupçonne pas, dans leurs couloirs même vides au petit matin, la promesse d’un brouhaha, l’odeur d’un restaurant, l’agitation d’un lieu vivant, d’un lieu citoyen qui a tant donné pour les autres. À notre tour.

Au début, c’est une simple histoire de potes qui aiment écrire à droite à gauche sur la musique, ses drôles d’arcanes, ses multiples travers et ses mythiques icônes. Nous étions encore loin de toi.

« Tiens, et si on montait un webzine ? »

 

L’envie de conter nos humeurs musicales. Point barre. L’un à Rouen, l’autre à Poitiers, un autre à Brest, encore un autre à Lyon, etc. Difficile de faire plus éloignés, les potes. Les festivals sont les points de rendez-vous naturels. Au début, une fois par an. Ensuite, une fois par mois. Sur le ton de la vanne, nous nous prenons alors pour ce que nous ne sommes pas encore : des professionnels. Notre principal talent est de savoir faire semblant. Reste que ça va bien finir par se voir.

« Tiens, et si on en faisait notre métier ? »

 

La vanne est persistante et il va bien falloir songer à l’idée que de ces chimères lointaines naissent parfois les plus excitantes aventures, du moins à nos yeux. Il faut toujours un déclic à ces histoires là. Le nôtre a lieu chez toi en janvier 2010, quand notre équipe couvre l’excellent festival Mo’Fo, dans ta bancale fabrique artistique de Saint-Ouen où les artistes règnent en maîtres, où tous rêves ont subitement le droit de prendre vie. Et puis c’est  grand, chez toi. 4000 m² partagés entre musiciens, plasticiens, danseurs, comédiens. On croit rêver. On croit encore plus rêver quand Blandine Paploray, responsable de ta communication, s’étonne de nous voir dispersés aux six coins de l’Hexagone et nous propose des bureaux précisément là où nos culs étaient posés.

« Tout ça ? Pour nous ? »

 

Un wagon passe, il faut sauter. Cette fois ça y est, Sourdoreille a un siège social, un vrai. Un chez-lui qui n’en est justement pas un car tout a vocation à être partagé ici : tes murs bien sûr, mais aussi les énergies et les compétences. Dans ta salle de réunion, on débat des statuts de notre future coopérative, on y organise nos AG, on s’embrouille, on se fait des câlins, on s’offre des acrobaties nocturnes à faire pâlir n’importe quel régisseur, une nuit on se cache même pour dormir (il y a prescription, maintenant). Et blagues à part, on se structure, on grandit, on tombe et on se relève sous ton regard bienveillant. Et si tes visages se renouvellent progressivement, ta patience, elle, reste la même.

« Mains d’Oeuvres, mon amour »

 

On restera finalement six ans. C’est beaucoup trop. C’est pourtant le temps qu’il a fallu pour tenir sur nos deux jambes et accepter de quitter ton nid. Un nid magnifique, régulièrement menacé par ceux qui peinent à comprendre ce qui se joue ici de si précieux, de si important dans une époque qui doit plus que jamais être questionnée. Paraît que c’est le rôle de l’art.

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