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Let’s do the time warp again! Il y a 43 ans, le Rocky Horror Picture Show

S’il ne fait plus aucun doute aujourd’hui que le chef-d’oeuvre monumental qu’est le Rocky Horror Picture Show, est incontestablement à dresser au rang de classique incontournable de la pop culture occidentale, il reste tout de même amusant de rappeler l’accueil parfois très mitigé qui fut réservé au film. Comme souvent, l’histoire polit et arrondit les angles et si désormais la comédie musicale rock est quasi-sanctifiée, nombreux·ses ont été celles et ceux qui l’ont originellement boudé.

« But listen closely… not for very much longer »

Pour les deux du fond qui n’auraient pas suivi, rappelons en deux mots le synopsis de cette oeuvre cinématographique et musicale culte, à la jonction fabuleuse et luxurieuse entre fantastique, horreur, comédie et série B. Fraîchement fiancé, un jeune couple tombe en panne un soir d’orage en pleine forêt et n’a d’autre solution que de trouver refuge dans un château bien étrange, dont le propriétaire s’avère être un sorte de Dracula rockeur aux mœurs légères et aux pratiques un peu louches…

« Don’t dream it, be it »

La légende, on la connaît : adapté de la comédie musicale de Richard O’Brien, le film de Jim Sharman sort en salle en 1975 et le moins que l’on puisse dire, c’est que le succès ne semble guère au rendez-vous. Face à cet échec, l’oeuvre est alors reprogrammée aux séances de minuit du Waverly Theater de New-York. Petit à petit, le public se fidélise, la mayonnaise prend et de plus en plus spectateurs adhèrent à l’univers bariolé du docteur Frank N’Further et de ses acolytes. Certains reviennent systématiquement pour chaque représentation, s’amusant à reproduire à l’identique les dialogues et autres temps forts du film, puis commencent à approfondir l’interactivité en place grâce à l’ajout de réflexions, répliques, danses ou autres réactions bien spécifiques à telle ou telle action. La comédie musicale, alors devenue film, redevient spectacle vivant à partir de l’instant où l’auditoire s’empare de nouveau des codes qu’il créé ou recréé.

« Hot patootie, bless my soul, I really love that rock and roll »

Dès lors, il peut sembler légitime de s’interroger sur la raison d’un tel succès à retardement, de chercher à comprendre comment ce film, qui au passage révélera Tim Curry, Susan Sarandon ou encore le rockeur Meat Loaf – excusez du peu – est passé du statut d’échec commercial à celui d’un des plus grands classiques du cinéma musical américain.

Délicieusement comique et furieusement rétro, le Rocky Horror Picture Show a pourtant, dès le départ, tout pour affoler le box office : une bande originale rock’n’roll à souhait, tantôt pop, tantôt plus agitée, des mélodies irrésistibles et faussement naïves, une intrigue tout aussi frissonnante que colorée, des personnages et des costumes soignés et déjantés ainsi qu’une batterie de comédiens inouïs et enfin un don pour la mise en scène tout bonnement craquante et baroque jusqu’à l’excès. Car oui, les traits sont quasi-systématiquement forcés, le jeu est fortement théâtral et les fioritures esthétiques omniprésentes, lorsque les extravagances sont pompeuses et poussées à outrance… et ce pour notre plus grand plaisir. Amateurs et amatrices d’approche mesurée et de sobriété, passez votre chemin ! Ici, le spectacle est grandiloquent et frénétique, le rythme sensuel et la partition plus que jamais tubesque et pertinente.

« Give yourself over to absolute pleasure »

Parmi les thèmes clés évoqués dans l’oeuvre d’O’Brien, le sexe. Le sexe dans ce qu’il a de plus libéré, glorieux, épanoui, luxurieux voire scandaleux. Le discours porté, dans ce qu’il véhicule ou ce qu’il montre directement, est alors bien gonflé pour cette époque, où de nombreux conservateurs ont du mal à avaler la pilule. Et ce malgré la révolution sociétale de la décennie précédente qui, bien qu’ayant laissé des stigmates encourageants, arrive difficilement à dépasser et anéantir toute une éducation américaine puritaine et ô combien religieuse. Car oui, à travers ce film, la transexualité est évoquée, l’homosexualité célébrée et l’échangisme encouragé : est-ce pour cette raison qu’il aura du mal à décoller ? Peut-être un peu. Était-ce trop subversif ? Probablement. Trop exubérant, aliéné, absurde, halluciné, névrosé, excentrique, excessif, extravagant, exalté…explosif ? Cela ne fait aucun doute.
Après tout, le pourquoi du comment, nous ne le connaîtrons sans doute jamais précisément. Mais l’essentiel reste que cette petite pépite cinématographique tout aussi épatante qu’inattendue ait réussi à dépasser une certaine timidité underground et ait traversé, avec force et brio, les différentes générations et leurs batteries de détracteurs, lui permettant aujourd’hui de siéger aux côtés des plus grands chefs-d’oeuvre pop de notre civilisation.

Le Rocky Horror Picture Show apologiste trans ? Certainement, mais bien au-delà de la simple question de la transidentité : transgressif, transcendant, transgénérationel, transversal et transformiste (vous avez dit Transylvanien ?), bref, innombrables sont les qualificatifs adéquats.

Culture pop et héritage : et après ?

C’est inévitable : qui dit reconnaissance populaire dit presque systématiquement récupération, pouvant tout aussi bien se révéler diablement savoureuse qu’absolument déprimante. Et dans le cas du Rocky Horror Picture Show, on peut dire que les deux cas de figure se sont présentés. Quand la pop culture s’empare d’une de ses coqueluches et la louent à travers diverses initiatives intelligentes et perspicaces, on ne peut que les accueillir avec une certaine bienveillance et réjouissance. Mais lorsqu’elle en fait sa chose et tente de la polir et l’édulcorer au possible, le résultat quant à lui est à la hauteur de la démarche : tristement fade et sans grand intérêt.

Plutôt donc que de revenir sur les diverses tentatives de « remakes » un peu douteux (merci la Fox, à deux reprises), retenons plutôt la célébration punk de 2003, à l’occasion de laquelle une série d’artistes revendiqués du genre, réenregistraient la bande originale du film, chez Springman Records. Il va sans dire que tout n’est pas bon à prendre, mais force est de constater que la plupart des propositions artistiques restent surprenantes et ambitieuses, tout en respectant parfaitement l’esprit originel et esthétique de la comédie musicale. Et rien que pour ça, cela vaut le coup d’oreille.

« You need a bit of… ooooh Shock Treatment ! »

En 1981, le film se verra gratifié d’une suite digne de ce nom, toujours plus pop et rock’n’roll, loin d’être anecdotique tant la qualité de la plume de compositeur de Richard O’Brien continue de briller par sa finesse mélodique et satyrique. Intitulée Shock Treatment, le casting sera quant à lui légèrement différent de celui du premier volet, pouvant notamment souffrir de l’absence à l’affiche de Tim Curry et Susan Sarandon (problème de cachet sans doute ?), mais accueillant tout de même de jolies nouvelles recrues, telle que la déjà bien connue Jessica Harper, dans le rôle phare de Janet Weiss.

Cependant, le film sera un échec cuisant, complètement boudé par les amateurs et amatrices du précédent volet. Il faut dire que la thématique est bien plus sombre et cynique que celle du Rocky Horror et la réflexion liée beaucoup plus philosophique voire politique : Richard O’Brien y traite en effet de la manipulation du petit écran sur le peuple, à travers la démonstration d’émissions TV aux codes poussés à l’extrême et d’un public aliéné au possible par tous ces programmes télévisés. Une première attaque en somme, féroce et avant-gardiste, envers la télé-réalité et ses nombreux dangers. De quoi refroidir, voire glacer, celles et ceux qui souhaitaient glorifier encore un peu, en toute légèreté, l’exaltation libertaire et passionnée de la sexualité du docteur Frank N’Further….

En 2018, le Rocky Horror Picture Show peut s’enorgueillir d’avoir plusieurs records à son actif, dont celui de la plus longue sortie en salle de toute l’histoire du cinéma, puisqu’encore aujourd’hui, 43 ans après sa première sortie, il est encore régulièrement programmé à travers le monde. De quoi donner le vertige, d’accord, mais surtout de quoi faire monter l’envie de s’offrir une fois de plus, un aller simple direction la Transylvanie. Et pas n’importe laquelle : The Transexual… Transylvania.

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