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Les scopitones, ces ancêtres du clip

Avant les années 60, à une époque où Michel Drucker n’était même pas encore à la télévision, il existait qu’une seule façon de voir Johnny Hallyday, François Hardy ou Henri Salvador : se rendre en concert. À une époque où internet était encore un mythe d’universitaires, où les émissions de variété à la télévision et à la radio étaient rares, vos vedettes préférées (ne mentez pas, on connaît vos goûts musicaux) étaient « invisibles ». Puis les scopitones sont arrivés.

« L’attrait du nouveau et du jamais vu canalise la foule des curieux autour du stand de la CAMECA où le Scopitone fait vivre sur petit écran la chanson filmée. »

Tel était le message que l’on pouvait lire dans le Journal de l’Automatique daté de juillet 1960, celui d’une révolution digne de l’iPhone en son temps. Dans une société où la place de l’industrie phonographique était de plus en plus importante (mais où sa place dans des médias était encore rare), « voir » un artiste n’était pas chose aisée.

En 1959, la société française CAMECA dépose des brevets pour un modèle de projection « d’images musicales », soit un complément du juke-box auquel on a juxtaposé un écran. Sur cet écran, on peut y voir des films tournés en 16 mm d’une durée d’environ trois minutes pour le prix d’un nouveau franc. Ces films musicaux permettent au public de voir ses chanteurs préférés de Johnny Hallyday, Henri Salvador, Françoise Hardy et bien d’autres. L’outil est un succès incontestable. Trois ans après sa commercialisation, il a même investi plus d’un millier d’établissements à travers le monde dont la moitié en France.

Cet outil n’a pas été seulement un succès au sein de l’hexagone, mais bien tout autour du monde où près de 2.000 scopitones ont été exportés aux Etats-Unis, à partir de la fin 1966. C’est en grande partie pour cela que les Américains ont dû bouffer la soupe de chansons populaires de cette époque et connaissent certains de nos chanteurs car si une production de films était réalisée sur place, un nombre important d’entre eux étaient importés depuis la France, principal producteur des films pour les scopitones.

Au final, c’est plus de 1.200 courts films musicaux qu’ont été tournées entre 1960 et 1970. Ce nombre important de films s’explique par le fait que les spectateurs se lassaient déjà rapidement, des programmes qui leur étaient proposés. Pour cela une variété importante de programmes musicaux leur sont régulièrement proposés. Pouvant contenir entre vingt et quarante films différents suivant les modèles, chacun a ainsi pu profiter de la machine suivant ses propres goûts musicaux.

« Les jeunes y trouvent ce qu’ils n’ont pas chez eux, où le chef de famille régit le seul poste de télévision, qui ne leur propose de toute façon pas de programme : l’accès à leurs idoles en images animées, les couleurs que ne possède pas la télévision, l’entre-soi loin des parents, une indépendance, une gaieté et un érotisme printanier. »

Cette phrase issue du livre de Julien Péquignot et Laurent JullierLe clip – Historique et esthétique définit l’apport du scopitone à une jeunesse qui a eu ainsi accès à beaucoup plus de musique que ses aïeux. Un phénomène intéressant qu’on peut d’ailleurs ramener à l’utilisation de YouTube, chez les jeunes de l’actuelle génération.

Mais revenons aux films proposés par les scopitones. Si l’on parle d’ancêtre du vidéoclip, c’est bien parce que ce format cinématographique possède alors les mêmes caractéristiques que le clip musical tel qu’on le connaît aujourd’hui. Dès ses débuts, les chanteurs et musiciens jouent en playback, la piste sonore étant rajouté sur la piste magnétique lors du tirage du film. D’une durée de moins de quatre minutes, les « vidéos » contiennent différents décors et successions de plans mettant en valeur l’artiste et les acteurs. À l’aube du format (rendu par la suite très déterminé), ces films ont eu la volonté de montrer un autre regard sur la musique que ceux établi par les médias conventionnels. Parallèlement, de nombreux scopitones sont tournés par certains réalisateurs du cinéma, comme Claude Lelouche ou Alain Brunet.

Le succès est pourtant de courte durée et, en France, les ventes des scopitones stagnent à partir de 1965. Cinq ans après sa première commercialisation, les fortes taxes de la SACEM ne permettent notamment plus la rentabilité du produit. La production des machines s’arrête donc en 1968. Cependant, en seulement cinq ans, un modèle était né, celui du vidéoclip. Et son utilisation de plus en plus régulière, à travers les nombreuses émissions de variétés proposées à la télévision, la décennie suivante.

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