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Les prémices du hardcore racontées par Lenny Dee

Avril 2016, dans un gîte de Concarneau. Sur le canapé du salon, Lenny Dee, DJ Producer et Manu Le Malin redécouvrent des images des années 90, à l’époque où les deux premiers, gros bras du hardcore, accueillaient le petit Frenchie en terres écossaises. Une séquence filmée que nous n’avons pas gardée dans le montage final, mais que nous retranscrivons ici. Retour aux prémices du hardcore, quelque part entre Francfort, Londres et New York, sur les traces du tout premier morceau du genre, « We have arrived » de Mescalinum United (aka PCP). Où l’on apprend, sur fond d’ecstasy, qu’un bateau va bientôt venir tous nous chercher.

Manu Le Malin : Quand on me demande quel disque m’a changé, pour moi c’est « We Have Arrived » de Mescalinum United. Tu peux me raconter son histoire, Lenny ?

Lenny Dee : La première fois que je me suis rendu en Allemagne, j’ai rencontré les mecs de PCP [nom du label fondateur du hardcore européen, également porté par son fondateur, Marc Acardipane, ndlr]. Michael Hope, Thorsten, Marc Acardipane, c’était le début. J’ai joué dans quelques-unes de leurs soirées, et puis on m’a réinvité. J’étais déjà prêt à fonder Industrial Strength. J’avais les morceaux, le logo, mais il manquait quelque chose pour lier le tout. Il manquait ce premier morceau… Ce truc que je cherchais.

Lors de mon deuxième voyage en Allemagne, j’ai rencontré Marc Acardipane après une fête. J’étais avec Neil McLellan avec qui je vivais à Londres. C’est un producteur incroyable. Et puis la copine de Thorsten [membre du label PCP, ndlr] est venue nous servir à boire. Alors on prend chacun notre verre, un genre de truc alcoolisé. Elle repart, on boit notre verre. Elle revient enfin et me demande où sont les boissons. Elle me fixe et me redemande où sont passées les boissons, puis on lui répond qu’on les a bues. Elle veut savoir si nous en avions partagé qu’un verre ou si nous en avions chacun bu un verre, bien sûr on lui dit qu’on avait chacun pris le nôtre. Là elle nous dit qu’il se peut qu’il y ait eu 10 doses d’ecstasy dans chacun des verres. Nous nous sommes regardés en pensant qu’on avait jamais avalé autant de drogues, qu’on allait mourir.

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Bref, la soirée continue et forcément je suis en feu. Tout le monde l’était aussi, parce que tout le monde en buvait aussi, sauf nous, parce qu’on avait déjà eu plus que notre ration. Marc me dit : « Bon, Lenny, tu es complètement éclaté, moi aussi, et tout le monde l’est, alors reviens chez moi et écoute sur quoi je travaille en ce moment. » Je réponds : « OK parfait, c’est le bon moment avant que je parte trop loin, en vérité. » Puis Neil n’a plus l’air de trop s’amuser. Je le convaincs de se joindre à nous, en mode « ça sera bien, on te reconduira à l’aéroport après ». On se retrouve dans ce petit squat où Marc vivait à l’époque, qui fourmillait de skinheads, il y avait des détritus dans les couloirs et tout. Attention, ce ne sont pas des skinheads d’extrême droite, juste des mecs de type skinheads. Puis Marc me fait écouter Mescalinum United [l’un de ses side project, ndlr].

Manu : We Have Arrived.

Mescalinum United – We have arrived

Lenny : Bon, j’avais dix doses d’ecstasy dans les veines. Avec Neil debout à côté de moi. Juste avant la moitié du morceau, Neil s’écroule tout d’un coup dans une pile de slips sales. Puis Marc arrête la musique, me regarde, je le regarde, puis Marc me demande s’il est mort. Je lui réponds que « si tu peux faire s’écrouler ce mec, tu as réussi. » Puis je lui ai demandé ce qu’il comptait en faire, il m’a dit qu’il n’avait plus assez d’argent pour le sortir. Et il m’a dit :  » je ne peux pas vraiment les sortir, je n’ai pas l’argent ». Il fallait que je sorte ce disque. Marc me répond qu’il était complètement OK. C’est donc à ce moment que tout a changé. Le son de « Mescalinum United » c’est du feedback de microphone qu’il avait enregistré par accident. Alors ce son, la façon dont il a été créé, tout était absolument incroyable, avec la distorsion. Et puis, tu sais ce que « Mescalinum United » veut dire ?

Manu : Non. Je veux dire, je sais ce que mescalinum signifie, c’est une drogue…

Lenny : Non, ça n’a rien à voir en fait. Mescalinum United est un bateau. Marc m’a raconté qu’il avait fait un rêve, à savoir que ce Mescalinum United allait descendre du ciel avant la fin du monde pour rescaper les gens avant la destruction de la Terre. Quand il a dit ça, j’étais encore plus accro au truc qu’avant. Puis pour rendre l’histoire encore plus dingue, avant sa mort, ma grand-mère a raconté à ma mère qu’elle avait rêvé qu’elle allait être emportée par un bateau. Alors, ma grand-mère, qui n’avait forcément jamais entendu ce disque, et ne parlait pas très bien anglais, raconte ça à ma mère, et ma mère me raconte le truc, en me demandant ce que j’en pensais… Voilà : ce disque, sa vibe, la façon dont il a été fait, il y a quelque chose. Il a tout changé. Il a pris tous les styles de musique et les a superposés, par-dessus la disco jusqu’à la house, puis la drum&bass, la rave… Il a dépouillé le tout et en a fait quelque-chose de complètement inédit.

Manu : 1991, le lancement, c’est ça ?

Lenny : Plus fin 1990. Rappelons-nous : pas de portable, pas d’Internet. Juste les fax, téléfax et le téléphone, je faisais tout ça de New York. La première fois que j’ai joué en Europe, c’était au Acidate du May Day. A la fin du set, Renaat de R&S est planté là, puis il vient me voir et me dit que c’était « vraiment trop hardcore. » J’ai répondu : « Mais oui ! C’est ça le hardcore ! » Alors on a commencé à designer le style en tant que tel, ça a vraiment été le déclencheur.

Manu : Marc Acardipane dit : « On se retrouve en 2017 » depuis des années. Tu sais pourquoi ?

Lenny : Non, j’ai aucune idée ce qui va se passer en 2017. Ce qu’on sait, c’est que Mescalinum United viendra.

Manu : Oh merde.

Lenny : Regardez les poils sur mes bras – mon Dieu ! Maintenant, vous connaissez l’histoire, vous connaissez le nom, et vous savez comment ça s’appelle… C’est pour ça que tout ça porte ce nom. La boucle sera bouclée l’année prochaine [l’interview a été enregistrée en mai 2016, ndlr]. Dans sa vision, il se rappelle que c’était censé être en 2017. Le bateau arrive, il faut monter à bord. Je suis les forums PCP, mec, et personne ne connaît cette histoire.

Manu : Marc t’a raconté l’histoire en entier ?

Lenny : Non. Lui seul sait.

Retrouvez notre film Sous le donjon de Manu Le Malin en intégralité ici.

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