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Le Prince Miiaou : « Chanter un accident qui ne m’est pas arrivé est plus difficile »

Voilà un bout de temps qu’on suit de près Maud-Élisa Mandeau aka Le Prince Miiaou. Parce qu’on la trouve douée, bien sûr. Mais aussi parce qu’on la trouve touchante, avec cette fragilité qui la pousse à remettre sans cesse en question son travail. Quitte à se faire la malle quelques mois à Brooklyn pour tenter de sortir d’un nombrilisme qui guette chaque artiste. Revenue chez nous (et même en pleine campagne), elle est de retour avec un nouvel album ‘Where is the queen ?’ particulièrement réussi et percutant. Il paraîtra le 27 janvier. Rencontre.

Face à la diversité de sons présents dans ce nouvel album, sur quel instrument t’appuies-tu à la base ?

Sur scène, je joue de la guitare et de la basse. Mais vu que je compose tout, là j’ai fait de la batterie, beaucoup de clavier. Dans une petite pièce, j’ai tous les instruments autour de moi, puis je bidouille avec les logiciels.

La première ébauche s’articule à la guitare ?

Non, pas forcément. Ça dépend des jours : clavier, batterie… C’est même rarement à la guitare. Je ne fais jamais un squelette guitare/voix, mais compose de manière chronologique. J’appuie sur le synthé. « Ça, c’est pourri. » « Ah ouais, ça c’est bien, j’enregistre. » Je prends ensuite la basse, fais deux notes. Puis la batterie. J’avance comme ça. Si au bout de trois jours, je n’ai pas fini le morceau, je laisse tomber. Je ne sais jamais où finir et suis généralement bloquée à deux minutes après le premier refrain. Bien que ce soit le principe, je n’aime pas que le second couplet soit proche du premier.

La mélodie semble plus t’intéresser que les paroles. Ressens-tu l’écriture comme une corvée ?

C’est la corvée, mais… (pause) même si je ne dis pas du tout que je suis une bonne auteur, j’essaie de tourner le mieux possible ce que j’écris. Maintenant que je suis dans une vie de couple un peu posée, je ne sais plus quoi écrire. Ce n’est pas comme quand on a des tumultes amoureux, des histoires… J’ai moins ce besoin d’écrire qu’au moment où j’étais torturée. Avant, j’éprouvais un besoin de dire les choses. Aujourd’hui, c’est plus compliqué.

Tu confirmes donc l’idée qu’un artiste mal dans sa peau est plus créatif.

Plein de gens me disent qu’ils ont besoin d’être bien pour composer. Moi, au contraire, c’est quand je suis frustrée et en colère que ça sort hyper vite. Mais on apprend. Plus je suis bien dans ma vie et plus j’apprends à composer ainsi, sinon j’aurais arrêté depuis longtemps. C’est ce qui est arrivé sur mon précédent disque. Même si je ne suis jamais trop sereine (sourire). Maintenant, je vis à la campagne. Je pars dans des choses plus imagées, que j’invente parfois. Avant, je ne pensais pouvoir interpréter que des moments vécus. Je regrette que ce ne soit plus le cas. Chanter un accident qui ne m’est pas arrivé est plus difficile.

Dans « Where is the Queen ? », trois chansons portent un prénom. Est-ce un hasard ?

Je voulais tous leur donner un prénom. Ne sachant quoi donner comme titre à mes chansons, j’avais eu cette idée. Finalement, j’ai laissé tomber.

Y a-t-il un lien entre Aléniore et la dame qui parle sur le répondeur ?

Non, pas du tout. Aliénore est un prénom que j’aime bien. La personne qui parle est ma grand-mère, qui s’appelle Raymonde. Ç’aurait été vachement moins sexy quand même (rires). Ce sont de véritables messages laissés sur mon répondeur. C’est d’ailleurs très chiant d’extraire des messages depuis un répondeur d’I-Phone. Ma grand-mère me laisse plein de messages et n’est pas très douée avec le téléphone. C’est drôle et je trouvais ça assez touchant. C’est montrer que le succès est très simple. Là, elle veut un autographe pour une nièce que je ne connais pas. C’était mignon et plus personnel. Je dirai même « impudique ». Car dans cet album, je voulais un ton plus neutre. Elle n’est d’ailleurs pas au courant, mais j’espère qu’elle ne le prendra pas mal.

L’hiver, fais-tu plus attention à protéger ta voix à travers des gestes précautionneux ?

Pas du tout. Je fume énormément. J’ai aussi la chance de ne pas casser ma voix, même si je crie ou parle beaucoup. Je n’ai pas non plus une voix à protéger à tout prix. Peut-être que je devrais, mais vu que je n’ai jamais eu de problèmes de fragilité…

As-tu pensé à proposer un duo à un chanteur ?

Je me dis qu’il faut qu’il y ait ma voix, d’ailleurs je ne sais pas pourquoi. C’est sûrement le fait d’être à la campagne, de ne pas être entourée d’artistes. On ne va pas se dire « Ah ouais, tiens, on a qu’à faire un duo ensemble ». Je ne suis pas amenée à croiser des personnes avec qui chanter, donc ça ne me vient pas à l’esprit.

La campagne facilite la concentration dans le processus créatif ?

Non, pas spécialement. Quand j’habitais à Paris, j’arrivais tout aussi bien à me concentrer. C’est vraiment des choix de qualité de vie. Je pense même que ce n’est pas terrible pour l’inspiration. Ou alors, t’es Francis Cabrel. Alaska et Country Bliss parlent justement de mon ennui à la campagne. Je suis partie seule trois mois à Brooklyn après la sortie du précédent disque. Je ne connaissais pas. J’avais besoin de m’éloigner du projet, de ne plus bouffer de ma personne, comme se voir dans les journaux. C’est pas super agréable. Après trois mois à New York, j’ai emménagé direct dans cette maison vraiment à la campagne. Le contraste a été assez flippant.

Si un critique démolit ton album, tu pleures ou ça te passe au-dessus ?

Je ne m’en fous pas du tout, même si je peux donner l’impression de m’en foutre. Je ne vais pas pleurer car j’ai conscience que plein de gens peuvent détester mon disque. Et heureusement. Car ça ne peut pas plaire à tout le monde même si on en a forcément envie. Ça va me faire du mal sur le moment, me décourager, pensant que c’est la vérité. Mais je vais rebondir au bout de deux-trois jours. Je suis hyper susceptible, mais ayant une nature à m’autoflageller j’aurais tendance à penser : « C’est pas bien ce que tu fais » (sourire). C’est pas agréable, car il faut se persuader que c’est bien pour avancer. Après, il y a des critiques négatives qui sont constructives. C’est une question de goût.

D’où vient cette idée de passer derrière la caméra ?

Le nom de l’album, Where is the Queen ?, est né d’un dialogue entre deux chansons. Un peu à la Fiona Apple. Pour lancer les teasers, plutôt que de mettre des images de studio avec 30 secondes de musique, j’ai décliné le dialogue à travers des acteurs et des lieux différents. Ils durent deux minutes et sont parfois adaptés à la vidéo, donc on ne les reconnaît pas forcément. C’est parfois douloureux de faire des « cuts », mais bon. Comme ce dialogue ne voulait rien dire, j’ai tout imaginé autour. J’aime faire des clips, de l’image… pour mieux montrer ma personnalité. J’écris aussi des scénarios. Au départ, je devais faire des vidéos de mes rushs montrant ma vie à New York. Mais ce n’était pas super intéressant, donc j’ai préféré me donner beaucoup de mal à montrer mes morceaux d’une manière originale.

Crédit photo : © Emmanuelle Brisson

La série de teasers qui accompagne la sortie du disque vaut le détour :

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