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Le comité de défense des sous-genres ennuyeux de la techno

C’est un fait, certains sous-genres progressifs des musiques électroniques continuent de résister encore et toujours à l’appel du drop, cette explosion de sérotonine que s’arrachent les jeunes Occidentaux dans les parcs d’attraction Ultra, Electrobeach ou Tomorrowland. A l’inverse, certains sous-genres (micro-house, ambient techno, techno kilométrique ou jazz spatial) se dorlotent sacrément la nouille dans la linéarité. Comme on entend souvent qu’une bonne partie du public considère les artistes de ces sous-styles comme de vieux escrocs bons à faire tripper les afters d’une bande organisée d’endives narcoleptiques, on lance officiellement le premier comité de défense des sous-genres ennuyeux avec Ricardo Villalobos, Donato Dozzy, Floating Points et Ben Klock & Marcel Dettmann. Sans leur accord, bien entendu.

Micro-house

Globalement inventée par une marmite remplie de Roumains, d’Allemands et de Ricains, un peu de Zip, d’Akufen, de Ricardo Villalobos, des cactus chiliens et la sueur du t-shirt col V de son collègue Luciano, la micro-house peut potentiellement paraître comme une arnaque sans nom. Aussi appelée minimal house, elle est à la musique électronique ce que la feuille de vigne est à Adam : son plus simple appareil. Version acide de l’oeuvre déjà lente d’Erik Satie, elle aurait été portée au grand jour à un after à Santiago en 1994. Ricardo, en plein trip, tapait sur un djembé en continu pendant qu’un guitariste de merengue bègue accordait la corde Mi de son instrument. En est sortie une oeuvre de trois heures, parfaitement monotone et pourtant absolument sexy. Comme personne ne pouvait le prévoir, cette musique a fait son trou en Roumanie où des types (RPR Soundsystem, du label [ar:pi:ar]) en ont fait un style à part entière. Les morceaux durent entre 7 et 45 minutes, selon la force de concentration de l’artiste.

Résolution : À ce jour, nous nous engageons à nous battre corps et âme contre ses détracteurs, qu’ils soient Roumains, Chiliens, Suisses ou mêmes originaires de Vichy. En sueur ou sans.

Ambient techno

Terme fourre-tout utilisé par des journalistes inspirés, l’ambient techno pourrait désigner l’univers ambient – propre à Brian Eno, la science-fiction de série Z et les génériques télévisuels de l’ORTF – auquel on a intégré de temps à autre un beat techno. Après les Chiliens et les Roumains précités, c’est au tour d’un Italien d’avoir pris le taureau par les cornes. Derrière ses petites lunettes rondes, Donato Dozzy (photo en une) est la nouvelle coqueluche des festivals électro indés. La célébrité de Donato viendrait notamment de ses tarifs relativement bas comparés au prix moyen d’une séance d’hypnose chez un pratiquant. Une étude très sérieuse révélée par le frère d’une amie qui habite Besançon. Pour un néophyte, un set de Dozzy, c’est l’ennui évident aux cinquante-quatre premières écoutes d’un set du DJ et producteur. Mais comme José Bové aurait bien pu le dire : « Si on t’habitue à boire du soda toute ta vie, comment pourras-tu un jour aimer le Pomerol ?. »

Résolution : Rien que pour ça, à ce jour, nous nous engageons à obliger la cinquante-cinquième écoute à tous les fans de Jul.

Jazz spatial

Avant que notre comité de défense du jazz spatial ne s’ouvre, il faut s’imaginer que les hautes sphères du jazz s’époumonent depuis des dizaines d’années pour réussir l’impossible : ré-intéresser les jeunes à cette musique devenue ronflante. A choisir, qui ne préférerait pas Moderat à Coltrane pour aller pécho ? Pour ça, la musique électronique a beaucoup œuvré à sa vulgarisation. Parmi eux, on se rappellera des travaux des pionniers de Détroit et de Chicago (Jeff Mills, Derrick May, Frankie Knuckles et consorts) mais aussi, plus récents et plus assumés encore de Kamasi Washington ou Floating Points, types que l’intelligentsia du jazz refoule de ses salons en criant à l’escroc mais que les festivals électro appellent en caution anti-déglingue. Comme pour nos précédents sous-genres de snob, ce que certains nomment le jazz spatial emprunte au psychédélisme, au jazz bien sûr et à une electronica douce, sans aucun soubresaut apparent. Pourtant, à cet ennui probable, toi fan de Nina Kraviz et Boys Noize, on te rétorquera que le 4/4 et le sample « XTC » ou « Jack you body » ne sont pas tout dans la vie.

Résolution : Pour leur apprendre que nos jazzmen snobés sont des rebelles de salon, nous les défendrons jusque dans leurs cauchemars.

Techno kilométrique

Bon là, il faut avouer que ça va être passablement hyper compliqué comme défense. Principalement parce que même dans notre comité de soutien s’en trouvent des ennemis. La techno kilométrique est une invention de longue date, qui est venue avec les premiers DJ sets et les premières raves. Mais même après l’évolution technologique du parc matériel du bon disc jockey, elle a perduré comme une constante immortelle. C’est au Berghain qu’on doit sa renaissance par le biais de deux allemands en phase de coming out, Ben Klock et Marcel Dettmann. Leurs sets de sept heures – que ne renierait pas le Kényan Eliud Kipchoge, marathonien olympique en titre – ont tout de la défonce bien débile. C’est la techno kilométrique, ou autoroutière, ou sans œillères, au choix. Au-delà de l’aspect exutoire, les fans hardcore du style y trouvent les atouts de la musique minimaliste (extrêmement répétitive) américaine ainsi que ceux de l’ambient, du cosmos, de la SF (que le sous-style a en commun avec l’ambient techno dans un genre plus béta et bourrin). Bref, pour l’apprécier, il faut fermer les yeux, être suffisamment ouvert pour entrer en transe.

A ceux qui vous diront que cette musique est débilisante, regardez-les avec dédain et dites-leur : « c’est du minimalisme, man. » Tant pis si vous êtes un snob.

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1 commentaire

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Mouton 28.01.2017

Ou comment réécrire l’histoire de la minimal….. je reste dubitatif sur les origines que l’on lui prétend dans ce texte. Les collectionneurs de Perlon, Playhouse…. apprécieront la jeunesse de cette plume, part le texte mais aussi par les noms d’artistes bien connus aujourd’hui….. Zip ne serait pas du tout d’accord non plus… . Mais vive les opinions….

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