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Laurent Garnier : « On vit un âge d’or de la techno »

Il n’était pas aisé de savoir par quel bout prendre la carrière de Laurent Garnier avant de commencer l’interview. Tant de questions à poser… L’implosion cérébrale évitée, on vous propose notre heure et demi passée en compagnie du patron. L’artiste parle du fait de vieillir à travers l’histoire de la musique électronique, rend hommage à l’underground et au pinard, fait le pari d’humaniser Internet et balance précisément sur le format « album » et plus globalement sur tous ceux qui n’ont pas compris que la musique « c’est que de la musique, le reste on s’en fout ».

L’année 2013 fut particulièrement riche pour toi avec tes 25 ans de carrière. Tu as eu le temps de faire le point ?

Oui, ça a été une sacrée année. Surtout avec la suite de mon livre Electrochoc [la suite du volume ratisse la période 2003-2013 pour Laurent Garnier, ndlr]. Le vrai bilan s’est fait au premier bouquin parce que c’était un travail de retour aux sources. Pour cette suite, je parle plus du fait de vieillir au sein du mouvement et de son histoire. En fait, je ne pense pas que ce soit super utile de faire des bilans. Je ne suis pas vraiment tourné vers le passé.

Tu parles du fait de vieillir dans le mouvement techno. Comment trouves-tu que ta génération a grandi en général ?

Comme dans tout mouvement musical. Certains se sont brûlés les ailes, et ce dès le début. D’autres ont toujours voulu rester dans l’ultra-underground. Je suis pas le plus vieux : Sven Väth, il va avoir 50 ans là [contre 48 pour LG, ndlr], et je le trouve toujours super. Il y en a qui ont mal tourné artistiquement, qui ne sont plus francs, dont je n’écoute plus la musique. D’autres ont su se renouveler comme DJ Deep qui fait des trucs géniaux et nouveaux sur son label [Deeply Rooted, ndlr]. Certains comme Jeff Mills sont plus dans des délires cinématographiques ou de projets concepts, sur quoi je ne suis pas toujours fan, mais que je respecte car c’est toujours aussi sincère. Je ne jetterai jamais la pierre à quelqu’un de sincère, même si ce qu’il fait est mauvais. Ça arrive de se rater. Moi, j’essaie constamment de tenter, je n’ai surtout pas envie qu’on me voit comme un vestige, quelque chose de figé. C’est une image difficile à avoir quand tu penses qu’aujourd’hui, une bonne partie des artistes et du public aurait l’âge d’être mes enfants.

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« Un engouement comme celui-ci,

et bien…

Ça ne m’était jamais arrivé »

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Tu revient donc, sept ans après « Tales of a Kleptomaniac » avec non pas un album mais une série de maxis. D’où t’es venue l’idée ?

Depuis des années, je ne suis plus sûr de la nécessité de prendre le format album comme la référence qu’on nous a imposé depuis des millions d’années. Certains de mes tracks auraient eu bien plus d’écho et mieux vécu sur un maxi. C’est dommage.

Il semble que tu as de bons retours sur cette nouvelle manière de fonctionner…

Un engouement comme celui-ci, autour de la série d’EP, et bien… ça ne m’était jamais arrivé dans ma carrière.

Vraiment ?

Non, sans rire.

Comment as-tu procédé ?

On a raisonné différemment. On a d’abord ciblé les labels underground intéressants avec l’idée de sortir cinq EP sur cinq labels qui ont été bouillants pour bosser, super énergiques et motivés, ça m’a procuré énormément de plaisir. J’avais déjà composé des tracks de styles et d’influences assez variés les uns les autres. Je ne voulais pas qu’ils se suivent dans un album et que certains en éclipsent d’autres. Tu vois, quand je fais un truc assez down tempo sur Musique Large, je ne touche pas forcément ma base de fans mais celle du label en question. Et de la même façon, les gens qui écoutent mes morceaux plus techno sortis sur 50 Weapons auraient peut-être envie de s’intéresser à Musique Large.

Down tempo, techno et aussi de la house et du booty vintage sur Still Music, le label chicagoan. Tu voulais rendre hommage aux différentes branches de la musique électronique ?

Non, pas vraiment parce que j’ai toujours été très éclectique –  ça n’est plus un mystère -, depuis le début, je joue du hip-hop, du rock, du disco et même un peu de dubstep – enfin, pas tout dans le dubstep, hein… J’écoute autant Ninja Tune que 50 Weapons, c’est ce que je suis. Après 5 ans de radio, j’ai été amené à découvrir sans cesse, à fouiller constamment, à aller dans toutes les directions possibles. Je suis un réel alcoolique de musique, je suis un vrai malade là-dessus…

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« Avec le nom de Garnier,

les gens ont certains a priori,

bons ou mauvais »

 

Avec Internet, c’est plus qu’il n’en faudrait !

Depuis Internet, je deviens complètement fou. Il faut savoir que l’on reçoit dans les 1000 disques par semaine et même avec ça, quand je vais sur des blogs, je me rends compte que je ne connais pas tout. Contrairement aux années 90 et un peu des années 2000, il est aujourd’hui impossible de tout connaître. Ça me fout le vertige.

« AF 0490 », « A 13 », « AF 4302 » : un nom d’autoroute, de vols d’avions, tu es fan de transports ?

Non, mais quand tu fais mon job, il faut quand même que tu ne détestes pas trop ça (rires). Voilà, c’était l’idée d’Eric [Morand, le grand boss de F-Com, ndlr], de mettre ces noms de vols, de trajets entre des villes comme Paris, Chicago, Berlin… Ça marche plutôt bien. Les gens se posent des questions, il y a même un journaliste qui se demandait pourquoi tous les EP commençaient par un A, s’il y avait une signification… (rires) Il n’y en a évidemment pas.

On connaît donc 3/5 de tes maxis, tu as des indices à refiler sur les deux derniers ?

Hum « M »… « Europe »… Voilà, c’est tout. Je peux juste dire qu’il y en a un qui va étonner beaucoup de gens, pas forcément au niveau du son mais par rapport au label sur lequel ça sortira. Une sortie que je pensais compliquée, sur laquelle j’aurais le plus de difficultés… Mais en fait, ça s’est fait super facilement.

En parlant de difficultés, j’imagine que ça n’a pas été trop compliqué de sortir tes morceaux sur ces labels ?

Non, franchement c’était génial, mais attention, c’était pas gagné. Tu vois, je me suis dit qu’il fallait vraiment pas que je me prenne la tête et aller franchement en contact avec les labels. Je leur ai envoyé mes démos et leur ai assuré qu’ils pouvaient me dire franchement si ça ne fonctionnait pas.

Le nom de Laurent Garnier a pu en rendre certains frileux ?

C’est à peu près ça. Tu vois par exemple, il y a quelques temps, aux USA, j’ai proposé un de mes tracks au boss d’un super label et qui m’a répondu que ça ne pourrait pas le faire parce qu’il avait uniquement l’habitude de sortir de la musique d’artistes plutôt jeunes. Et ça, je peux le comprendre ! Mais je lui ai quand même dit « c’est que de la musique, donne moi ton avis ». Au final, ça ne s’est pas fait et, aujourd’hui, c’est lui qui me demande de lui en envoyer. Avec le nom de Garnier, les gens ont aussi certains a priori, bons ou mauvais. Et je redis ce que j’ai toujours dit « c’est que de la musique, le reste on s’en fout ».

Un peu comme tu devais le faire à tes débuts, envoyer des maquettes sans que personne n’ait d’idée préconçue ?

Oui, mais maintenant je n’ai plus peur de l’envoyer aux plus pointus et de demander un retour franc.

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« Être underground,

c’est pouvoir faire la musique

que tu veux

et le jour où l’on te dit

de faire autrement,

tu puisses dire FUCK ! »

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Au fait, il y a encore beaucoup de mecs qui te demandent de débattre sur l’éternel sujet : « l’USB ou le vinyl » ?

Ouais, justement, il y a pas longtemps, un mec me soutenait encore que c’était impossible de jouer du Derrick May sur USB parce que Derrick May c’est super underground. Ça m’a tué. Je lui ai dit qu’il ne comprenait rien à rien parce que Derrick May, quand il a commencé à faire des disques, il ne pensait qu’à une chose : c’était de vendre des millions et des millions de disques pour pouvoir vivre de sa passion ! Être underground, c’est pouvoir faire la musique que tu veux et le jour où l’on te dit de faire autrement, tu puisses dire FUCK ! Ça c’est underground.

L’USB a sauvé ton dos qui soutenait ton pack de vinyls ?

Ça va, je m’en suis plutôt bien tiré là-dessus. Mais oui, en effet. On vit une époque formidable aujourd’hui, mais il existe vraiment un snobisme autour de ce retour aux origines de l’objet – que je trouve génial. Moi, j’achète toujours autant de vinyls, il n’y a pas de soucis ! Mais quand je me déplace pour aller jouer à droite à gauche, je prends ma clé, je me suis déjà assez pété le dos comme ça et j’ai déjà assez foiré de sets à cause de problèmes liés au vinyl. Il n’y a pas longtemps, j’ai joué à une Concrete [le 24 novembre dernier, ndlr] et quand je leur ai dit que je n’allais pas jouer sur vinyl, ils m’ont demandé si c’était possible que je ramène quand même quelques vinyls, comme si c’était de la figuration (rires). Ça n’est pas important et je défie quiconque de différencier, en boîte, un mec qui joue sur vinyle ou sur USB, s’il ne le regarde pas. En plus aujourd’hui, tu peux reproduire les sons du vinyle avec l’USB, etc.

C’est très bien que des labels reviennent au vinyl et le remettent au goût du jour. À mes débuts, tout le monde achetait de la musique et le revendiquait haut et fort. Ensuite, du jour au lendemain, on a dit que personne ne devait plus payer pour de la musique et voilà qu’aujourd’hui on y revient.

Il y a des nouvelles scènes qui t’excitent en 2014 ?

Des tonnes. On vit un véritable âge d’or de la techno. Toute la nouvelle scène new-yorkaise avec L.I.E.S. Records [label de Brooklyn, du producteur très en vogue Ron Morelli], les Japonais mais aussi les Français qui s’exportent à fond et qui font des trucs super, comme Marcelus pour ne citer que lui. Les Français ont une vraie affection pour l’underground contrairement à ce qu’on a pu nous dire. Ils l’ont toujours aimé et aujourd’hui ils jouent cette musique. L’underground a toujours été présent, si on remonte aux free parties, qui ont été extrêmement suivies, tout le mouvement hardcore et même quand on parle de musiques plus rock ou deep house. Bon, il y a bien des Guetta qui marcheront toujours mais globalement je trouve ce public très réceptif.

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« Niveau clubbing, j’espère que

vous vous rendez compte de

votre chance en France »

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Qu’est ce qui la différencie des scènes étrangères les plus actives ?

Eh bien pour moi, ils n’ont pas une culture pop music, ils n’aiment que rarement le commercial, contrairement aux Anglais ou aux Belges. J’ai joué à une soirée en Belgique où il y avait Jeff Mills, Kavinsky, Martin Garrix et d’autres sur le même plateau, ce genre de line-up sans aucun sens, mais qui n’avait pas l’air de déranger (rires). En France, il n’y a pas de demi-mesure : tu as soit les clubs techno pointus soit les boîtes-à-champagne. En Allemagne, où il y a la plus grosse culture techno, tu as tous les genres de boîtes et de scènes inimaginables. J’ai vu que Mayday existait encore ! [Mayday est, avec la Love Parade, le plus vieil événement de musique électronique allemand. Le festival va fêter ses 33 ans cette année, le 30 avril prochain, avec Fedde Le Grand, Sven Väth, Len Faki, Chris Liebing…, ndlr] Mayday quoi ! Tu te rends compte ?

Quel regard jettes-tu sur l’explosion du nombre de clubs et de festivals dédiés aux musiques électroniques?

Niveau clubbing, j’espère que vous vous rendez compte de votre chance en France. Je n’avais jamais vu ça.

Justement, qu’est ce qui t’affole le plus en ce moment ?

Je n’ai pas assez passé de temps pour m’informer sur tout mais je vois les line-ups et les événements, c’est de la folie. D’un côté tu as des festivals comme Astropolis – ils sont là depuis longtemps eux, et t’as vu le monde qu’ils ramènent aujourd’hui hein ? Et pourtant leur prog est super underground. Ou les Nuits Sonores, qui tiennent la barre. D’un autre, tu as des trucs qui cassent tout comme le Weather, auquel je n’ai toujours pas pu aller vu qu’il y a mon festival Yeah en même temps. Je suis aussi allé à l’édition d’I love Techno à Montpellier… Combien ils ont fait venir de gens déjà ? 30000 je crois ? Mais c’est jamais arrivé, il faut que les gens réalisent, c’était la rave… À Montpellier ! Il y avait des Espagnols et tout (rires).

Tu penses qu’aujourd’hui la toile mondiale des petits labels techno undergound peut se passer des majors et faire sa vie seule ?

Complètement ! Les majors n’ont pas compris le jeu des labels, elles sont dépassées par les événements, elle n’ont même pas idée du travail de fourmi qu’un label indé peut fournir. On parle de centaines de milliers de micro-structures qui bossent parfois à deux ou trois. Certaines grosses maisons de disques, qui n’ont pas l’habitude de traiter avec ces petits labels électroniques, hallucinent de voir ce qui se passe autour de mon EP sorti sur Musique Large. C’est un fonctionnement intéressant, humain et qui fait ses preuves. Tu fais de la musique, tu cibles les labels et eux, ils profitent de leurs petite taille pour faire des choses de qualité… À moins que tu veuilles lancer des grosses machines comme Daft Punk avec une promo de fou, bien sûr.

Quel regard portes tu sur la mercantilisation de la techno ? Je pense entre autres aux événements sponsorisés par des marques, comme Heineken, Converse, Redbull…

Il y a un moment où il faut savoir ce que l’on veut. Si ton but est de lancer un énorme événement et faire venir les artistes que tu veux, tu es obligé de t’entourer de sponsors. Après, c’est une histoire de jauge, à partir de quand ces marques dépassent la limite ? ». Moi, jouer avec une banderole derrière moi, ça me fait vraiment chier, c’est clair.

Tu as déjà décidé de refuser de jouer pour cette raison ?

Une fois, avant de jouer, l’organisateur dont la soirée avait été sponsorisée un max m’a demandé de faire une entrée sur scène en buvant la bière de la marque et de le montrer. Quand ils m’ont dit ça, j’ai fait « non mais là les gars, c’est allé trop loin » et je suis parti. C’est irrespectueux. Mais sinon, pour te donner mon avis en entier, tu as aussi les cas des énormes événements comme le Time Warp ou I love Techno. Eux, ils empochent un max de blé des marques mais crois moi qu’ils en dépensent tout autant dans l’artistique ! C’est pour ça que pour le Yeah festival, on avait une jauge de 400 places, donc obligés de prendre un sponsor local et même avec ça, c’est pas grand chose. Depuis la crise du disque, les cachets ont énormément augmenté parce que les tournées qui étaient auparavant simplement de la promo sont devenues la principale source de revenus des artistes. Même pour des groupes de rock, ça monte vite dans les 3000 ! Alors avec notre jauge, je peux te dire que c’était ric-rac.

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« Mon journal est un espace

qui me ressemble,

plus humain »

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Ton festival Yeah est une autre façon de montrer ton ouverture aux genres et ta vision de la fête à la française ?

C’est vraiment un délire de potes. On a passé une première édition fantastique. C’est vraiment ce que j’aime, sans prise de tête, avec du pinard, du fromage, dans un petit village. Tu n’imagines pas le nombre d’hectolitres de vin qu’on a engloutis en un week-end… J’ai toujours aimé foutre la merde et faire le con et là c’était le moment parfait. On est allés loin : pour l’invitation des groupes au festival, on leur a envoyés un parchemin en leur demandant de mettre un sceau en bas s’ils acceptaient (rires). Ils ont tous hallucinés, je pense que ça en a même apeuré certains. Un seul a répondu avec le sceau. Et puis, tu as peut-être vu nos teasers avec les casques ou la chorale ?

Oui, bien barrés…

Et bien sache qu’il y en a qu’on n’a pas pu diffuser parce que c’était vraiment trop débile. Les commerçants et les gens du village ont trouvé que ça allait trop loin…

L’ambiance avait l’air franchouillarde.

Familiale, c’est ça. Pour cette édition, on a booké Baxter Dury et Balthazar dont je suis fan et La Colonie de Vacances en extérieur – tout le monde me dit que c’est mortel – j’ai super hâte. Il y a aussi mon bon pote Moustic [de Groland, ndlr] qui revient mixer, on va aussi faire jouer les gosses de Lourmarin qui ont répété toute l’année ! Ça va être génial.

Bon et vu que tu as décidé de ne jamais arrêter de bosser une seule seconde de ta vie, j’ai vu que tu écrivais une fiction autour d’Electrochoc ?

Oui, en effet. On n’est pas du tout dans l’idée de faire un documentaire qui reprendrait Electrochoc, mais de raconter une histoire originale dans l’univers d’Electrochoc qui est celui de la musique électronique.

Tu n’as pas imaginé faire un film de science -fiction ?

Non, mais je le laisse à Jeff Mills.

On t’a aussi découvert une vie 2.0. Laurent Garnier est donc connecté ?

Mais pourquoi tout le monde croit ça (rires) ? Depuis l’histoire du lol cat, les gens me prennent pour un geek ! Ce n’est pas le cas, il faut le savoir.

C’est aussi par rapport à ce journal que tu as créé. Pourquoi cette nouvelle idée ?

Mon journal [ici, ndlr], c’était vraiment pour avoir un espace qui me ressemble et qui soit plus humain. Il y a du monde qui a envie de connaître l’histoire d’un disque et de sa sortie, les échanges mail, les Vine… C’est le problème avec les Facebook et Twitter. Tu postes un truc et tout le monde s’en fout ou il est mal interprété, tu ne contrôles rien. Sur ma page Facebook, quand j’ai posté le message « Drugs make everything awesome » avec un dessin assez barré de moi, il y a un excité qui s’est mis à insulter, et plein d’autres qui sont partis au quart de tour en prenant le message au premier degré… On a essayé plein de fois de bloquer les commentaires mais Facebook ne le permet pas.

Peut-être que si tu envoyais une galette à Mark Zuckerberg, vos relations seraient moins tendues ?

Je ne suis pas sûr que ce mec ait beaucoup d’humour.

Allez, on lui propose de commencer par celui-là :

Laurent GarnierColoured City

Crédits photos : Arthur Garnier

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