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La Gale : « Je ne pense pas être une machine à révolte »

Découverte il y a trois ans lors de la sortie de son premier album, La Gale s’est imposée comme l’une des rappeuses les plus exigentes de sa génération, aussi bien artistiquement que politiquement. Une soif d’autonomie qui place naturellement la Suisse aux côté de La Rumeur ou de Casey. La sortie d’un nouveau titre et d’un clip il y a quelques semaines a sonné le retour de l’artiste avec un 2e album prévu pour l’automne. C’était l’ocassion d’en savoir plus sur l’état d’esprit de cette enragée du micro.

Peux-tu nous parler un peu de, Salem City Rockers, ton deuxième album prévu pour l’automne ?

On est partis dans un délire plus cradingue, à base de blues marécageux, de oud ou de chants vaudous. Il y a un côté très « cinémascope » dans cet opus. INCH et Al’Tarba ont composé la musique du skeud de A à Z. Côté lyrics, j’avais en ligne de mire le côté « traque » et « chasse aux sorcières », le thème du départ et de l’errance également. Quant aux feats il y en a quelques uns, mais je ne vais pas les spoiler tout de suite.

Comment verbaliser la contre-culture ? Est-elle compatible avec le succès ?

Je ne cherche pas à revendiquer mon appartenance si c’est ce que tu cherches à savoir. Encore moins dans une interview. Il y a des choses qui effectivement se vivent et qui ne nécessitent pas de verbalisation. En gros, je traîne où je veux et je fais ce que je veux, tu vois ce que je veux dire ? Quant au succès, je pense y être trop étrangère pour t’en parler.

Est-ce un danger pour sa créativité et sa liberté artistique de réussir à vivre de sa musique ?

Avec trop de galères, il se peut que tu doives arrêter ou diminuer le temps consacré à une activité dans laquelle tu t’épanouis. C’est regrettable. Avec trop de confort, il se peut que ton moteur créatif se bloque ou que ton message s’adoucisse. C’est regrettable également. Tout dépend de ce qui s’offre à toi et des choix que tu fais. Ce n’est pas une voie à une seule issue.

La Gale – Qui m’aime me suive

Constates-tu une ouverture grandissante des lieux anarchistes à la culture hip-hop ?

Je pense surtout que les milieux autonomes sont devenus le refuge d’à peu près chaque personne qui ne croit plus en la culture de masse et l’establishment et qui souhaite s’organiser autrement que ce qu’on veut bien lui imposer.

Est-ce que l’état actuel de la société n’est au final pas un bon carburant pour le moteur de machines à révolte comme toi ?

Ce serait odieux de se réjouir de la régression de notre société sous prétexte que c’est une bonne source d’inspiration. Je ne pense pas être une « machine à révolte », c’est juste qu’en tant qu’artiste, on ne te laisse plus vraiment d’autre choix que celui de constater l’état des choses ou celui de te voiler la face. Si je parle de certains problèmes, c’est avant tout parce que je souhaite les voir se résoudre.

Ça t’est déjà arrivé en écoutant un titre d’un autre artiste de te dire « Putain, j’aurais tellement aimer la composer cette chanson » ?

Non, par contre y a des tonnes de titres qui m’évoquent des époques que j’ai pas eu l’occasion de vivre, dans des lieux que je n’ai jamais visités, et là je me dis que j’aurais voulu naître à plein d’autres endroits et moments à la fois…

La musique pour changer le monde, tu y crois ?

La musique peut à la limite changer ta perception du monde. Mais c’est déjà pas mal.

Crédit photo : Mehdi Benkler

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