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La clique des intouchables 2017

Foutages de gueule en règle, projets dans l’air du temps, les artistes dont on vous parle ici peuvent aujourd’hui tout se permettre. Et la critique et le public en redemanderont. On a essayé de lister, pour la seconde année consécutive, ces artistes un peu milieu de tableau dont il est interdit de dire du mal au risque de se faire traiter de réac fan d’Eric Besson. On dit bien milieu parce qu’on ne compte ni ceux qui sont déjà en haut de la pyramide (Thom Yorke et Dave Grohl) ou ceux qui sont déjà morts (Bashung et DJ Mehdi). Les créneaux « tirer sur l’ambulance » et « écrire des billets durs » étant déjà pris, on a choisi des cibles qu’on adore détester et écouter : Baxter Dury, King Krule, Tyler, The Creator, Savages, Nina Kraviz, Omar Souleyman, Tony Allen et Sven Väth.

Baxter « cup of tea » Dury

Baxter Dury

La première fois que Baxter Dury s’est présenté à nous, c’était lors de la tournée « Floor Show » en 2006. Plus précisément à la Route du Rock hiver, la première du nom. Il était ivre mort. Il était même assez infect, se foutant ouvertement de la gueule de son public. Mais le génie était pourtant déjà là, par la grâce d’un disque qui n’a pas pris une ride. Une traversée du désert plus tard, il est revenu comme une bombe avec Happy Soup. Toujours aussi saoul, toujours aussi doué, il rend ainsi l’ensemble de la presse aussi addict que lui. Sa nonchalance sur scène et son évidence mélodique sont saluées, partout, tout le temps. Il peut désormais tout se permettre ou presque. Comme Miossec chez nous à la grande époque. Baxter Dury est intouchable et il n’a rien fait pour le mériter. Un génie, donc.

King’s rules

King-Krule

On a trouvé encore plus nonchalant que Baxter Dury, en plus jeune : King Krule. Le gars ne décoche pas un sourire mais fait des ravages à chaque single sorti, sur son nom ou sur un pseudonyme. Avec la force de l’évidence, comme si tout lui était dû. Cette jeunesse ne respecte décidément plus ses aînés. C’est peut-être même ce qui la sauve. Rarement un artiste avait paru aussi facile au moment de pondre des chansons à la profondeur et gravité pourtant indiscutables. King Krule n’a pas encore 24 ans mais il semble déjà revenir sur Terre pour la sixième fois en sachant précisément ce qui semble se passer. Voilà peut-être pourquoi il n’est surpris de rien, encore moins de sa gloire naissante.

Toutes des Savages

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D’entrée de jeu, elles ont comblé un vide. Femmes, rugueuses, mélodiques, déterminées. Savages était né pour s’imposer. Accueillies bras ouverts par le public et la presse spécialisée, elles ont marqué les esprits d’abord sur disque, puis sur scène où le concert ressemble à un choc, avec une frontwoman hors du commun, Camille Berthomier aka Jehnny Beth, qu’on n’a pas reconnu depuis son époque John et Jehn. Un rock pas si brut que ça, complexe mais dévastateur. Malgré plusieurs heures d’investigation, on a lu une seule critique négative sur elles (devinez qui). Avis à ceux qui voudraient fouiller et faites-nous des captures d’écran pour en trouver d’autres.

Retrouvez notre édition 2016 de La Clique des Intouchables. Starring : Four Tet, Floating Points, Jamie XX, Nicolas Jaar, Chet Faker (aka Nick Murphy), James Blake, Flying Lotus, Todd Terje et Mac DeMarco.

 

Ghetto Kraviz

Kraviz

Nina, promis on ne fait pas partie de ceux qui écrivent systématiquement « jolie russe » devant ton nom pour vanter tes qualités de dj. Pour tout dire, ça nous gonfle même, et puis franchement, depuis que tu t’es un peu cramée dans une baignoire à bulles, on ne t’a jamais surprise à essayer de concurrencer Charlotte de Witte sur Insta, de toute façon elle replace sa mèche bien mieux que toi. Tu es au-dessus de tout ça, toi, queen of acid. Mais fais quand même gaffe, car le souffle chaud dans ta nuque, il vient d’Hambourg, il sort un double H au Scrabble et il ose même jouer à des jeux bizarres avec nous.

Tyler, The Creator, projet X pour génération Y

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Sorti d’Odd Future, le crew le plus prolifique et créatif de la fin des années 2000 (ayant également accouché de Frank Ocean, Earl Sweatshirt ou Syd Tha Kid), Tyler est depuis toujours l’électron libre dans toute sa splendeur. L’enfant a réussi à jouer sur deux des tableaux les plus respectés du microcosme médiatique : le côté potache et les délires sombres, voire auto destructeur, très loin des clichés bling bling. Pour couroner le tout, Tyler coche toutes les cases du créatif trendy : musicien donc, mais aussi (et presque surtout) producteur, designer, graphiste, réalisateur et scénariste. Les autres touche-à-tout peuvent aller se rhabiller.

Omar m’a Souley, man

Omar

Le chanteur syrien Omar Souleyman n’a pas son pareil pour faire le grand chelem des médias. Remarquez, son storytelling est parfait pour mouiller les culottes en daim dans les open spaces de Resident Advisor et Pitchfork. Et puis, avec sa gueule de papy scabreux qui fait des vannes grasses et tape son petit roupillon en fin de repas, personne ne peut rester insensible. Ses clips hilarants en images de synthèse en ont titillé plus d’un. Pourtant, quand on écoute bien sa musique, on notera la même boucle mi-mariage mi-acid qu’il a probablement depuis longtemps sous-traitée à un beatmaker de l’ombre, et une fâcheuse tendance aux chansonnettes qui font tourner les serviettes. Parfait pour les soirées lolcats sur YouTube.

Sven Väth t’en d’ici

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On ne manque jamais de respect à ses anciens. Surtout quand celui-ci a le bras long, et la peau à peine distendue malgré les années de bamboules. Papy Sven est à la tête d’une multinationale de la techno, Cocoon, à la fois agence de booking surpuissante et label phare de la bonne santé éternelle des Allemands en matière de musiques électroniques. Sven, on sait tous qu’à 53 ans, tu es allé toi aussi à Goa, dans des hospices louches, te payer une petite dialyse pour que tes globules ne galèrent plus quotidiennement à essayer de comprendre comment elles doivent digérer les restes d’ecsta des 90′, qui salissent encore ton foie. Tu ne seras jamais hors-jeu, Sven. Jusqu’en 2030 au moins, les réseaux sociaux seront là pour nous le rappeler, chaque lundi matin. Bras en l’air, vinyl levé vers les cieux, dans une tempête de paillettes et devant un dancefloor béat, souvent aux côtés de ton pote Ricardo, on pourra lire dans le reflet de tes lunettes : « Who’s the boss ? ».

Tony Allen & ses Chevilles Orchestra

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Tony Allen est le Lil’Louis de l’afrobeat : incapable de tenir une conversation sans rappeler à son interlocuteur qu’il a créé le genre musical. Lassant. D’autant que le gars a du talent, pas besoin de la ramener à chaque fois. L’ex-batteur de Fela Kuti la ramène tellement qu’on commence à douter de sa paternité. D’autant qu’il n’hésite pas, en passant, d’en glisser une à Fela, pour dire que c’est-lui-qu’a-tout-fait. Allons Tony, tu vaux mieux que ça, ton jeu de batterie vaut mieux que ça, et c’est pas parce que tu bosses avec Damon Albarn et Jeff Mills (qui sont eux aussi des intouchables) qu’on n’a pas vu clair dans ton petit jeu. Mais bon, à chaque fois, tu t’en tires bien. Tous les gens qui te rencontrent disent que t’es pas facile, mais que, bon, tu peux te le permettre. T’as tout gagné. Ils t’adorent, gros malin.

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