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La bio de Ravi Shankar mais en mieux

Le musicien indien le plus réputé au monde a laissé, à sa mort en 2012, un héritage indécent à son pays-continent, mais aussi partout ailleurs. Vulgarisateur, enseignant, sitariste de génie, compositeur ouvert, il a voué sa vie à faire des ponts entre les gens, les spiritualités, et les époques. Convier sa fille et élève, Anoushka Shankar ainsi que le producteur anglais Gold Panda à reprendre son oeuvre lors de la soirée Variations est peut-être l’une des plus belles choses réalisées par notre équipe. On vous dresse le portrait de l’artiste.

Robendra aka Robu aka (plus tard) Ravi Shankar a décidé d’émettre son premier son le 7 avril 1920. Il est le cinquième fils de deux heureux parents, sa mère Hemangini et son père le Dr Shyama Shankar. Le patriarche, un riche propriétaire terrien, a hérité des terres de son père dans l’est du Bengale, et suivi des études de droit jusqu’à se retrouver ministre du Maharajah de Jhalawar – ce qui vous fait une belle jambe. Mais trêve d’impatience. Robu est né dans la ville de Vârânasî (qu’on appelle Bénarès chez nous, comme quoi traducteur c’est un job), un haut lieu de pèlerinage hindou. Si le père faisait partie de la caste sacerdotale des brahmanes, le top of the pop de la hiérarchie hindoue, il n’avait pas de fonction religieuse, et a pu partir jeune exercer son métier d’avocat à Londres, puis à Genève, et enseigner à l’Université Columbia à New York. Il meurt pourtant alors que Robu a à peine 15 ans.

Retrouvez la créations Variations 3 autour de Ravi Shankar ici.

 

Fin des années 20. Uday est l’aîné des cinq frangins Shankar, et mène à la baguette une sacrée troupe de saltimbanques. Notre adolescent de petit frère est engagé comme danseur et ce même si ça l’intéressait bien plus de devenir acteur. Que voulez vous, on n’a pas toujours ce qu’on souhaite. Et puis, il ne crache pas totalement dans la soupe parce que la troupe emmène la fratrie à Bombay, puis à Venise, et à Londres. Fière d’un bon pactole familial, la maisonnée s’installe même à Paris en 1930.

C’est ici que Robu va faire, pour la première fois, la rencontre avec un musicien qui l’impressionne et lui donne l’envie de s’y coller, Ustad Allauddin Khan. Un jour, Uday a une envie monomaniaque de choper le meilleur musicien indien in town et contacte ce maître du sarod (instrument à cordes pincées, une sorte de luth datant du XIXème siècle, utilisé en musique indienne classique) Ustad Allauddin Khan, qui a formé une tapée d’instrumentistes aujourd’hui légendaires. Allauddin, gaucher, se foutait notamment éperdument de changer les cordes des instruments conçus pour les droitiers, ce qui ne manquait pas d’amuser sa cour, et de faire fondre les cœurs tout mous. A leur place, on aurait fait pareil. Après, Allauddin est un maître un peu grincheux et père-la-rigueur : il oblige notamment le jeune danseur à quitter toutes ses autres activités s’il veut assister à son enseignement.

ustad allauddin khan

Ustad Allauddin Khan

Cela va plus loin. Robu se sort les doigts un beau jour de printemps (source non définie), ouvre avec fracas la porte de l’appartement parisien dans lequel il réside avec son frère, se racle la gorge et annonce : « Je pars. » Retour en Inde avec son enseignant qui va, durant sept ans, être baigné dans la tradition Guru Kul, avec une initiation qui implique des conditions de vie relativement hard. Il se rase les cheveux, s’habille de vêtements simples, et se lance, ce qui est – vous en conviendrez – un choix assez drastique surtout quand on est un fils de, petit bobo parisien à la vie douce. Il se passionne dans l’apprentissage du sitar, du surbahar, de la technique de la vînâ, du rabâb et du sursingar. Et comme vous vous en doutez, parce que sinon, on ne serait pas en train de se pencher sur sa bio, il se révèle ultra-doué et se fait repérer par le gratin.

L’idée derrière la tête de notre globe trotter se dessine avec les années : la vulgarisation de la musique indienne. A 36 ans, il débarque aux USA et utilise enfin le nom de Ravi Shankar. Nous somme au milieu des années 50 et son aura ne va cesser de croître. En même temps, vous pouvez difficilement avec une meilleur timing : le rock psyché, le LSD et Ravi débarquent au même moment, alors oui, il y avait de quoi s’arracher les cheveux et en faire des cordes. Son disciple le plus connu est évidemment le guitariste des Beatles, Georges Harrison, qui va jouer du sitar sur « Norwegian Wood« , « Love you to » et « Within you, without you » et répandre largement la résonance de cette guitare venue d’un autre monde. Puis ce sera au tour de Brian Jones (Rolling Stones), Collin Walcott (Oregon) et Shawn Phillips.

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Ravi Shankar à Monterey

1962, le mythe commence à poindre dans le monde entier. Ravi fonde son école de musique Kinnara à Bombay puis une antenne, en 1967, à Los Angeles. Même année, il participe au Summer of Love, et joue au Monterey Pop Festival, organisé par les producteurs Lou Adler et Alan Pariser ou encore John Phillips membre des The Mamas & the Papas. Tous les artistes jouent gratos, à l’exception de Ravi. La prog : The Who, The Jimi Hendrix Experience, Janis Joplin, Otis Redding, Ravi, The Mamas & the Papas, etcetera. A noter aussi que les Beach Boys, Captain Beefheart et les Beatles ont décliné, que The Kinks n’ont pas obtenu de visa pour débarquer en Amérique, et que les organisateurs auraient simplement oublié d’inviter les Doors). Et puis, la même année toujours, c’est Woodstock qui l’invite. Il joue enfin lors de l’exposition universelle de 1967 devant un parterre de 20 personnes abasourdies.

Ravi a des semaines bien remplies les vingt années qui suivent. Enseignement, concerts, sorties de disques, le voilà au four et moulin. John Coltrane est l’un de ses fervents supporters, et appelle même son fils Ravi. On le trouve également aux BO de fils sur les vies de Satyajit Ray, et de Richard Attenborough, sur Gandhi.

Parlons disques, d’ailleurs. Ravi compose Concerto for sitar en 1971, avec André Previn (ci-dessus), compositeur de BO hollywoodien oscarisé à plusieurs reprises. Il fait un featuring avec un groupe de musiciens japonais sur East greets East, des duos au sarod avec Ali Akbar Khan, le fils de son maître à jouer – rappelez-vous – Ustad Allauddin Khan.

Du côté de la musique électronique et expérimentale, ça s’agite en 1987 avec la signature de Ravi sur Private Music, le label de Peter Baumann qui officie dans le groupe krautrock / industriel Tangerine Dream. A cette occasion, il sort Tana Mana, un disque avec du synthé, du sampling et de la pop occidentale sous le nom du Ravi Shankar Project : George Harrison (synthé / chœurs), Al Kooper (guitare) et Ric Parnell (machines électro). Le voici en écoute.

Puis Ravi part en tournée russe et sort Inside the Kremlin, ainsi que Passage, une collaboration avec le compositeur minimaliste américain Philip Glass, dont la rencontre devait bien arriver à un moment ou un autre. Le compositeur indien se prête même à un spectacle nommé Ghanashayam qui fait le pont entre musique, danse, théâtre, orient et occident, qu’il présente en 1989 en Angleterre.

En 1997, Ravi Shankar calme le jeu niveau sorties. On n’a pas tous les jours 20 ans. On note cependant un super disque de chants religieux Chants of India produit par Harrison. Et c’est à cette époque que Ravi s’occupe de la formation d’Anoushka, sa fille, son élève, sa voisine de tourbus en tournée. Son autre fille, une certaine Norah Jones, préfère elle le chemin du jazz-pop, ou de l’americana lounge de l’Amérique nostalgique, et devient une star mondiale avec Come Away With Me, et ses 50 millions d’albums vendus dans le monde, en 2002.

En mars 2012, le monde apprend la fake news de sa mort (la faute à un homonyme). En décembre de la même année, il prend pourtant le chemin du repos, et laisse derrière lui un héritage éternel. Parfois, la faucheuse ne fait que la moitié du travail, il faut croire.

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