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Miossec : « Jouer dans certains coins te donne l’impression d’être utile »

« J’ai beau être fier d’être breton, de là à faire des forêts de drapeaux… » Voilà comment a débuté notre discussion avec Miossec autour d’un café, deux ans après notre dernière interview. Le Brestois nous a confessé voir en Radio Elvis et Feu! Chatterton « l’avenir, car ces groupes sont portés par des choses ». Dur, dur de tout garder, mais l’essentiel est là. Echanges avec un menhir qui ne finit pas toujours ses phrases. Allez savoir, c’est peut-être dû à la fatigue vu que Christophe jouait la veille dans un pub à Ménilmontant. Ou simplement parce que Miossec sait se faire comprendre sans en faire des caisses.

Lors de la tournée « Chansons ordinaires », j’ai souvenir de toi à l’EMB à Sannois en train de chambrer les Bretons exilés « qui reviendront au pays avec leur argent une fois retraités ». Maintenant que t’as quitté la campagne brestoise pour revenir à Paris, t’en penses quoi ?

C’est ma forme d’humour, les gens pigent le truc. J’aime être rebrousse-poil sur scène. Arriver en concert et dire « vous êtes formidables, qu’est-ce que vous êtes gentils, on est content d’être là » alors qu’on a oublié la dernière fois où l’on est venu et qu’on va faire le même concert que la veille…

Tu n’es pas fidèle à tes musiciens d’une tournée à l’autre. Le fidèle qui réclame « Recouvrance » lors du rappel est frustré que le backband ne puisse pas jouer des vieux morceaux, car vous devez vous cantonner au dernier album et quelques vieux titres.

On a travaillé des vieux titres, tout de même. Cette infidélité permet d’aller dans des zones inconfortables. Ça ne marche pas à tous les albums. C’est toute la différence entre le chanteur et le groupe de rock. J’ai eu un groupe de rock de 14 à 18 ans et je vois bien la différence. Faire de la chanson française et rester 20 ans avec le même groupe « personnel », je ne suis pas sûr qu’on en trouve beaucoup.

Tu n’as jamais caché que la musique devait aussi être un moyen de gagner ta vie. Alors, prêt à vendre un morceau pour une pub ?

Non, je ne franchirai pas le barrière. Ce n’est pas mon propos, sauf si c’est pour l’Unicef bien sûr. Quand j’ai dit ça, je n’avais rien du tout. Pour moi, les premiers concerts étaient reliés à la fin de chômage et aux premiers cachets.

Que s’est-il passé entre la fin de ton ancienne carrière et celle de chanteur dans les années 90 ?

J’ai quitté Gallimard pour TF1 où je ne travaillais pas beaucoup mais m’amusais beaucoup, ce qui me laissait du temps pour jouer de la musique. Je faisais beaucoup la bringue, la musique prenait tant de place qu’il arrive un matin où tu ne veux plus te lever pour aller travailler. Jouer devenait obsessionnel.

C’est amusant de se dire que tu aurais peut-être pu t’épanouir dans un autre domaine, pas forcément dans la musique ?

Épanoui, je ne sais pas. J’aurais pu écrire des romans comme faisaient des copains, car je suis un mec de lettres. Mais on en revient encore à l’aspect économique, aujourd’hui t’as cinquante écrivains qui gagnent leur vie. Et ce qui marche n’est pas forcément très glorieux (rires).

En 21 ans, t’as produit dix albums. Ce qui est conséquent…

… C’est pour ça que tout n’est pas bon. Heureusement.

T’avais des crédits à rembourser ? Sincèrement, t’as jamais « pondu » un album pour gagner ta vie ?

Je n’aurais pas fait des disques pareils. Je suis un peu plus malin que ça, mais je n’aime vraiment pas mon troisième disque. J’ai fait un tube avec mon groupe de rock quand j’avais 17 ans. En 1983-84, ça s’appelait « Les Yeux de Laura » et je n’ai pas déposé les droits à la Sacem. A l’époque, ça représentait une petite fortune car il y avait peu de radios.

Ah merde !

Non, pour moi, ce n’est pas « merde ». Je crois qu’avoir beaucoup d’argent d’un coup jeune, ce n’est pas bien. Avoir autant d’argent jeune lorsque tu viens d’un milieu qui n’en a pas, ça risque de partir en couilles.

« Je suis un dingue de faits divers »

« Papa », « Maman », « Bonhomme »… Ce sont des chansons très personnelles. A côté, il y a « Les bières aujourd’hui s’ouvrent manuellement ». Ce grand écart, ça vient de périodes de ta vie où tu te sens plus ou moins bien ?

Généralement, je suis bien. Quand j’écris, c’est qu’il y a quelque chose jubilatoire. Il ne faut pas écrire quand t’es au fond du trou car ça va être incompréhensible. Tes chansons sortent du ventre. « Papa » n’est pas destiné particulièrement à mon père, c’est plus évasif.

Écrire des chansons d’amour, ça doit être dur pour la femme qui partage ta vie ?

(rire sardonique) Entre l’écrivain qui fait 200-300 pages et la chanson qui est un feuillet rapide… Je ne suis pas un chanteur autofictif. Par moment ça l’est, d’autres fois non. Il faut être avec une femme qui comprend ton boulot. Le truc, c’est de faire des ponts. Mes histoires ne sont pas forcément les miennes, ce n’est pas un carnet de bord.

« Chanson d’un fait divers » t’a été inspirée de l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès. Les faits divers sont encore une source d’inspiration ?

Ah oui, c’est vrai. Sur le dernier, il y a la chanson du train en lien avec un autre fait divers. Je suis un dingue des faits divers. Il faudrait que j’aille fouiller encore plus dedans. C’est un genre qui n’est pas assez présent en France. Il y a des journalistes qui écrivent des choses terriblement artistiques.

« On est des mammifères, on veut de la compagnie », chantes-tu. En vieillissant, on devient plus exigeant sur la compagnie des gens ?

Plus exigeant, oui. Et on ne s’attend plus à de folles révélations. Par contre, on apprend la patience.

« Je ne ferai pas de la musique avec des buveurs d’eau »

« Les gueules cassées » et autres piliers de comptoir que tu as mis en musique, tu les apprécies toujours maintenant que tu es sobre ?

Ça fait partie de moi-même, de mon expérience. Je peux te dire que je ne ferai pas de la musique avec des buveurs d’eau. Ce n’est plus ma vie, mais voilà.

« Les Mouches » parle de la mort avec un entrain bluffant. C’est le fait de vieillir qui te fait prendre du recul sur cette issue obligatoire ?

La disparition de Rémy (Kolpa Kopoul) a été joyeuse, bizarrement. Il avait tellement fait pour l’éducation, il s’est tellement investi. Sa famille était fière de son parcours, de cette belle trajectoire de vie. On n’a pas pleuré, au contraire. Il faut l’applaudir.

On s’y fait d’aller à plus d’enterrements que de mariages ?

Oh, ça fait longtemps que j’ai pas été invité à un mariage.

En règle générale, c’est souvent le cas à 51 ans…

Ouais (silence). Les enterrements, j’en rate beaucoup. Souvent, je ne peux pas y aller.

En tant qu’ancien journaliste, es-tu toujours réceptif à l’information au sens large ?

Maintenant, je suis abonné aux applications. Je suis soutiens aussi Mediapart et Libération. Je suis papivore – ben ouais, je suis vieux – et je regrette cette époque où je retenais mieux l’info en la lisant sur papier. J’aime le déroulement de l’info par catégorie, du local à l’international en tournant les pages.

Tu es l’un des derniers à afficher ton soutien politique. Les chanteurs comme Bruel qui refusent de jouer dans des villes FN, ça t’inspire quel sentiment ?

Il a dû regretter de dire ça. Enfin, je pense. Il faut y aller, au contraire. Pour cet album, on a été dans des coins en France… Ouah ! Les gens qui tiennent des lieux culturels dans certains coins du sud-est, ce sont des militants qui sont emmerdés par les autorités publiques. Aller jouer là-bas, ça te donne le sentiment d’être utile. En remplissant le lieu, tu leur assures une trésorerie en plus d’avoir apporté une soirée de bonheur aux habitants du coin.

Ce goût pour l’artisanat, du chanteur amoureux de la France des oubliés, te caractérise.

Ce côté un peu bourrin ? Ouais, ouais. Pourtant, j’aime écouter du jazz et j’ai fait un putain de concert avec le pianiste Baptiste Trotignon – qui avait été bien reçu d’ailleurs – mais les gens ne peuvent pas s’imaginer que j’aime le jazz. Je suis curieux, j’aime bien me balader. J’ai pas l’impression de défendre quelque chose.

Imaginer que Michel Drucker présentera une émission « L’orchestre symphonique avec C. Miossec » retransmise un samedi soir de 2031 sur France 2 : une idée qui te plaît ou l’impression de devenir une icône t’effraie ? Un peu comme Johnny.

Je ne suis pas dans les hautes sphères. Je joue en Ligue 2. Il paraît que je suis plus connu comme parolier que comme chanteur. Et ça me plaît.

Quand tu écris pour Johnny, tu penses Johnny ?

Quand j’écris pour lui, je pense vraiment à lui. J’adore être nègre, écrire des textes qui vont finir dans du son.

A l’avenir, apprécierais-tu qu’on écrive une chanson pour ton registre personnel ?

Écrire à quatre mains dans un prochain disque pourrait apporter un morceau aéré. Ouais, je pourrais y songer.

Crédits photo en une : Christophe Acker
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