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Klô Pelgag : « C’est bien d’avoir des idées, après faut savoir les communiquer »

« En vérité, le poète, le vrai poète, possède l’art du funambule. Ecrire, c’est avancer mot à mot sur un fil de beauté, le fil d’un poème, d’une oeuvre, d’une histoire couchée sur un papier de soie. » (Maxence Fermine in « Neige »). Rencontre avec Klô Pelgag, une funambule québécoise dans les mythiques studios Ferber, où son dernier album « L’étoile thoracique » a été mixé.  

D’où tires-tu les thèmes abordés dans tes chansons ? Ton quotidien ? Ta pure imagination ?

Toutes les chansons traitent de quelque chose de réel. Beaucoup de gens définissent ça comme « Oh ! La folie ! », genre comme une imagination sans fin. Mais pour moi, tout, là-dedans, est vraiment tangible et réel. Tout est explicable en fait.

Tes textes tournent autour du corps humain, du monde hospitalier, de l’apparence, la faune, la flore. Qu’est-ce qui te tient à cœur dans tout ça ?

Il n’y a pas nécessairement de thématiques quand je me mets à écrire. C’est à la fin – surtout pour ce dernier album que j’ai fait en un peu plus d’un an -, après l’écriture de toutes les chansons, quand on les met toutes ensemble qu’on se rend compte qu’il y a comme des thèmes récurrents pis une ligne directrice. Mais c’est pas nécessairement parce que je l’ai voulu, t’sais, je pense qu’on a tous des trucs qui nous habitent plus que d’autres, pis des trucs qu’on aime plus, qui nous parlent, pis qui parlent de nous pis qui… Je sais pas. Dans cet album-là, ça parle beaucoup d’amour justement, pis de la nature. Il y a quand même un grand rapport à la nature, au ciel, aux étoiles. Des trucs très organiques. Pis en même temps, ça parle aussi de désillusion, dans « Au Musée Grévin » par exemple.

Tu sautes souvent de métaphore en métaphore. Tu passes des heures sur chacune ou elles découlent naturellement ? Par exemple, tu es dans le train, tu regardes le paysage et tu te dis : « Je cours comme le soleil veut plonger dans l’eau » (dans le titre « Les ferrofluides-fleurs ») ?

(sourire) Beinh oui, c’est ça. En fait, j’aimerais l’être plus mais j’suis pas hyper travaillante dans la vie. Dans le sens où je suis travaillante mais je vais pas insister si j’ai pas d’inspiration sur quelque chose, je vais pas comme essayer de le déclencher pis de peaufiner un texte, t’sais. Comme j’écris la musique et les paroles en même temps, j’écris une chanson en pensant aux arrangements, parfois… [une personne entre dans la salle, elle s’arrête de parler]… Comme là, je suis facilement déconcentrable. Je travaille pas des heures sur une métaphore. J’appelle même pas ça une métaphore, c’est mon langage intérieur, dans le fond.

Tu utilises souvent la dérision dans tes chansons, notamment dans « Au Musée Grévin ». C’est parce que la vie se prend trop au sérieux en général et que tu te dois de la remettre à sa place ?

Pas nécessairement, « Au Musée Grévin » parle de désillusion. On n’avait pas de musée de cire avant au Québec mais ça vient d’arriver. Pis y a des pubs partout dans le métro, pis j’suis pas à l’aise, là, t’sais, c’est genre des stars internationales, mettons Bruce Willis à côté de Guylaine Tremblay, une actrice québécoise, à côté de Marie-Mai, une chanteuse québécoise. Tous ces gens-là avec Robert de Niro. C’est juste une façon, pour les gens, d’assouvir leur besoin de côtoyer des célébrités. Ça parle beaucoup de notre époque, des réseaux sociaux, pis à quel point on veut montrer qui on a rencontré. Prendre une photo avec Céline Dion au musée Grévin… Mais c’est pas elle ! C’est weird, c’est un drôle de tourisme. Pis moi je trouve ça très triste en fait qu’on puisse pas juste côtoyer les gens qu’on aime pis point. Il y a comme une culture du rêve des choses pas importantes. La chanson parle de cette déception, elle aurait pu ne pas s’appeler « Au Musée Grévin » mais je trouvais ça le fun de nommer un lieu, de cibler, pis de le mettre encore plus dans le réel pis dans le quotidien des gens.

J’ai beaucoup aimé le premier album mais j’ai trouvé le deuxième plus abouti (normal). Plus de jeux de mots, musicalement plus complet, une unité plus forte. De ton côté, as-tu l’impression d’avoir passé un cap ?

Oui, pour vrai, je suis fière du deuxième album. Pour plein de raisons mais j’ai l’impression qu’effectivement il y a quand même quelque chose dans l’écriture qui est plus précise pis qui prend plus le temps. C’est deux états d’esprit tellement différents parce que le premier, c’était mes premières chansons pis t’sais j’avais comme 20 ans pis j’étais comme « Aaahh ! J’veux tout faire en même temps, là. » Dans le deuxième, il y a eu beaucoup d’angoisses : « Qu’est-ce que je veux vraiment faire ? Est-ce que je vais réussir à faire ce que j’ai dans ma tête, t’sais ? » parce que c’est bien d’avoir des idées mais après, faut les communiquer. Je pense qu’on a réussi à le faire donc et j’en suis très très fière. C’est un bon album, plus précis pis qui se complète vraiment bien, toutes les pièces ensemble. Il a été fait dans un plus court laps de temps aussi. Donc ouais, je suis contente, pis c’est un peu un objectif de vie de me renouveler. J’espère réussir à le faire dans le futur aussi.

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On te sent chez toi sur scène. C’est là qu’on peut le plus prendre la mesure de l’autodérision, la légèreté et l’humour développés dans le disque. Est-ce, pour toi, une sorte de défouloir ? Y enlèves-tu le masque que tu as tous les jours ?

En fait, la scène, c’est un immense privilège. C’est l’endroit de tous les possibles où tu peux justement être complètement toi-même parce qu’on s’en fout là, t’sais. Dans la vie de tous les jours je suis plus calme quand même là, je suis comme ça (elle se fige et regarde partout), j’observe. Et la scène, c’est là où je deviens plus vivante que je ne le suis jamais. Puis j’essaie d’être vive d’esprit et d’avoir du plaisir. Pis de pas me répéter là, pis de… Voilà. Là je viens de me répéter. (rires)

Sur le livret CD, tu joues avec les noms de famille. Mathieu Pelpipi Aneth, Klô Farine Pelbingbing, Klô Salut Çava… Est-ce une manière de montrer que l’objet est avant tout une forme artistique et qu’il faut, une fois de plus, oublier son côté formel ?

C’est même pas pour montrer, rien, c’est juste que j’ai fait ça pis… Je sais pas. Je suis peut-être en désaccord avec ça [sous-entendu la question, ndlr]. Mais j’suis en accord en même temps. Je sais pas pourquoi j’ai fait ça, je pense que ça me faisait rire. (rires)

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Tu as eu raison, c’est drôle. Concernant tes clips, les réalisateurs ont-ils le champ libre ? Apportes-tu ta patte ou arrives-tu avec une idée précise ? Est-ce un travail collectif ?

Ça dépend. Souvent, je leur laisse le plus de liberté possible parce que c’est intéressant de voir la vision de quelqu’un, d’un autre artiste, sur ce que toi, tu as fait. Pis je ne suis pas réalisatrice. D’autres fois je participe un peu plus : comme pour le clip de « Rayon X », avec les anguilles. J’étais vraiment contente parce que c’était comme tourner dans le village de ma famille. Voilà, souvent je leur laisse la liberté, là, pas être contrôlante parce que c’est pas intéressant.

Ces clips sont, pour toi, une autre forme de défouloir que la scène ?

Beinh oui, j’aime quand même ça. Quand je fais des spectacles, je suis en tournée avec d’autres personnes, on est huit dans le camion, tout repose un peu sur moi. Des fois c’est un peu lourd parce que je veille au bien être de tout le monde. Le clip, il y a tellement de gens qui travaillent là-dessus, je ne serais pas capable de m’occuper de tout le monde (rires). Pis en même temps j’aimerais ça qu’il y ait des clips où je sois moins dedans. Comme « Maladies de cœur ».

En parlant de collaborations, tu travailles souvent avec VioleTT Pi. On connaît surtout ton featuring sur « Labyrinthite ». Votre collaboration va au-delà de simples featurings, j’imagine ? Que vous apportez-vous mutuellement ?

On s’apporte beaucoup l’un à l’autre. Parler avec lui me fait mieux réfléchir. Il y a comme des chocs d’idées qui amènent sur d’autres idées. C’est enrichissant et inspirant. On a collaboré à quelques reprises comme « Les ferrofluides-fleurs ». C’est co-écrit avec lui. Pis j’ai fait des backs un peu sur son dernier album aussi. J’aimerais bien ça qu’on écrive plus souvent ensemble mais c’est weird parce que c’est tellement personnel d’écrire. C’est étrange de le faire avec quelqu’un.

D’où t’es-venue cette idée d’utiliser la voix de ta grand-mère sur « Apparition de la Sainte-Étoile Thoracique » ? As-tu enregistré ça bien avant ou juste pour l’album ?

Ça fait à peu près cinq ans que j’ai enregistré ça. C’était comme deux entrevues quand ma grand-mère allait pas bien. J’étais comme : « Ah, je veux conserver les souvenirs ! ». T’sais, sa façon de parler qui est tellement… Y a personne qui parle comme ça à part ma grand-mère. Donc j’ai fait des entrevues. Pour le premier album, j’ai voulu faire quelque chose avec ça mais j’ai pas réussi, ça marchait pas vraiment donc j’ai laissé de côté. Mais là, on avait la pièce instrumentale, c’est Mathieu qui l’a écrite. Il me semblait qu’il manquait quelque chose dessus pis j’ai eu le flash de la conversation avec ma grand-mère. On était à l’étape du mix, la dernière étape, donc on a placé ce petit bout-là. Enfin, il manquait encore un petit quelque chose alors j’ai demandé au réalisateur, qui était à Montréal, d’aller enregistrer l’horloge de ma grand-mère qui était chez mes parents. On a mis ça par-dessus pis là c’est comme… « Fiou ! » Je trouve que ça ferme bien la boucle pis que ça ramène à un truc très terre-à-terre en fait.

Ayant vu des vidéos du concert au Club Soda pour la sortie de l’album au Québec, en novembre 2016, on s’attendait à une scénographie similaire au Café de la Danse, le 8 février dernier. Tout ne rentrait pas dans la soute ?

Ooohhh… (compatissante et désolée). C’est parce qu’on n’a pas assez de moyens pour amener le décor de l’autre côté. Ça coûte trop cher. Mais c’est dans les plans. C’est dommage. J’aimerais pouvoir faire la même chose ici mais c’est comme complexe, c’est pas dans mon pouvoir pour le moment.

Vous savez ce qu’il vous reste à faire, allez au Québec pour profiter de voir la scéno complète, ou un p’tit KissKissBankBank pour l’aider à tout ramener ?

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Photos © Morgane Moal

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