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Justice pour Dire Straits

A la question « et sinon, toi, c’est quoi tes références ? », il est de bon ton de répondre, entre autres : Neil Young, Jimi Hendrix, Bob Dylan, Joni Mitchell, The Doors. C’est chic, ça fait connaisseur, ça fait pointu. En revanche, citez Dire Straits et, au mieux, on vous regardera un peu de haut, au pire vous passerez pour des gros beaufs. Parce que Dire Straits, on ne sait pas qui a décidé, ni quand, ni pourquoi ni comment mais c’est ringard. Du coup, mu.e.s par un fort sentiment d’injustice (et nous, l’injustice, à Sourdoreille, on est contre) et une toute aussi forte habitude de donner notre avis quand on ne nous a rien demandé, on se lance dans une entreprise de réhabilitation qu’on estime, en toute modestie, d’utilité publique.

Entre 1978, date de sortie de leur premier album, et 1985, année du triomphe intergalactique de « Brothers in arms », Mark Knopfler, auteur, compositeur, interprète et guitariste de Dire Straits, a emmené et maintenu son groupe à un niveau de succès public et critique qu’on qualifiera de, n’ayons pas peur des mots, ouf. Une oufitude tellement méritée qu’on ne comprend pas pourquoi ils ne sont quasiment jamais cités, du moins spontanément, dans les groupes majeurs de la fin du 20ème siècle.

Pour bien s’assurer qu’on n’enjolivait pas un peu nos souvenirs, on s’est quand même refait toute leur disco, résultat cette histoire a carrément viré à l’obsession. Evidemment, on a yaourté en cadence sur les bons vieux incontournables « Sultans of swing », « Walk of life », « Romeo and Juliet », « So far away », « Private Investigations », « Money for nothing » (pour ne citer que les plus gros tubes), mais les claques qu’on s’est à nouveau mangées en plongeant dans la masse sont peut-être encore plus fortes.

« Communiqué ».

« Why worry ».

« Where do you think you’re going ? ».

« Industrial Disease ».

« Solid rock ».

« Expresso Love ».

« The man’s too strong ».

Oui, un retour à la ligne à chaque fois, c’est important.

De face A en face B, de rock en ballade, de guitare en clavier, que de la beauté, de l’énergie, de l’oxygène.

Car avant tout, Dire Straits, c’était la liberté. De sortir un album, « Love over Gold » (1982), de seulement 5 titres mais dont la chanson d’ouverture dure 14 minutes. De se démarquer du traditionnel son pop-rock british pour embrasser pleinement les influences blues et country de Knopfler. De claquer des solos insensés, de décider qu’une chanson de cinq minutes aura un solo final de trois. De ne pas se laisser pour autant labelliser « groupe à guitares » et d’accueillir piano, clavecin, flûte de pan, saxophone ; les laissant même parfois prendre toute la lumière.

Les chansons de Dire Straits touchent aussi en plein cœur parce qu’elles sont authentiques, parce que Knopfler aime les gens comme nous et raconte la majesté de leurs sentiments simples, le panache de leurs luttes quotidiennes. Des vies toutes bêtes dont il révèle l’éclat, qu’il magnifie jusqu’au romanesque. Des grandes étendues et des climats rugueux qui rendent les histoires épiques et les espoirs sublimes. Franchir les canyons, bâtir les villes, rouler toutes vitres ouvertes, explorer, découvrir, et revenir à soi, à son amour, à son frère, toujours. C’est ça, le style Knopfler.

Tenez, ça, par exemple, c’est pas beau ça :

« What have you got at the end of the day,

What have you got to take away,

A bottle of whisky and a new set of lies,

Blinds on the window and a pain behind the eyes »

Et ça, c’est pas de l’amour peut-être :

« I’m just high on the world,

Come on and take a low ride with me girl on the tunnel of love ».

« Brothers in arms », en 1985, sera leur apogée et marquera un renouvellement assez prodigieux de l’inspiration de Mark Knopfler. Un album à la fois engagé et introspectif, tantôt constat amer de la violence et du consumérisme ambiants, tantôt fouille sincère et dénudée de ses sentiments les plus intimes. Un classique, un must, une bon sang de référence.

Alors pourquoi ? Pourquoi Mark Knopfler, pourtant coupable de moults petits bijoux, n’est-il pas reconnu à sa juste valeur ? Il y a BEAUCOUP trop de consones dans son nom. Certes. Mais on ne peut pas accepter cette excuse. Il n’avait pas toujours très envie de chanter, et dans ces cas-là il ne s’en cachait pas et se contentait de marmonner. Pas faux. Mais est-ce que ses chansons sont moins belles pour autant ? Est-ce que ce timbre chaud et chuchoté ne reste pas malgré tout foutrement sexy ?

Il n’a jamais joué le jeu du star system. N’a rien capitalisé. Ça aussi, impossible de le nier. L’homme est toujours resté assez mystérieux et n’a cessé de s’effacer derrière son oeuvre. Et s’il était simplement, au fond, complètement en phase avec les personnages de ses chansons, avide de liberté, d’espace, de quiétude, de connaissance bien plus que de reconnaissance ? Et si Dire Straits n’était qu’une étape, extravertie, commerciale, un peu too much mais nécessaire, du parcours personnel, humain et initiatique de son leader ? Si ça c’est ringard, on signe tout de suite.

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8 commentaires

8 commentaires

Mathieu « Gerbax » 05.12.2018

Salut et merci pour cet article, un bel hommage à mon groupe préféré.
Je vais peut-être à l’encontre des avis de tous, mais, pour mon plus grand bonheur (et j’espère le votre!), je n’ai jamais eu le sentiment, à chaque fois que j’ai décliné le nom du groupe, entendu en m’extasiant leur chanson passer à la radio ou en soirée, jamais eu le sentiment ni l’écho d’une quelconque ringardise!
Peut-être y voues-je un tel culte que je suis resté hermétique à tout avis négatif de néophyte allant à l’encontre de ce culte? Bien m’en a pris! J’écoute ce monument depuis mes 10 ans ( j’en ai 40..), connu grâce à feu mon papa comme beaucoup d’autres groupes et je l’en remercie!
J’ajouterais par ailleurs qu’il est de très bon ton de parler du « leader » ( il ne se voit pas ainsi j’imagine » et guitar hero MONSIEUR Mark Knopfler (mon premier prof d’anglais on peut dire aussi…) mais ne pas oublier lesmusiciens qui l’accompagne et l’ont accompagné!
Merci encore, je repenserais à cet article quand une fois de plus j’apprendrais que c’est Sting qui fait le loup sur « Money for nothing »! longue vie aux « Raides Fauchés » !!!

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Vincent 18.11.2018

Tout à fait d’accord avec l’article, le rapport reconnaissance / qualité de la musique de Dire Straits doit être le plus injuste des grands groupes de rock, c’est totalement immérité… C’est à cause de ça que j’ai connu DS sur le tard, et que de regrets de ne pas avoir pu découvrir plus tôt ces solos fabuleux de Knopfler, après quelques écoutes on se laisse emporter… Vivement juin que je puisse le voir à Paris

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maurice 17.11.2018

Dire Straits, c’est la folie !

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Tan 16.11.2018

Entièrement d’accord. Que l’on me prenne pour un beauf et que l’on me regarde de haut, aucun problème. J’adore Neil Young et j’adore aussi Dire Straits et Mark Knopfler. Une musique, une ambiance qui auront accompagné ma vie depuis des décennies et qui continueront de le faire.

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Mike 13.11.2018

Bonjour, quel heureux hasard d’avoir vu et lu cet article. Je n’aurai su trouver mieux, en propos, je m’y retrouve dans ce constat, et les commentaires sont trop sympas. Merci.

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andre darmon 10.11.2018

je trouve que tu es en dessous de la verite car tu parles tres justement de Dire Straits mais ce qu’a fait Knopfler seul est encore plus extraordinaire Pour moi il y a eu Presley, les Beatles et Knopfler Point final le reste c’est d e la litterature. Je viens d’Israel specialement a Bordeaux le 6 mai pour le voir. merci pour la’rticle par ailleurs je suis journaliste

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Noumayos 10.11.2018

Salut

alors, j’ecoutes les straits et donc knopfler depuis que j’ai l’age de 13 ans,
et c’est rigoureusement exact …
Dejà, le nom …. dire straits … wow … c’est dure à dire, on comprend pas ce que ça veut dire …
puis alors le leader … mark ( avec un k ) knopfler … un autre k, collé à un …n avec un p apres …

apres, les gens aiment bien mettre les trucs dans des cases, j’en parlais encore ce matin avec une copine :
knopfler ne rentre dans AUCUNE case en fait : impossible de definir efficacelement le style de dire straits … encore moins de knopfler …

plus encore, vous avez dejà vu knopfler sur scene ? ça n’est pas un guitar hero tel qu’on se l’imagine, c’est … un musicien, et c’est tout ce qu’il est sur scene, il n’est pas « sexy » , ne sais pas se dandiner , il n’est pas beau …
il a du charme … mais ça ne se revele pas de la meme façon que lorsqu’on est beau, et ça … ça le met encore à part car les gens aiment que leurs idoles leur donnent quelque chose comme ça …
Mark c’est egalement un « songwriter » et un compositeur , il est dans la creation plus que dans la représentation … et la seduction … on sent tres bien que cette partie de la carriere, il s’en tampone un peu …
en fait, avec les potes qui appreciont son oeuvre, et on est vraiment plutot fan de sa sensibilité avant tout …
ce petit monsieur aux antipodes du star system qui refuse son intronisation au rock and roll hall of fame s’en fou en fait qu’on l’aime ou pas … il suit son idée : faire ce qu’il aime … apres, il le met à disposition, et sa suit son cours …
j’aime assez cette vision qu’il a de son travail :
il crait et laisse aller ses creations …
Le dernier album de Mark sort le 16 Novembre 2018…
et il sera en tournée en 2019

nous sommes dejà, nous , les frenchs fans, à fond, je ne parle meme pas des collegues espagnols ou italiens, ou de mes collegues de l’autre coté de la meditéranée qui n’auront malheureusement pas la chance de le voir de leur coté de la meditéranée …
de nombreuses pages lui sont dediées sur les reseaux , en voici une où nous sommes nombreux, si vous voulez echanger sur la question :
https://www.facebook.com/groups/direstraitsandmk/

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Chris 10.11.2018

Merci. Je suis souvent en butte à la moquerie quand je dis que j’écoute et réécoute Dire Straits en boucle depuis les années 80, mais je n’en ai cure… Les albums solo de MK sont des bijoux.

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