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Jeanne Boulart, Baleapop : « Les festivals c’est les nouvelles tribus »

Quel est le rôle d’un festival ? Comment raconter une expérience humaine joviale sans avoir la larme à l’œil ? Comment remercier à sa façon l’un des plus beaux rendez-vous culturels et festifs français ? On a échangé avec Jeanne Boulart, ou quand la culture basque rencontre la génération Balea.

De mon expérience relative, il me semble que peu de festivals m’aient donné tant de foi en l’humanité que Baleapop. A savoir que l’événement basque compte celui à la plus forte concentration de sourires en coin en métropole selon une palanquée d’interrogés. Mais ça n’est pas tout.

Baleapop donne envie de faire, d’abord. De faire ensemble, ensuite. De faire ensemble ce qui nous ressemble, enfin. Il – ou elle – est une histoire de l’amitié, de la main à la pâte, de la vitalité retrouvée dans un duel permanent entre effort et récompense. En gros, le festival pourrait avoir l’image d’un couple torse poil qui porte une cagette super lourde, la clope au bec. Pour en faire un banc, évidemment, et observer la lune, pourquoi pas.

Jeanne Boulart est l’une des fougueuses figures du collectif Moï Moï à l’origine du festival. On lui donne le rôle de direction, mais ça ne serait pas entièrement exact tant la structure exploratrice prône l’horizontalité. Moï Moï est une troupe burlesque qui ne se veut « pas vraiment une secte, pas vraiment une démocratie, pas vraiment une religion, pas vraiment un pays, mais peut-être un peu tout ça à la fois » qui compte parmi ses rangs le label Moï Moï Records au sein duquel on trouve ses bidouilleurs Odei, Panda Valium, Polygorn ou Lumi (soutenus dans notre média), enfants du Border Community de James Holden, cousins germains des crapuleuses Siestes Electroniques et des labels Versatile, Infiné et Born Bad. Lancé en 2005, le crew a aujourd’hui développé sa branche jeune public Boom Tchack, la fabrique créative Garden Kolektiboa et la maison d’édition Moï Moï.

Faire une proposition pareille dans un Pays Basque pas toujours ouvert aux hallucinations modulaires, à la culture queer et au doux bruit blanc des amplis relève de la résistance. Et même si le festival (au vu de sa programmation musicale hyper pointue ainsi que la présence d’un volet art contemporain) accueille le plus souvent une population de convertis, il fait partie de ces lieux où la rencontre existe, où la gratuité n’est pas qu’un concept obscur, et où la découverte n’est pas que musicale mais aussi géographique. Quand l’entre-soi rencontre l’entre-autres avec le sourire, ça s’appelle presque de l’intérêt général, vous ne trouvez pas ?

Lors de ses 10 dernières éditions, on peut compter les venues de Legowelt, Mykki Blanco, Suuns, Connan Mockasin, Superpitcher, Fairmont, Forever Pavot, Buvette, Chassol, JC Satan, Flavien Berger, Lena Willikens, Jessica93, Zombie Zombie ou Kate NV. Et en 2019, Baleapop a annoncé son ultime édition, dans le Parc Ducontenia de Saint-Jean-de-Luz. Voici l’event. Tristesse que ce soit la dernière ? Mais non, qui est triste ? Personne n’est triste.

Baleapop va mourir, vive Baleapop.

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INTERVIEW : JEANNE BOULART

Peux-tu me parler de ton parcours avant et parallèlement à la création du festival Baleapop ?

J’ai fait une licence de sociologie à Bordeaux puis une année Erasmus à Madrid et un master de médiation culturelle à Paris. Pour valider ma dernière année je devais monter un projet culturel avec deux autres élèves de mon école. On a décidé de s’occuper du festival de la Nuit des nouveaux arts sacrés à l’Eglise Saint Eustache (soit 36 heures de musique non stop) et il nous fallait une structure. C’est là que tous les copains sont venus en renfort et qu’on a lancé notre asso, Moï Moï. Ça a été une expérience de dingue, j’avais goûté à la prod et ça ne m’a plus jamais quitté.

Tu travailles également dans l’organisation de mariages DIY avec « Nabie dit oui ». Tu as la fièvre de la production d’événements… Que recherche-t-on dans ce type de métier ?

De créer des choses collectivement et devoir toujours trouver des solutions, car en prod, il n’y a jamais de problèmes !

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Large question : à quoi correspond la tâche de diriger le festival Baleapop ?

A ne pas m’engueuler et perdre tous mes potes vu que dans ce grand bordel qu’est Baleapop c’est avant tout une histoire de famille. Enfin surtout à envoyer des mails et des relances de mails et des re-relances par textos et des doodles aussi. Après je ne dirige pas le festival, j’ai plus une vue globale sur la direction artistique, toutes les commissions, les budgets, la prod… je suis le talky walky central en gros.

La direction de festival est souvent confiée à des mâles blancs quarantenaires, je me trompe?

Surement, et pourtant, c’est clairement un métier de femme. A Baleapop, who run the world ? Girls ! A part la prog (coucou Pierre et Gorka) et la technique (coucou les C Barré), tous les pôles à responsabilité (prod, com, D A, dev durable, partenariat, catering, radio…) sont gérés par des meufs. Et c’est pas prêt de changer, le meilleur stagiaire qu’on a eu sur ces 10 ans était une fille bien sûr.

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Comment motiverais-tu un·e jeune à se lancer dans ce job ?

Dans une grosse structure / machine, la direction d’un festival est évidemment un job à part entière. Mais dans mon cas, le conseil c’est plutôt : lancez-vous avec des potes dans cette aventure et y’en a un qui devra obligatoirement se coltiner ces taches.

Comment vois-tu, ou aimes-tu voir Baleapop, en terme d’esthétiques, d’accueil et en comparaison aux festivals que tu as l’habitude de faire par ailleurs ?

Comme une grosse colo de vacances pour adultes qui ne veulent pas trop grandir.

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Quels sont les rêves réalisables qu’on couve au fond pour faire évoluer son festival ? Changement l’agencement de tout le lieu, faire des performances impossibles, etc ?

Toujours écrire ce qui nous fait rêver en premier et trouver ensuite de solutions pour y arriver. En gros ne jamais commencer en mode : on n’y arrivera jamais / on n’a pas les moyens… parce que sinon tu ne fais jamais rien.

Quel regard portes-tu aujourd’hui sur l’évolution du festival ?

On a atteint notre objectif : fêter les 10 ans en étant toujours la même équipe qu’à nos débuts. C’est dingue. Mais c’est pour ça aussi qu’on est ravi que ça s’arrête. Sinon c’est hyper important qu’il y ait est de plus en plus de festivals. C’est les nouvelles tribus, là où les gens se mélangent vraiment, vivent et partagent des choses ensemble.

Peux-tu me citer des meufs qui programment ou dirigent des lieux ou events de musiques actus / électroniques et dont tu aimes le travail ?

Charlotte Tardy et Meryl Maud qui géraient l’European lab de Nuits Sonores, Alice de Jode qui bosse chez NTS, Izabel Caligiore qui a crée Lullabies from Insomniacs, Fanny Coral de feu-Kill the DJ et Marion Gabbaï de My Favorite.

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