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Jayda G : « S’il n’y a pas de groove, on s’emmerde »

En tant que membres actifs du club des danseurs compulsifs, certains d’entre nous nous sommes très vite reconnus dans les prestations d’une certaine Jayda G. D’abord repérée pour ses sets survitaminés elle a su se créer une solide réputation de productrice l’amenant jusqu’à son premier album « Significant Changes » sorti sur Ninja Tune il y a quelques mois. Il n’en fallait pas plus pour nous convaincre d’aller boire une citronnade avec elle.  

Inutile de faire les malins, Jayda G n’est apparue sur nos radars que le jour où nous sommes tombés sur sa prestation au Dekmantel 2017 en traînant sur les internets. Une insurmontable envie de danser se dégageait de sa sélection affûtée mêlant funk, disco et house. Entre nous, il suffisait de voir la joie communicative de Jayda G derrière les platines pour avoir envie de tout quitter pour la rejoindre sur la piste.

Au milieu de cette sélection irréprochable se cachaient quelques productions signées Jayda G, dont le très efficace « Diva Bitch » où le groove de Jayda côtoie la voix d’Alexa Dash, sa comparse de toujours. De quoi attiser notre curiosité. Au fil des EP, principalement autoproduits sur son label JMG Recordings ou bien sur Freakout Cult, label qu’elle dirige avec DJ Fett Burger, mais aussi sur 1080p ou Geography Records, Jayda G a posé les bases du son qui l’a amenée jusqu’au prestigieux Ninja Tune, sans jamais faire de compromis. « J’essaie toujours de rester moi même. Le secret c’est de rester indépendante et de ne pas trop faire attention à ce qu’il se passe autour. Il faut parfois garder ses œillères et faire ce en quoi on croit vraiment. C’est dur de garder ce cap mais pour l’instant ça me réussit bien.« 

Mais c’est quoi justement le son de Jayda G ? Frappant par sa simplicité, sa musique est réduite au strict nécessaire : le groove. « Selon moi le groove est la chose la plus importante dans la musique. Tu peux créer le morceau le plus complexe au monde, s’il n’y a pas de groove on s’emmerde. C’est comme ça que j’aborde ma musique. » Cette quête de la simplicité donne à ses productions une couleur toute particulière, insouciante et lumineuse, à son image. De ses anciens morceaux on retient notamment « Fanthom Five », issu de son premier EP, où une basse synthétique puissante répondait à des accords posés avec parcimonie sur un beat brut. Facile.

Jayda G avait donc tout en main pour livrer un grand album: un capital sympathie très élevé, une recette qui avait fait ses preuves, un label prestigieux. Certains morceaux vont d’ailleurs clairement dans ce sens comme « Leave Room 2 Breathe », « Sunshine in the Valley » ou encore « Move to the Front », sur lequel elle pose pour la première fois sa propre voix.  Sur ces titres la simplicité est doublée d’une brûlante efficacité. Bon, le « simple » vire parfois au « simpliste », notamment sur « Stanley’s Get Down » lors duquel on trouve le temps bien long. C’est d’ailleurs, comme par hasard, sur ce morceau que Jayda nous demande avec insistance de danser, au lieu de scroller sur Instagram. Ironique non ?

Mais passons, venons-en au fond : les orques. Oui les orques. Le saviez-vous : avant de devenir DJ, Jayda G était toxicologue environnementale et étudiait l’impact des produits chimiques sur certaines espèces d’orques de la côte ouest du Canada. « J’ai passé les dix dernières années à faire ça, finalement j’ai passé plus de temps en tant que scientifique qu’en tant que DJ. » Pour la première fois, elle a décidé de teinter sa musique de cette expérience peu commune. L’album est d’ailleurs construit comme un article scientifique, s’ouvrant avec un « abstract » et se refermant avec une « conclusion », et plusieurs morceaux font référence à ses travaux. « Dans une démarche artistique, tu es forcément influencée par tes expériences passées. J’ai beaucoup étudié la biologie ces dix dernières années, donc c’est évident que j’ai puisé là-dedans. Il y a certains morceaux qui ont été directement inspirés par ma thèse. »

En samplant des cris d’orques sur « Orca’s Reprise » puis la voix de la biologiste canadienne Misty MacDuffee sur « Missy Knows What’s Up », Jayda G donne une couleur bien verte à son disque. « Je n’essaie pas de changer l’opinion des gens, je ne prêche pas la bonne parole. Je pense que c’est plus une question de prise de conscience. Je n’aime pas quand les gens me disent quoi penser donc je ne vois pas pourquoi je le ferais. J’ai juste envie de partager mon expérience, mon ressenti, et j’espère que ça peut résonner chez certaines personnes. Ça ne parlera jamais à tout le monde mais si ça touche des gens, tant mieux. » Cet album est donc loin d’être le manifeste pour la préservation des océans que l’on nous faisait miroiter, mais il est une porte ouverte, un premier pas, vers la sensibilisation à ces problématiques. Jayda G vient d’ailleurs de commencer une série de conférences, les « JMG Talks » ou elle interviewe de jeunes scientifiques « pour essayer de créer un pont entre les travaux scientifiques et le grand public. » Bon courage.

Crédits photo en une : Simon Gold (This Is Music Ltd)

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