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Ghinzu au Trianon : le crime parfait

Cinq ans. La distance est idéale pour prendre le recul nécessaire à cette question : devant l’absence, qui nous manque vraiment ? Concernant Ghinzu, la réponse semble a priori toute trouvée, tant le vide laissé par leur pause fut difficile à combler. Mais il reste ce défi relevé et devant lequel bon nombre de groupes ont échoué : réussir son retour. Pour dissiper les doutes, son leader John Stargasm avait d’abord un plan : fracasser le Trianon. Voilà comment il s’y est pris.

Règle n. 1 : opérer par surprise. Pas d’annonce de nouvel album, pas de nouveau titre à se mettre sous la dent, même pas une vidéo teasing à deux balles de 16 secondes. Rien, nada, que dalle. A croire que personne ne s’est occupé d’eux dans ce monde musical en pleine mutation. Un supposé déni de marketing finalement salutaire pour entretenir la meilleure communication qui soit : le mystère. Pas d’infos sur la préparation du plan = meilleure préparation du plan.

Règle n. 2 : être sûr de sa force. Dans Ocean’s Eleven, vous croyez que Georges Clooney ne se croyait pas plus malin que le commun des mortels avant de plier le casino ? Bien sûr que si. John Stargasm a ce même instinct du gars qui se sait au-dessus de la mêlée. Quand il en a envie, il est capable de gifler n’importe quel public. Cette confiance en lui confine, parfois, à l’arrogance ou plus souvent à la malice. (Une fan s’adresse à lui, en plein Dragster Wave, : « John, t’es beau ! ». Et lui de répondre, d’un sourire complice : « Tu vois pas que je me concentre, là ? »). Mais quand, comme ce dimanche au Trianon, cette assurance s’accompagne d’un tel plaisir et d’une telle envie de bouffer la scène, c’est dévastateur.

Règle n. 3 : savoir s’entourer de gens de confiance. Un leader n’est rien sans sa bande. Un maillon faible peut faire capoter l’affaire. Mais les potes de John Stargasm n’étaient pas non plus venus là pour poser du lino. Greg Rémy, guitariste magnétique, se croyait même au Hellfest. S’il nous faut les dix doigts de la main pour compter le nombre de fois qu’on a déjà aperçus ces cinq énergumènes, on les avait rarement vu aussi heureux et déterminés. Un 25 octobre à 20h, un monstre scénique, en sommeil depuis 2010, s’est brusquement réveillé.

Règle n. 4 : conserver ses défauts pour tromper l’ennemi. On s’étonne toujours de voir des musiciens si doués faire autant de pains. Comme le vénéré Daniel Kessler (guitariste d’Interpol), John Stargasm ne donne pas sa part au chien quand il s’agit d’être approximatif. Cela fait sûrement partie de la nonchalance du personnage. C’est peut-être lié à cet attelage entre mélodique et puissance, si propre au groupe et qui les pousse parfois à passer en force quand la grâce naturelle de certaines compositions (Blow, The Dragster Wave, This Light, pour ne citer qu’elles) se suffirait pourtant à elle-même.

Règle n. 5 : être méthodique. Les quatre nouveaux titres ont été dévoilé à des moments-clés du set. Face et Barbe Bleue ont affiché leurs belles promesses en ouverture de set, avec un fulgurant Cold Love entre les deux pour dégourdir les corps et les âmes. Quant à Out of Control, trop convenu mais qu’on soupçonne être le prochain single, il était calé juste avant l’emballement du set avec Do You Read Me?. Le petit dernier, Forever, amorçait le premier retour de rappel. La setlist ci-dessous fut le carnet de bord incandescent d’une bande qui avait soigneusement préparé son coup.

Règle n. 6 : compter sur la chance. Comme dans tout plan, il y a toujours un paramètre qu’on ne maîtrise pas. Comment allait se comporter le public ? Les places s’étant arrachées en moins de temps qu’il ne faut à Nadine Morano pour sortir une connerie, on s’attendait à un accueil chaleureux. En réalité, il fut électrique et flattera certainement l’orgueil d’un John Stargasm visiblement surpris d’avoir une telle horde d’énervé(e)s face à lui. Alors déjà que Ghinzu avait décidé de nous en coller une, vous imaginez aisément l’effet sur leur motivation. La théorie du cercle vertueux, en somme.

Setlist : 

Face
Cold Love
Barbe Bleue
Take It Easy
Dragon
The Dragster Wave
21st Century Crooners
This Light
Out Of Control
Do You Read Me?
Mirror Mirror
Dream Maker
Mine

Rappel 1 :

Forever
Jet Sex
Cockpit Inferno

Rappel 2 :

Blow

Crédit photo : Ben Baudart

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