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François Missonnier (Rock en Seine) : « Je ne me sens pas proche de la retraite »

Fondateur d’un des festivals les plus incontournables de l’hexagone, ancien organisateur de concerts au Parc des Princes et ancien de Canal +, François Missonnier sait aussi mettre son talent au service d’événement plus modeste, à l’image du festival Europavox qu’il fonde en 2006. A quelques jours de la 14e édition de Rock en Seine, le boss du festival de la porte de Saint-Cloud nous livre quelques confidences de « presque » vieux briscard.

J’ai l’impression que cette édition 2016 se recentre un peu sur le rock…

Ha c’est génial ça, j’adore ! On m’a dit l’inverse il y a quelques jours. Après, j’ai peut-être focalisé sur les retours de certains festivaliers qui estimaient qu’il n’y avait pas assez de rock dans cette programmation. En tout cas,  j’ai le sentiment qu’il n’y a pas eu de recentrage ni d’ouverture plus grande à d’autres esthétiques. On est dans un dosage assez similaire d’année en année : notre cœur de programmation, c’est le rock (au sens très large). Après, on propose des artistes venant des musiques urbaines et de l’électro. Mais ça, on l’a toujours fait : sur la première édition de Rock en Seine, on avait Morcheeba. Sur la seconde, The Roots. Cette année, il y a Underachiervers, Logic et surtout mon coup de cœur : Anderson .Paak. Côté français, il y aura bien sûr les Casseurs Flowters. Concernant l’électro, il n’y en a pas moins à mon sens. : on a les grands retours de Cassius et Birdy Nam Nam. Après c’est vrai que l’an passé on avait des propositions électro un peu plus affirmées mais on essaie d’être représentatifs de ce qui se fait actuellement.

Les têtes d’affiche sont plutôt réservées aux plus de 30 ans ?

On essaie de mixer les générations d’artistes, et donc, par ricochet, de publics. Après, les gens ont tendance à voir la prog de Rock en Seine sous le prisme des têtes d’affiche, mais chaque année, la moitié de la prog se compose d’artistes ayant un seul album au compteur. Après, sur les têtes d’affiche, on est forcément sur des artistes qui ont plus de maturité et d’expérience. Donc qui ne viennent pas tout juste d’éclore. Mais on essaie quand même de mixer les générations même sur ces têtes d’affiche. Alors oui, il y a Massive Attack qui était déjà en tête d’affiche de notre première édition il y a 15 ans mais ils continuent de se renouveler avec un public qui les suit assidûment. Et à côté de ça, on est fiers d’avoir Foals qui a pris une dimension énorme malgré son jeune âge, comme l’an passé avec Kasabian.

De plus de plus de festivals voient le jour en région parisienne. Au point que RES fait presque figure de papy des festivals.

Moi je ne me sens pas proche de la retraite en tout cas ! Après, comme tu disais, il y a beaucoup d’événements qui se sont installés ces dernières années. Sur des esthétiques assez différentes des nôtres (techno et métal notamment) et d’autres sur des esthétiques plus proches mais avec des formats et périodes différentes. Cela a créé une saine émulation qui pousse à se remettre en question, mais il faut aussi veiller à ce qu’il n’y ait pas un seuil de saturation en région parisienne. D’une part parce que le public ne pourra pas aller à tous ces événements, mais aussi parce que les artistes ne sont pas non plus innombrables et démultipliables.

massive attack

Depuis quelques années, vous ne changez plus trop la recette du festival (trois jours et 4 grandes scènes). Vous avez trouvé votre rythme de croisière ?

Effectivement. Là on est sur un format où, si l’on se replace sur nos rêves d’il y a dix ans, c’était un peu notre objectif. Trois jours, c’est une bonne formule pour un festival. Une quatrième journée n’est pas à exclure mais ce sera conditionné à une proposition artistique très forte. Cela ne s’est pas présenté jusqu’à présent. Sur l’implantation et la taille, si on veut rester sur notre positionnement, la jauge de 40.000 est bonne. Aller au-delà nous obligerait à programmer des groupes plus gros et plus commerciaux. Et ce n’est pas dans notre identité. En plus de ça, on a une vraie contrainte de site : actuellement, avec nos cinq installations scéniques (voire six avec le dancing), on occupe la totalité de l’espace disponible sur le parc de Saint-Cloud.

Comment se choisit la thématique de l’année, en l’occurrence « la danse » pour cette édition 2016 ?

C’est un vrai brainstorming. On se met autour d’une table et on lâche toutes nos idées et envies. Les années passées, on était plus sur des idées d’environnement. Et là, il y a eu l’idée de la danse qui est sortie et cela a fait unanimité. En terme de valeurs, d’imaginaire et de fun, c’est tellement lié à la musique et en même temps capable d’amener ailleurs.

Que se passera-t-il sur le dancing pendant ces trois jours ?

A chaque thématique, on essaie toujours de trouver les meilleurs déclinaisons possibles à faire sur le site. Là, c’était évident qu’il fallait faire un dancing. Ce sera un chapiteau en face de la cascade, qui vivra en deux temps : en journée ce sera un lieu de démonstration et d’initiation de danse, autour de trois esthétiques : le rock n roll 50′, le hip-hop et voguing. Et après, dans la soirée, on basculera en clubbing avec une programmation de DJs.

Justement, ce n’est pas trop dur de terminer vos soirées juste après minuit, contrairement aux autres gros festivals français qui prolongent bien plus tard ?

En fait, c’est une frustration dans le sens où on aimerait proposer les shows de certains artistes de nuit, que ce soit en électro ou en rock d’ailleurs. Mais pour moi, le plus important, c’est que les 40.000 personnes puissent venir et repartir simplement et facilement. En voiture, ce n’est clairement pas possible vu l’environnement très urbain. Sans compter la question de l’alcool pour le retour chez soi. Mais c’est désormais entré dans les habitudes des festivaliers. Les premières années, il y avait pas mal de personnes qui se sentaient coupées dans leur élan vers minuit alors que pour eux la soirée ne faisait que commencer. Mais c’est tellement cool de pouvoir rentrer en métro sans se prendre la tête. Et puis on est à Paris, il y a une multitude de lieux pour continuer la fête jusqu’au bout de la nuit.

La région a changé de majorité et la crise économique semble toujours présente. Mais cela ne semble pas remettre en cause l’avenir de Rock en Seine ?

L’économie des festivals est assez paradoxale en ce moment. Il n’y a jamais eu autant de festivals et ils connaissent un succès très fort. Et pour autant, il y a une fragilité économique assez dingue. Pour que les festivals se développent, ils doivent investir, principalement dans deux domaines : l’artistique et l’accueil du public, qui a énormément progressé en dix ans. Sauf que tout ça coûte beaucoup d’argent et qu’en parallèle, les recettes n’ont pas bougé : les subventions sont plutôt à la baisse, le privé reste assez en retrait par rapport à ce qui se fait à l’étranger, et les prix des billets sont plus bas que dans tous les autres pays du monde. Du coup, pour équilibrer les comptes, un festival est quasiment obligé de faire complet. Enfin, concernant la nouvelle majorité à la Région (notre principal soutien public), on a déjà eu la confirmation qu’ils continueront à soutenir Rock en Seine sur la formule et la direction qui a toujours été la nôtre depuis le début.

Rock en Seine a-t-il déjà connu un édition compliquée en terme de remplissage ?

En fait, il n’y en a eu qu’une seule : en 2007. On a perdu pas mal d’argent. C’était la cinquième édition du festival. L’année d’avant, avec Radiohead, on avait cartonné. J’avais donc décidé de passer à trois jours. Sauf qu’on l’a fait trop tôt et surtout sans avoir une proposition artistique en adéquation avec ce passage à 3 jours. On a fait plus d’entrées que l’année précédente mais pas assez pour équilibrer. Mais le public était très satisfait. On avait quand même Tool et Bjork ! Cela a été une vraie piqûre d’avertissement et nous appelle à la prudence dans les développements et évolutions du festival. C’est peut être pour ça aussi qu’on est toujours pas passés sur une 4e journée.

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