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Et sinon en 2019, y’a des meufs sur les line-up électro ?

Puisant ses origines dans les communautés afro-américaines et LGBTQI+, la musique électronique représente un mouvement culturel libre et ouvert. Pourtant, elle semble loin d’être le mode d’expression d’avant-garde des femmes, que ce soit sur scène, en coulisses ou dans le public. Vrai ? On fait le point en ce début d’année 2019.

En mode réflexion intense précédant le sommeil, je me demande « Cite-toi cinq prestations électro qui t’ont marquée l’été dernier ». Je m’étonne : « Quoi ? Comment ? » A peine trois femmes noyées dans le flot de testostérone qui a submergé les festivals de cet été ? Leurs noms : Willow, Carista, Mama Snake. Je persévère, j’en trouve deux, trois autres : Orl:la, Shanti Celeste, Mafalda. Bon et ensuite ?

Un jour viendra, tout ira mieux. Déjà la parole des femmes se libère, et ces dernières s’autorisent à dénoncer abus et inégalités. Alors je me suis intéressée à la place des femmes dans un espace public précis, celui des festivals électro, leurs affiches et leurs emplois.

Les hommes se tapent l’affiche

Le collectif berlinois female:pressure, réseau international d’artistes issu·e·s du milieu de la musique électronique et des arts digitaux, publiait l’année dernière une enquête menée sur 133 festivals différents, de 2015 à juin 2017 (l’entièreté de l’enquête ici). Au total, 229 éditions de festivals ont fait l’objet de cette étude. Le premier graphe se concentre sur la période 2016-mi 2017, lors de laquelle on observe que 15,7% de femmes ont été programmées sur les 116 festivals. Une enquête plus étendue, réalisée depuis 2012, reprend les données de 322 éditions, soit 182 festivals différents. Au fil du temps, comme le montre le deuxième graphe, on note une légère augmentation du nombre d’artistes féminines, et une faible diminution du nombre d’artistes masculins.

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Des chiffres similaires à ceux du compte-rendu de l’International Music Summit (IMS), qui se tient à Ibiza chaque année depuis 2012. En 2017, sur 24 festivals de musique électronique étudiés, 17% des performances sont données par des artistes féminines. Le Smirnoff Sound Collective, une initiative créée par la marque de vodka en 2014 (pour se faire une bonne réputation ?), s’associe avec l’IMS, l’AFEM (Association For Electronic Music) et shesaid.so (le réseau américain et mondial de femmes dans l’industrie musicale), pour tenter d’ici 2020 de doubler le nombre de têtes d’affiche féminines dans les festivals électroniques.

En Belgique, même constat. shesaid.so Belgium a publié en juillet dernier une enquête sur la parité hommes-femmes des line-up de festivals belges, en calculant le pourcentage d’artistes femmes sur les programmations. Les gros festivals comme Tomorrowland et Extrema Outdoor ne se font pas prier : 8,62% de prestations sont données par des femmes pour le premier et 7,25% pour le second. Dour, pas si mauvais élève, compte 16,5% d’artistes femmes au programme. Sur les 236 performances cet été, 39 étaient composées de femmes seules ou faisant partie d’un groupe. Le festival de musique du monde Esperanzah montre l’exemple avec 38,24%.

Résultat totalement attendu : en 2019, on est encore bien loin de la parité souhaitée.

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Listen Festival / DR

Depuis quatre ans, le festival urbain Listen Festival organisé en plein cœur de Bruxelles dégage une énergie particulière. En fan de la première heure, je décide de contacter Nicolas Bucci, le co-directeur artistique du festival. L’activiste musical a été directeur artistique au bar bruxellois Bonnefooi pendant 4 ans, et a ensuite fondé la webradio Kiosk Radio dans le Parc Royal à Bruxelles. Il est aussi cofondateur et directeur artistique du festival Forest Sounds dans la commune de Forest, toujours en Belgique. A ses heures perdues, Nicolas est enfin DJ.

On se rencontre dans un café près de la Bourse. Je lui fais part des études de shesaid.so et female:pressure. Les femmes DJ étant nombreuses et ayant largement contribué à l’histoire de la musique, comment comprendre que les programmations des festivals puissent donner une vision d’une musique essentiellement jouée par des hommes. La balle serait-elle dans le camp des festivals ? « Les gens sont de plus en plus conscients de l’importance d’un équilibre entre les genres, me répond Nicolas. Et je pense que l’équilibre en général, c’est la recette du succès. La vraie force, dans n’importe quel événement, soirée ou contexte professionnel, c’est la mixité. Et c’est très important que les festivals commencent à le reconnaître. La mixité, c’est aussi le secret de la musique en fait. » La mixité, oui. C’est ce que disait la productrice sud-africaine Lakuti dans une interview pour le New York Times : « Je pense qu’on ne peut pas parler des femmes en soi, sans penser à la question du racisme. » Être une femme ne constituant pas le seul facteur d’inégalité, les facteurs peuvent s’additionner.

Alors on lutte

Les luttes des dernières années ont-elles eu un effet positif et suffisant sur la représentation diversifiée et donc féminine de la scène musicale ? Voyons voir.

En 2016, seules huit femmes (dont Nina Kraviz et The Black Madonna) figuraient dans le classement des 100 meilleurs DJ internationaux de Resident Advisor, média mastodonte leader en matière de musique électronique. Dix ans après le début de ses classements, le webzine anglais décide de les interrompre à cause du manque de diversité et de représentativité des minorités. En effet, les résultats obtenus ne rendant pas compte de la réalité : seulement des hommes blancs hétéro rarement issus des classes populaires. Poursuivre ces classements aurait, entre autres, évidemment éclipsé la contribution vitale des femmes à la musique électronique.

« La raison la plus importante du manque de visibilité des DJ féminines reste le manque d’engagement des responsables de festivals. Cela doit changer : ils·elles doivent être conscient·e·s de cette disparité et agir en proposant une programmation avec davantage de femmes. » Claïs Lemmens

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shesaid.so / DR

C’est cette invisibilité que traduisent les différents enquêtes, dont celle de shesaid.so mentionnée plus haut. Le réseau, né à Londres en septembre 2014, a été fondé par Andrea Magdalena, qui, se sentant isolée en tant que femme dans l’industrie musicale américaine, décide de rassembler sur une plateforme les autres femmes travaillant dans le milieu. Ce réseau, qui souhaite donner une place de choix aux femmes qui le composent, entend « démontrer que les femmes sont aussi déterminantes dans l’industrie de la musique que les hommes et qu’elles sont source d’inspiration et de changement », explique Claire Morel, membre du groupe français lors d’une carte blanche au Forum European Lab. Il existe aujourd’hui différentes associations aux quatre coins du monde.

C’est à Anvers que je rencontre Claïs Lemmens, cofondatrice de l’antenne belge depuis 2016. En Belgique, le groupe se concentre sur l’expertise et la recherche, et veut rassembler en un seul endroit toutes les informations. Le but n’est pas de tourner le dos aux hommes mais de montrer qu’il faut travailler ensemble. Elle insiste : « J’étais dans d’autres groupes et organisations féministes où j’ai remarqué à quel point il était facile de se plaindre et de clasher les hommes. C’est beaucoup plus difficile mais plus utile à mon sens de ne pas le faire et de tendre la main en disant ‘Nous avons besoin de vous, nous ne pouvons pas le faire nous-mêmes’. Parce que nous avons vraiment besoin de leur aide, nous ne sommes que 50%, nous ne pouvons pas tout changer. » Et d’ajouter sur la proportion des femmes sur les affiches : « L’équilibre 50/50 que nous aimerions voir sur les line-up de festivals n’existe pas de base dans l’industrie musicale. Et les festivals reflètent les pratiques de celle-ci. Donc soit l’industrie musicale doit changer et incorporer plus de femmes et ensuite les festivals suivront ou bien, et c’est ce en quoi je crois réellement, les festivals doivent agir comme des leviers et peut-être, à ce stade, faire quelque chose de contre-nature et booker plus de femmes. » Si on ne peut qu’approuver ses propos, difficile de ne pas rester dubitatif·ve sur leur réalisation, vu le pourcentage de femmes DJ inférieur à 20% sur un line-up actuel.

Certains DJ décident de prendre les devants. C’est le cas d’Objekt, présent au Listen Festival cette année, qui refuse de se produire sur des programmations où il n’y a pas au moins 15% d’artistes « s’identifiant comme femmes, trans ou non-binaires. » En examinant les 68 artistes déjà annoncé·e·s sur la programmation du festival bruxellois, on trouve 14 prestations de femmes, soit 1/5ème de la programmation actuelle.

« Les trucs un peu plus nerdy comme peuvent l’être le DJing ou la production musicale restent encore vues dans la perception globale comme des activités masculines. Ce sont des conneries tout simplement. »  Nicolas Bucci

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Objekt / Kasia Zacharko

Un débat de bonnes femmes ?

Avec tout cela, une question me préoccupe toujours : tout ceci est-il une réelle prise de conscience ou seulement un effet de mode ? « Non, non, répond Nicolas du Listen Festival. Il y a un problème d’imagination à la base. La scène club était tellement dominée par les hommes que, pour beaucoup de femmes, ce n’était pas imaginable de se voir faire ce métier. Ce contexte change et c’est génial. De plus en plus de femmes se mettent à mixer, à acheter des disques. Il y a vraiment un changement en cours, même dans la perception du public. »

Ce problème d’imagination dont parle Nicolas serait lié à plusieurs facteurs. Dans un essai sur les expériences féminines dans la dance music, Victoria Armstrong écrit : « La technologie étant déjà traditionnellement perçue comme domaine du masculin, la culture de la production musicale vient redoubler cette connotation symbolique de la masculinité ». Et cette conception participerait à la sous-représentation des femmes DJ. Nicolas le soutient : « Les trucs un peu plus nerdy comme peuvent l’être le DJing ou la production musicale restent encore vues dans la perception globale comme des activités masculines. Ce sont des conneries tout simplement. C’est le résultat de constructions sociales. Mais on est là pour essayer de changer ça aussi. »  Ajoutons à ces différents facteurs le manque de modèles pour les femmes artistes. L’être humain s’identifiant à ce qui lui ressemble, s’il n’y a pas de femmes DJ dans les clubs ou les festivals, il est plus difficile pour les plus motivé·e·s de sauter le pas.

Ainsi qu’elles soient auditrices, compositrices ou productrices, les femmes ne sont toujours pas stimulées et sollicitées à investir les espaces musicaux. Quand elles y sont, leur légitimité est souvent contestée, discréditée et elles subissent des discriminations.

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Listen Festival / DR

En 2016, The Guardian publiait les surprenants propos d’une productrice connue restée anonyme. Elle y explique s’être créée un manager, appelé Dave, pour gérer ses bookings : « Depuis la création de Dave, j’ai plus que doublé mes honoraires et amélioré considérablement mes conditions de travail. Dave est l’archétype du mâle blanc d’un certain âge. Le langage qu’il emploie devrait être le mien mais l’industrie de la musique me le rend impossible. » Dave est reconnu comme un merveilleux gestionnaire. Et plusieurs artistes ont approché la productrice pour être introduits auprès de lui. La pression est si grande, et souvent emmagasinée, que les deux DJ belges du moment, Amelie Lens et Charlotte De Witte, ont commencé leur carrière sous des pseudos masculins (Rénée pour la première, Raving George pour la seconde). Le quotidien belge Le Soir documente ce choix délibéré : « Entre 2013 et 2015, elle commence sa carrière sous le nom de Raving George et sort quatre EP. Un nom une nouvelle fois choisi ‘pour ne pas être cataloguée en tant que femme‘ » et « Au départ, c’est sous le pseudo de Renée que la jeune femme se dévoile. Un nom à consonance masculine, ‘car (elle) ne voulait pas s’afficher en tant que femme‘ »

Claïs m’explique qu’une de ses amies est marketing manager pour un label. Lors d’un concert de l’un de ses artistes, elle se trouve backstage. Deux hommes de l’équipe technique se pointent et l’abordent en pensant qu’elle était la copine d’un des mecs sur scène : « Mais c’est juste une hypothèse, non ? Lorsque tu te tiens à côté de la scène, les gens penseront que tu es ‘la petite amie de’, s’exclame Claïs. Et quand tu leur expliques que tu es la responsable marketing du label, ils disent : « Oh, c’est cool » et il n’y a pas de problème, mais, dans un premier temps, ils ont supposé que tu n’es pas aussi importante que tu peux l’être. C’est là que se trouve le nœud du problème et tous les problèmes sont si subtils que les hommes ne réalisent pas toujours, selon moi, où se situe le déséquilibre. »

L’enjeu est aujourd’hui tel que les femmes sont doublement discriminées. D’une part, on observe une ségrégation horizontale : les femmes sont cantonnées à certains postes et répertoires : moins de femmes dans le registre de la musique électronique que celui du chant. D’autre part, il existe toujours une ségrégation verticale : les femmes accèdent rarement à des postes de direction mieux rémunérés. Pour tenter de changer cela, Claïs m’apporte un élément de réponse : les labels et festivals doivent changer eux aussi leur politique de gestion des ressources humaines. « Il ne faut pas chercher le problème aux postes d’entrée. On remarque qu’il y a plus ou moins une balance de 50-50 à ce niveau-là, commence-t-elle. Pour les postes d’assistance, etc, il y a assez de filles. Le problème apparaît quand une femme veut faire avancer sa carrière : pour un poste de niveau supérieur, il n’y a plus d’équilibre. »

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Willow / Jack Johnstone

L’augmentation des artistes femmes sur les line-up des festivals serait-elle effective s’il y avait davantage de programmatrices, bookeuses ou autres postes à responsabilité ? Faudrait-il imposer des quotas dès l’année 2019 pour voir enfin un équilibre s’installer ? C’est bien l’avis de Claïs : « Nous devons prendre des mesures presque anormales pour éliminer le déséquilibre actuel. Ces étapes, à première vue illogiques, sont nécessaires selon moi pour apporter un changement. Mais c’est vraiment difficile à entendre pour une entreprise. » Et tout ce qui est abordé ici n’implique pas uniquement les femmes. Les queers (on entend par là les minorités sexuelles et de genre) et les non-blanc·he·s qui travaillent dans l’industrie musicale sont également touché·e·s par cette double ségrégation. Pour les personnes concernées, le problème semble clair et limpide à résoudre. Pour les autres, il semble qu’il y ait une méconnaissance de la situation.

Cet état d’esprit serait-il de l’ordre du déni, de l’interprétation erronée de la réalité, de la volonté de préserver leurs privilèges ? « Nous, en tant que femmes, nous pouvons aller à des concerts, nous pouvons travailler dans l’industrie musicale, développe Claïs. Rien ne nous empêche jusque-là, personne ne dira ‘Tu ne peux pas être manager d’un artiste, ou booker, ou agent’, car, techniquement et théoriquement, nous le pouvons. Les murs auxquels nous nous heurtons sont plus imperceptibles : c’est par exemple fonder une famille et avoir des enfants. Il n’existe pas de véritable structure pour incorporer ça. » Et la pression exercée sur les femmes est telle qu’elles n’ont pas droit à l’erreur et doivent être irréprochables.

N’oublions pas qu’ils sont nombreux ceux qui regardent les femmes DJ avant tout comme des femmes – les intéressées se considérant d’abord comme des DJ. Nicolas précise qu’être une femme n’est pas un paramètre qu’il prend en compte lorsqu’il booke un·e artiste : « En tant que programmateur, j’ai du mal à séparer complètement l’artiste de la personne. Quand j’étais plus jeune, je voyais l’artiste comme une figure, une idole, quelque chose de très loin. Aujourd’hui je travaille tous les jours avec des artistes et pour moi c’est toujours la personne avant l’artiste, que ce soit un homme ou une femme, ça ne change rien. »

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The Black Madonna / DR

Il est où le soutien ?

Alors, comment faudrait-il soutenir les femmes dans l’industrie musicale ? « En essayant d’avoir de plus en plus de femmes dans les programmations, enchaîne Nicolas. Et en restant, je dois dire, cohérent avec la vision et la qualité que chaque festival devrait maintenir. » Claïs ajoute : « Je pense que la responsabilité est sur les festivals mais elle incombe aussi aux créateurs et créatrices, en particulier aux personnes qui proposent des plateformes comme Spotify ou les labels. Ils·elles doivent signer plus de femmes. »

Il semble certain que le public, soucieux de la qualité de l’événement dans lequel il met les pieds, saura apprécier cette diversification. En tant que consommateur passif, ce n’est pas à lui de jouer le rôle de levier. « Dans un monde idéal, les gens consommeraient de la musique comme je le fais, rigole Claïs. En essayant de trouver une musique faite par des femmes, des hommes ou des artistes LGBTQ. C’est devenu un jeu pour moi. » En 2019, on continue à marginaliser les femmes artistes en confirmant le préjugé qu’un DJ, c’est d’abord un homme. Les choses doivent donc s’accélérer, les artistes femmes doivent prendre leur destin en main. Comme leurs homologues masculins, elles veulent naturellement plus de visibilité, de ressources et de légitimité.

La productrice anglaise Annie Mac a lancé en février la campagne Equalising Music Pledge. Cette campagne qui incite chaque personne dans l’industrie musicale à « faire une chose » dans l’année 2019 pour l’égalité des sexes, s’inscrit dans le cadre de l’initiative Equalising Music de Smirnoff (la marque veut définitivement faire bonne figure), lancée en 2017 pour éliminer les inégalités entre les sexes dans l’industrie. Dans un communiqué, elle dit croire « que l’engagement peut vraiment aider à susciter le changement. Je veux que l’égalité des sexes soit considérée comme la norme absolue. Je veux qu’il y ait moins de femmes qui quittent l’industrie après avoir eu une famille. Je veux voir plus de femmes avoir le courage de s’approprier leurs idées. Pour démarrer leur propre entreprise. Pour le faire à leur façon. » Plus la composition de l’industrie est diversifiée, plus la musique électronique et la culture de la scène deviennent ainsi riches et fascinantes.

Alors bougeons-nous. Les enjeux, évoqués ici à propos des femmes qui évoluent dans le monde de la musique électronique, sont de nature politique. Ils reflètent ceux de la place des femmes dans tous les domaines de la société. Encourageons, pour 2019 encore, la production féminine, portons notre attention aux musiciennes, productrices et artistes talentueuses qui nous entourent. Partageons la musique de femmes et les œuvres d’artistes engagées. Cela fait trop longtemps que les productions féminines passent inaperçues.

Crédits photo en une : Annie Mac / DR

 

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Alex 1G 05.04.2019

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