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Et Dieu Cléa Vincent

Trois ans après un premier album n’ayant laissé personne insensible, en bien ou en mal, Cléa Vincent revient plus affirmée avec « Nuits sans sommeil ». Un titre on ne peut mieux choisi tant il rappelle ces interminables nuits de printemps lors desquelles on a cette insoutenable envie de vivre. Où on se dit qu’on dormira quand on sera mort.

Cléa Vincent, c’est l’histoire d’une « girl next door » qui ne doit sa place actuelle qu’à elle et son amour de la musique. Faire son trou après s’être faite lourdée par un label comme Polydor, cela force le respect. Son premier album réalisé avec trois bouts de ficelle (enfin 3 synthés et 1 micro) tenait globalement la route, à base de sonorités 80’s et de mélodies efficaces. D’accord, sur ce point, ça ne nous change pas grand de toute la pop française qui sort par cargaisons ces dernières années. En revanche, sortir des morceaux tubesques comme « Château Perdu », « Jmy attendais pas » ou « Retiens mon désir » à la fois sucrés et efficaces, sans prendre l’auditeur pour un con fini n’est pas chose aisée. On prête beaucoup de références à Cléa Vincent, à cheval entre yéyé et variété 80, mais très rarement celle de Jacno, pourtant le premier à montrer en France qu’on pouvait faire de la pop à la fois fun et intelligente.

Ce lâcher prise est encore plus fort sur ce deuxième album, qu’elle a également composé seule. Le premier single « Nuits sans sommeil » rappelle des productions de future garage tels que celles de Flume ou Jamie XX, influences rarissimes dans la pop française. Basses gonflées, rythmique saccadée, synthés ronflants : les sonorités électroniques sont également très prégnantes avec « I.R.L », « Au Phone » et « Le soleil dans la mer ». Bien sûr, c’est toujours de la pop mais nous sommes loin des compositions minimalistes et des productions bâclées qui sont souvent un écueil de la pop française. D’un autre côté, Cléa Vincent ne cache pas son attirance pour le son 80s un peu kitch, et l’affirme encore plus qu’avant avec « Femme la nuit » ou « Dans les strass » en trouvant un équilibre entre ironie et mélancolie. Tout cela donne un album divertissant, colorée, espiègle, intelligent et jamais ennuyeux.

Cléa Vincent est parfaitement normale mais sa normalité fait d’elle un ovni dans le paysage musical français. Elle a la fierté de celles qui savent ce qu’elles veulent et n’attendent pas qu’on leur donne des conseils plus ou moins avisés. Cléa n’en fait pas des caisses, n’est pas coincée dans un personnage, elle semble sincère, droite dans ses bottines. Alors oui, elle fait plaisir à voir quand elle se dandine avec un léger sourire aux lèvres, Converse aux pieds, dans le clip de « Nuits Sans Sommeil » telle une fille lambda profitant d’un bar vidé à l’heure de la fermeture.

Enfin, dans un pays qui a été envahi par des hordes de chanteuses à voix, Cléa Vincent a bien compris qu’il ne servait à rien de couvrir 4 octaves pour faire de la pop. Au lieu de se mettre inutilement en avant, elle fait corps avec sa musique pour servir la mélodie. De cette façon, elle arrive à rendre agréable une chanson de Dalida, la reine du kitsch la plus infâme, ou sortir des refrains infaillibles comme sur « Laisse toi aller ». Sur cet album, elle ne cherche pas à plaquer des textes sur une instru mais plutôt à les modeler pour que l’ensemble s’imbrique souplement. Des textes sans prétention, sans séduction mais qui sont captivants. Y compris pour un mec, qui écouterait Cléa Vincent comme une amie livrerait ses histoires de cœur, ses doutes, ses joies, autour d’un brunch ou d’un goûter, le genre de parenthèses douces et sans ambiguïté dans une vie virile faîte de cuites, de blagues salaces, de matchs du Stade Brestois et de nuits sans sommeil.

Crédits photo en une : Kamila K Stanley

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