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Est-il vrai qu’on ne change pas ?

On retrouve notre prof de philo préférée pour le dernier épisode d’une série centrée à la musique. Après ses pensées sur le silence, la rupture, le sens de la vie et le passé, elle nous propose un texte sur le déterminisme. On se pose la question de notre identité, de notre capacité à changer ou au moins à être « nous-mêmes » avec, toujours, des morceaux choisis qui n’ont pas peur de faire le grand écart, de Céline Dion à IAM, en passant par Fauve, Depeche Mode et Millencolin.

[dédicace] À mes frères

1) Céline Dion – On ne change pas

Au risque de grossir le trait, disons qu’il y a deux catégories de personnes : celles qui croient en la liberté humaine, l’existence du libre-arbitre, la capacité de s’auto-déterminer, de faire ses propres choix sans contrainte et d’agir selon ses désirs (postulant au passage que ces derniers nous appartiennent, que nous en sommes à l’origine et conscients) afin d’être l’artisan de sa propre vie ; et puis il y a ceux qui adhèrent à la théorie du déterminisme et qui considèrent que tout dans le monde obéit à la loi de la causalité, pour qui le libre-arbitre est une illusion, un concept forgé de toutes pièces par l’homme mais sans réalité effective, pour qui les désirs, actes et prétendus choix des hommes sont en fait toujours déterminés par une cause extérieure et antérieure, plus ou moins connue.

Par conséquent et à propos de l’identité, les partisans de la liberté diraient que si une partie de celle-ci nous est donnée à la naissance, elle n’est pas immuable et peut être construite à force de volonté, de choix libres et d’actes émancipateurs. A force de vivre tout court, en tant qu’acteur et non spectateur.

De l’autre côté, les déterministes, qu’on dira pessimistes ou réalistes (c’est selon l’idéologie) considèrent que l’identité n’est pas construite mais donnée, par la naissance et par les situations vécues lors de l’existence, passivement. Pour ces derniers, il est clair qu’on ne change pas, « on se donne le change, on croit que l’on fait des choix ».

2) IAM – Nés sous la même étoile

Tant pis

A titre personnel, j’ai toujours pensé que la croyance en la liberté humaine était un privilège de personne favorisée, socialement et économiquement, biologiquement, psychologiquement. Le bon élève d’une famille aisée a tendance à se croire plus méritant que ses camarades issus d’un milieu populaire, que les bons résultats ne sont qu’une question de volonté, mais ses parents à lui étaient là pour l’aider en mathématiques, le soir à 17h30, ou au pire ils pouvaient lui payer des cours particuliers. Il y a par ailleurs des milieux où l’on ne se rend pas chez un psychothérapeute à la suite du divorce de ses parents ou d’un deuil, alors on subit ce qui nous affecte sur le plan psychologique. Parole d’une enseignante confrontée à une certaine misère sociale, à quelques Akhenaton qui pensent qu’aller voir un psy c’est ou bien trop cher ou bien être faible. Ces mêmes adolescents qui croient pourtant en la liberté, inconscients du conditionnement qu’ils subissent et des injustices sociales que nul ne cherche vraiment à résorber, dans les hautes sphères.

3) Fauve – Voyou

Tu nais comme ça, tu vis comme ça, tu canes comme ça

Mais il y a aussi des bobos sincèrement malheureux, spectateurs d’idées fixes, d’attitudes et d’erreurs qui leur sont propres mais qu’ils ne désirent ni ne maîtrisent. « J’ai essayé, ça sert à rien, on change pas, on change jamais ». L’identité est le problème philosophique le plus complexe à aborder. Il y a un substrat permanent et inchangeable, c’est notre génotype. C’est ce qui constitue la seule part inaliénable de notre identité. Le reste peut changer, être modifié, par soi diront les partisans de la liberté ; par autrui, la société et l’existence diront les déterministes.

Même notre carte d’identité n’est pas un rocher auquel on pourrait s’agripper de toutes ses forces afin de savoir qui l’on est. Car on peut changer de taille, de nom de famille, de sexe. En revanche, notre ADN laissé sur une scène de crime nous trahira toujours. Mais n’est-on que cela ? Non, personne ne veut être réduit à sa carte génétique. Qui est-on alors ? Notre corps ? Je ne reconnais pourtant pas ce membre de ma famille qui est décédé d’un cancer, ce n’est pas lui. Nos paroles et nos actes ? Non, car je peux jouer un rôle auprès d’autrui. Et en même temps oui car nos paroles et nos actes trahissent souvent sinon notre identité profonde au moins notre personnalité. Notre personnalité, alors ? Elle peut changer, un confiant peut devenir méfiant, un timide extraverti, enfin… si l’on croit dans le pouvoir du libre-arbitre. Suis-je alors mon passé ? Oh oui, dirons-nous, les déterministes.

L’identité, c’est ce qu’il reste quand tout ce qui est susceptible de changer est ôté. Qui est-on alors ? Un génotype et ce que le passé a fait de nous (le temps étant par nature irréversible) :

4) Depeche Mode -Broken

You were broken for the start

Et pourtant…you can make it, avec un peu d’aide. Le classique « quand on veut, on peut ». Quand on veut vraiment, disent-ils. Mais eux, ont-ils vraiment souffert ?

Sartre, le principal partisan de la liberté humaine, écrivait : « Beaucoup des faits énoncés par les déterministes ne sauraient être pris en considération. Le coefficient d’adversité des choses, en particulier, ne saurait être un argument contre notre liberté, car c’est par nous, c’est-à-dire par la position préalable d’une fin que surgit ce coefficient d’adversité. Tel rocher qui manifeste une résistance profonde si je veux le déplacer, sera, au contraire, une aide précieuse si je veux l’escalader pour contempler le paysage… » J.P. Sartre, L’Etre et le Néant

Et c’est beau. Surtout le désir d’y croire. Mais quelle injustice faite (de la part d’un petit bourgeois sans histoire soit dit en passant) à ceux qui ne se donnent pourtant pas comme finalité de souffrir, de subir – ce que leur milieu social leur donne comme désirs, aspirations, ce que le conditionnement social leur présente, de la merde recouverte d’or – de laisser leur identité être forgée par ce qu’ils ont vécu ou par ce qui leur a été donné à la naissance. Soyons honnête. Oui, certains « s’en sortent ». Certains quittent un milieu social pour un autre plus élevé. Des personnes handicapées mènent une vie de personnes valides, aidées par la technologie. Certains, c’est vrai, ont trouvé les ressources nécessaires pour lutter et forger leur propre identité. Parce qu’ils ont été aidés et parce que les rochers qu’ils s’apprêtaient à escalader n’étaient pas si imposants que cela. Mais restent tous les anonymes pour qui il en est autrement et pour qui il en est normalement, à vrai dire.

Tout n’est pas qu’une question de volonté, cet article leur est dédié.

5) Millencolin – A ten

It will be like this for long

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1 commentaire

1 commentaire

Occo Hellendoorn 14.05.2019

Une belle tentative de synthèse !
Revient quand même des poncifs un peu vides : le bourgeois qui est nécessairement mieux lotit et donc s’en sortira sans effort…
Il y a des idéologies dont il faudrait sortir un peu : mai 68 a d’abord été une révolution de ces bourgeois et je ne suis pas certain qu’ils luttaient pour diminuer leurs facilités d’accès à la liberté, à la culture ou au libre arbitre…
Ensuite il y a de nombreux exemple de personnes ayant traversé des enfances épouvantables et ayant réussis, je pense même qu’il y a plus d’enfant malheureux devenu adulte épanouis que le contraire…
Le vécu de l’enfance n’est pas dépendant uniquement du portefeuille de ses parents…
Ce serait merveilleux s’il suffisait d’un peu d’argent pour faire un enfant heureux, équilibré et épanoui !!!
Plus besoin d’y réfléchir !
À la poubelle tous ces livres qui tentent de nous expliquer…l’inexplicable !
Plus de sociologie ni de pédopsychiatre !
Nous serions, nous, en Europe, les plus heureux du monde !
Bizarrement, bien que la France ne soit pas la moins riche du monde, elle est le pays ou le plaisir de vivre et le bonheur sont le moins ressenti…
Et je n’aborde là qu’un des poncifs évoqués…sinon belle synthèse de tout ce qui peut se dire…communément…

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