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Entrez dans le monde post-industriel de Monolithe Noir

Après avoir tenté plusieurs fois l’aventure d’une formation pop, Antoine Pasqualini a décidé de changer d’air (de Bordeaux à Bruxelles) et de mode d’expression en laissant tomber ses fûts de batterie pour se construire un synthé modulaire. Rencontre avec Monolithe Noir, un artiste atypique qui n’a pas peur de se lancer des défis.

C’est à Area42, un ancien bâtiment administratif reconverti en espace culturel et associatif que l’on va retrouver celui qui se cache derrière le blaze « so 1969 » de Monolithe Noir. Entre les espaces d’exposition et les salles de conférence, des artistes occupent les lieux vacants en échange de petits boulots et soutien logistique. C’est à la chaufferie que l’on retrouve Antoine en discussion avec des collègues musiciens qui occupent aussi les lieux. Ils échangent sur le problème du jour : des interférences électriques ont fait leur apparition sur les enregistrements réalisés récemment. Ainsi, ils ne se battent pas pour squatter ce local, qui a pourtant un charme indéniable avec son réservoir d’avion posé à même le sol en guise de déco. On va chercher refuge dans une pièce inoccupée pour discuter quelques minutes de son premier album Le son grave sorti en mars dernier chez Luik Records.

Il me semble que ta musique est à un croisement de la drone/ambient au son bien lourd et parfois de l’électro plus mélodique et lumineuse. C’est une volonté théorique ou le fruit du hasard ?

Avec mon passé de popeux, je reste toujours entre les deux. Mais pour moi, l’essentiel, le truc, c’est la mélodie. Après j’essaie d’arriver au croisement entre celle-ci, une rythmique live et une mise en son qui soit plus profonde.

On entend bien ton attachement à garder la rythmique naturelle, la volonté de construire autour d’une mélodie mais on a aussi l’impression que tu déclare la guerre aux harmonies… C’est une volonté théorique ou le fruit du hasard ?

J’avoue que j’ai encore du mal à me situer par rapport à cela. Je me considère toujours en apprentissage. En commençant à mixer les morceaux, je me suis rendu compte que certaines choses n’allaient pas, je me suis cassé le nez dessus… et en même temps, c’était parfois cela qui donnait le cachet à ma musique. Finalement, j’ai été un peu conforté dans cette idée car j’ai toujours eu un rapport un peu particulier aux ingés-sons.

C’est-à-dire ?

Les ingés-sons doivent rendre les choses conformes à un cahier des charges technique, ce qui est tout à fait normal, c’est leur mission de proposer une répartition scientifique neutre du spectre sonore. Mais moi j’aime bien quand ça casse les oreilles et que l’on va chercher certaines faussetés.

Tu n’as pas peur de t’enfermer dans une niche musicale ?

Ça ne me pose aucun problème d’être dans une niche. Ça a quelque chose d’assez confortable aussi. Mes anciens projets plus « mainstream » m’ont amené assez naturellement vers cette musique, là où la recherche est la plus forte. Maintenant je n’ai pas nécessairement envie de m’y complaire et d’être cantonné dans une case expérimentale qui peut vite devenir une prison.

Tu as tourné pas mal en 2017, que ce soit en solo, en festival ou dans des premières parties face à des publics très différents. Ce n’est pas trop difficile de devoir s’adapter à chaque public ?

C’est ça qui est génial. Parfois ça ne va pas passer. J’ai fait par exemple la première partie de Girls in Hawaï il y a quelques semaines, j’ai beaucoup apprécié leur démarche de m’inviter car même si leur musique parle à un plus grand nombre que la mienne, ils ont choisi de me mettre en première partie car ça leur plaisait… Ça crée des étincelles avec le public et on peut avoir dur dans ce cas là (sourire). Mais je suis heureux pour 2018 de partir sur les routes de France.

Le modulaire en live c’est toujours risqué, comment as tu appréhendé la construction de ton set ?

C’est autre chose. J’ai mis plusieurs années à monter le set-up que j’utilise actuellement. J’ai eu la chance d’avoir un ami qui s’y connaît bien en synthés analogiques et qui m’a aidé à le construire. J’ai dû y ajouter des lectures et beaucoup de démarches empiriques afin de repousser mes limites de la connaissance du matériel. Mais j’utilise aussi un ordinateur, j’ai une base numérique avec des effets à laquelle je mixe les machines en live. Je souhaitais garder une approche plus organique et naturelle que sur de l’électro analogique 100 % live autour de séquenceurs, ce qui souvent sonne plus froid et robotique.

Dés qu’on évoque l’électro modulaire ou la musique drone, il y a un peu le côté « savant fou » qui ressort…

Alors je suis pas scientifique pour un sou, la notion de recherche, elle est vis-à-vis de moi, de mon approche de la musique et du plaisir de la découverte. Monolithe Noir, c’est avant tout une recherche personnelle. C’est à partir du moment où j’ai compris que je devais faire les choses pour moi que je suis devenu plus serein par rapport à la musique et que j’ai cessé de penser à ce qui pouvait être attendu… parce qu’en réalité, il n’y a personne qui nous attend.

Une dernière chose : je suppose qu’on a déjà dû souvent du te dire que ton album ferait une super B.O de film… non ?

Alors c’est vrai qu’il y a une grande histoire entre BO et musique électronique, même si je n’étais pas trop SF à la base, c’est sans doute par les premiers films de SF que j’ai découvert l’utilisation électronique du son.

Je pensais plus à un espèce d’électro-Western assez contemplatif. On s’imagine partir du bassin industriel de Charleroi et descendre vers les Ardennes profondes, avec notamment le titre « Profondeville »…

Quand j’étais roadie, je passais souvent sur l’autoroute à côté de cette ville, je voyais ce nom sur un panneau et cela m’a marqué simplement. J’ai découvert ces paysages vallonnés plus tard mais c’est vrai que la Belgique a été un peu un choc esthétique pour moi. Le côté post-industriel de la ville de Charleroi est, par exemple, une inspiration sans fin. Même la ville de Bruxelles, qui me correspond à fond. Avant j’habitais à Bordeaux et je sentais un décalage complet entre ce que je voulais exprimer et ce qu’il y avait autour de moi.

Ça te plairait donc de réaliser des musiques de films ?

Oui, bien sûr, envoyez les propositions (sourire). J’aime beaucoup le travail réalisé par Johnny Greenwood sur les B.O de Paul-Thomas Anderson par exemple.

Le LP Le son grave est sorti chez Luik Records.

En tournée dans toute la france en 2018
19/01/2017 – Eurosonic – Groningen (NL)
21/01/2017 – La lune des pirates – Amiens
02/02/2017 – Caserne Fonck (avec Girls in Hawai) – Liège (BE)
03/02/2017 – Festival Regards noirs – Niort
08/02/2017 – L’autre canal (avec Rone) – Nancy
09/02/2017 – Les trinitaires – Metz
10/02/2017 – Red Bacon#1 – L’entrepot – Arlon (BE)
22/03/2017 – Festival Electr()cution #5 – Brest

Plus de dates sur sa page Facebook.

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1 commentaire

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Jérémie CHEVALIER 03.01.2018

Très bon article comme d’habitude ! Merci Loïc !

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