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Dead Meadow : « Quand tu joues très fort, l’esprit des gens se dégage »

Il est près de minuit dans la ferme de Grand Ile du festival Rock in the Barn. Quand il s’agit de faire revivre le stoner et assurer des autoroutes de riffs des heures durant, Dead Meadow fait le boulot. Derrière le groupe, l’orga fait signe qu’il est temps de s’arrêter depuis une dizaine de minutes. Sans succès. Mais personne ne s’en plaindra, leur live n’ayant pas de pareil. 18 ans de carrière au compteur et toujours pas une ride (à leur son) pour ces pionniers du néo-psychédélisme et du stoner. Jason Simon et Steve Kille, le noyau dur du trio, se sont confiés à nous. On est revenus avec eux sur leur carrière, l’industrie musicale, le format radio et Washington DC, la ville qui fut celle de Fugazi.

Vous en êtes à votre sixième album studio. Avec du recul sur votre carrière, de quoi êtes-vous les plus fiers ?

Jason Simon : On est très fiers de notre catalogue entier. On le voit comme une grande progression, une seule œuvre : l’œuvre d’une vie entière. On passe notre temps à travailler dessus. Des fois quand on y repense, on se dit qu’on préfère le premier album ou le troisième. Mais ce sont tous des enfants différents, et c’est toujours difficile de dire lequel de tes enfants tu préfères.

Steve Kille : Tous nos albums ont été le résultat de perfectionnisme et de minutie. On a traversé de véritables moments d’obsession lors de la création. On est fiers de l’ensemble que ça donne. On a pu faire plein de choses grâce à la rencontre de tout un tas de gens intéressants.

Mais pas que, j’imagine. Vous avez forcément été confrontés à des gens à l’éthique discutable ?

Jason Simon : Les seules fautes qu’on ait pu faire sont des fautes de stratégie comme suivre les mauvaises personnes. On n’est pas très business. Quand on a commencé, on était jeune. On n’avait pas de manager pour nous dire de ne pas faire tels ou tels choix donc on a commis des erreurs. On en a payé les conséquences. Je pense qu’on les a plus ou moins réparées maintenant. Enfin, après tout, l’important c’est qu’on fasse toujours de la musique.

Steve Kille : Il y a beaucoup plus de gens malhonnêtes que tu ne puisses imaginer.

Jason Simon : Certains abusent de jeunes groupes qui ont besoin d’argent. Les groupes signent sans vraiment savoir ce que ça implique. Dans notre cas, certains ont beaucoup profité de ce qu’on a pu signer. On voulait juste jouer. Il faut être un vrai businessman si tu veux faire de la musique et réussir. Mais la raison même pour laquelle on fait de la musique, généralement, c’est qu’on ne veut pas être un businessman !

« Un bon concert, c’est arriver à ce que les gens ne pensent plus à le filmer avec leur téléphone. » Jason Simon

J’ai cru comprendre que la littérature était une grande influence, est-ce vrai ?

Jason Simon : Je pense que quand on a commencé dans les années 90, tout était très catégorisé et on nous a vite collé cette étiquette fantastique. Les gens parlaient tout le temps de J.R.R. Tolkien et H.P. Lovecraft en nous mentionnant mais je pense que c’est disproportionné. Ce sont de très bons écrivains et c’est sûr qu’au niveau des paroles je suis très influencé par la lecture car je lis beaucoup. J’aime la musique figurative, qui te fait voyager dans un autre monde mais la lecture n’est pas la seule source d’inspiration du groupe.

Vous parlez de votre musique comme un moyen d’évasion, qu’entendez-vous par là ?

Jason Simon : Ça n’a pas à être une fuite de la réalité dans le sens négatif. L’idée, c’est vraiment de faire voyager les gens dans le temps et dans l’espace. Qu’ils aient un moment de transe.

« C’est grâce à la musique que je suis probablement toujours vivant. » Jason Simon

Pouvez-vous me décrire ce que vous voyez quand vous jouez sur scène ?

Jason Simon :  L’idée, c’est d’être totalement dans le moment présent. Pas même se dire que ce moment est cool, juste expérimenter l’instant présent et l’apprécier à 100%. C’est à ce moment-là que je joue le mieux et que j’aime le plus la scène. Je ne pense à rien d’autre. Je comprends que les gens veuillent prendre des photos ou des vidéos parfois mais je trouve ça bizarre parce qu’un bon concert, c’est quand même arriver à ce que les gens ne pensent plus à le filmer avec leur téléphone.

C’est un peu le concept de la méditation ça, non ?

Jason Simon : La musique a beaucoup à voir avec la méditation. Quand tu joues très fort, tu dégages l’esprit des gens et c’est là qu’ils se détendent un peu. Je sais que ça aide les gens. C’est grâce à la musique que je suis probablement toujours vivant. Tout art a le pouvoir de guérir l’esprit.

Steve Kille : Tout art implique une possibilité d’élévation, d’échapper à ce monde ennuyeux et factice dans lequel nous vivons. Parfois, je me dis que les films, la musique, les livres, etc, traduisent le besoin que l’humanité a de raconter encore et encore les mêmes histoires. Combien de fois des gens ont-ils réinventé une chanson des Beatles ? On n’a vraiment pas besoin d’une version de plus mais il y a cette nécessité créative.

Jason Simon :  Évidemment, du côté des artistes, il y a cette envie de recréer. L’idée, c’est de changer une chanson juste assez pour que ça devienne la tienne. Mais les gens qui écoutent ont aussi besoin de ce processus : par exemple, les Beatles. Leurs chansons n’ont souvent pas de repères émotionnels associés chez les plus jeunes. Les réactualiser pour en faire des chansons qui deviennent à leur tour des repères pour une toute autre génération permet à celle-ci d’expérimenter la même sensation que ceux qui avaient aimé les chansons des Beatles avant.

« Frank Ocean a sorti un album accompagné d’une vidéo où il construit un escalier. Ça dure une heure. Il n’y a plus vraiment de règles fixes dans l’industrie musicale. » Jason Simon

Cette idée de changer une chanson juste assez pour qu’elle devienne la vôtre, c’est un peu le concept de votre groupe avec des références comme Led Zeppelin et Black Sabbath ?

Jason Simon : Il y a plein de chansons que j’adore et que j’ai essayé de comprendre au mieux. Mais l’idée c’est plus de prendre ces chansons comme des points de départ et les faire évoluer. Ce n’est une mauvaise chose qu’on me dise qu’une de nos chansons ressemble à celle d’un autre, tant que j’estime y avoir apporté ma patte.

Certains de vos albums ont un format très différent des normes habituels. Des albums et morceaux de votre discographie sont très longs. Est-ce difficile de perdurer dans une industrie où vous ne correspondez pas vraiment aux « critères » ?

Jason Simon : Le dernier album était très long, c’est vrai… Après, je ne sais même pas si on fait partie de l’industrie (rires). On fait juste notre truc dans notre coin.

Steve Kille : À propos de l’industrie, je ne sais pas trop si ça existe toujours. Ça n’est plus le monde des grosses sociétés qui mènent la barque. Il n’y a plus vraiment de singles maintenant puisque, de toute façon, qui écoute encore un single de nos jours ? Quant au format radio, c’est vrai qu’il est dur d’en sortir, mais il y a de plus en plus de flexibilités et de possibilités qui permettent de faire de longs albums ou de longs morceaux, d’essayer des formats.

Jason Simon : Je n’ai pas écouté son album mais Frank Ocean, qui a clairement de bons revenus, a sorti un album accompagné d’une vidéo où il construit un escalier. Ça dure une heure. Il n’y a plus vraiment de règles fixes d’une seule industrie musicale. On s’en fout, pourquoi ne pas essayer de vendre autrement ?

Steve Kille: Même comme ça, tu réussis à avoir un public. Les gens sont toujours prêts à écouter, ils vont peut-être pas acheter comme dans les années 70 mais il y aura toujours des mélomanes.

La guitare paraît être le point central de toutes vos compositions, pourquoi lui avoir donné une telle suprématie ?

Steve Kille : C’est juste Jason ça. (rires)

Jason Simon : Mais non, je pense que c’est nous trois. On vient de Washington DC qui a une scène très ouverte et anti-commerciale avec des groupes comme Fugazi. Quand on a commencé, on voulait aller à contre-pied des chansons très courtes qui prédominaient, on voulait faire du Led Zeppelin, de longues chansons qui font planer avec des gros solos de guitares.

Steve Kille : Quand on était plus jeunes, on avait un groupe avec un frontman et on était derrières à jouer de la guitare. Avec Dead Meadow, on s’est dit que puisqu’on n’avait plus de frontman, on pourrait le remplacer par des solos de guitares et s’équiper de différent amplis pour faire diversion.

Jason Simon : Je n’étais vraiment pas du tout à l’aise à l’idée de chanter au début. Ça va un peu mieux maintenant, je pense être un peu meilleur. Pour moi, la guitare a toujours été un atout, bien plus que le chant. Vu que j’ai mis beaucoup de temps à trouver mon style en chanson, l’emphase s’est faite naturellement sur la guitare. Steve et moi on voulait pas s’embêter avec un chanteur, on voulait le moins de cuisiniers dans la cuisine, quoi. Surtout au début quand tout n’est qu’amour de la musique parce qu’il n’y a pas d’argent, c’est mieux d’être le moins possible. On était juste contents de trouver un batteur. On en a changé pas mal de fois d’ailleurs. Je pense que s’il y avait un vrai chanteur en plus de nous trois, on aurait peut être arrêté le groupe à un moment ou un autre. Mais c’était plus simple de continuer.

Vous faites du psyché depuis 1998, à cette époque le revival n’était pas encore au goût du jour et vous n’étiez pas nombreux à réactualiser le genre. Est-ce que vous avez senti la tendance venir ?

Jason Simon : Oui, ça doit faire genre 7 ans qu’on a senti le truc revenir avec tous les Psych Fests, les Black Angels, etc… Et c’est super pour nous. Quand on a commencé, il n’y avait pas grand monde autour de nous, on jouait avec des groupes de post-punk et de métal stoner en tournée. Maintenant il y a une vraie scène. À l’époque, on a commencé à jouer ce style justement parce qu’il n’y avait pas beaucoup de gens qui s’y collaient. On voulait être old-school, heavy et psyché mais sans être métal. C’est cool que la scène ait grandi. Maintenant on a de la chance de pouvoir jouer dans plein de festivals avec nos pairs et se retrouver par exemple ici, à Giverny.

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