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De quoi le festival Trans Musicales est-il le nom ?

Pendant le premier week-end de décembre, chaque année, un festival capte l’attention d’un milieu qui tourne soudain de l’œil. Les Trans Musicales inspire autant qu’il aspire et annule autour de lui. Voici quelques mots sur une success story qui a tout juste fêté sa quarantième édition.

Il est de notoriété publique que les récits ou « reports » de festivals ne servent à rien. Pourtant journalistes sans le sou, professionnels sans réseau, attachés de presse sans revue et festivaliers sans mémoire s’entêtent chaque fois à cliquer sur ce lien url pourtant déclaré mort par toutes les polices judiciaires de l’intérêt général.

Prenons le problème par l’autre bout. Pourquoi faut-il donc entretenir ce lien, nous demandez-nous ? Est-ce celui qui, seul, raffermit le sentiment d’appartenance d’un secteur qui a besoin de se serrer les coudes sans quoi il mourrait seul dans une ruelle sombre ? Il n’est évidemment pas à souhaiter que chacun reste dans son coin. Rendons-lui donc ses lauriers à cette foutue rubrique.

Avec toi, cher festival Trans Musicales, ça n’est pas dur de savoir par quel bout démêler la ficelle. Quel plaisir non coupable de te trouver des dizaines de sobriquets mignons, qu’on voudrait te glisser, en chuchotant, comme un amant courtois dans le civil, cru dans le creux de l’oreille. Quel bonheur de devoir décortiquer tes éditions.

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Gigsta – par Cyrille Abraham

Au crépuscule de ta 40ème édition, on peut t’adresser nos salutations d’abord. Pas te souhaiter ton anniversaire, loin de nous l’idée, tes fanatiques nous ont répété suffisamment de fois que c’est l’année prochaine qu’il faudra souffler sur tes 40 ans. Tu aimes faire le difficile, ok. Brouiller les pistes, un peu. Qu’est-ce qui fait qu’un festival de musiques actuelles aussi pointu tient dans sa longévité et sa popularité, et peut se permettre de raconter, les yeux plissés, le sourire en coin, ce soir de juin 1979 le concert du Marquis de Sade ?

On dit souvent que les Trans, c’est Jean-Louis « papy » Brossard. Vous nous direz, c’est normal, notre monde a besoin de super-héros, et JL est l’homme tout trouvé dans la grande braderie des titres honorifiques. Il est celui qui personnifie le festival, la bonhomie en guise d’arme de séduction, et celui qui possède « le-meilleur-job-du-monde » – pour ce que ça veuille bien raconter. Les légendes vont bon train : voyageur acharné, infatigable auditeur, insensible à l’aigreur, le programmateur le plus libre de France est ce qu’il fallait à un monde en manque de jolies histoires. Il est le patron, la cellule souche, dont les centaines de bénévoles, médias et financeurs tombent d’amour. Les Trans est une histoire de l’associatif et de la solidarité en France, un tissu pour l’instant impassible aux tentatives de récupération des géants américains du spectacle vivant. Alors on sera gentil de ne pas les limiter à son daron perché.

Les Trans, revenons-y, sont un festival de découvertes qui prend un malin plaisir à ne programmer aucune tête d’affiche et se targue d’approcher les 60.000 personnes quand l’envie lui prend. A part ce bon vieux Disiz La Peste le jeudi soir qui présentait son dernier disque ultra-rageur, Disizilla ? Rien d’autre. Atoem, un duo de machines rennais à 900 likes Facebook accompagné par l’équipe du festival, et programmé à 4h du mat le vendredi à l’heure de pleine affluence ? Chiche. Pied de nez ultime aux mastodontes qui comptent uniquement sur des enchères scandaleuses et justifient un système d’envol des cachets mirobolants, Rennes en est le porte drapeau français. Et ce même si l’ombre superbe des Bars en Trans plane en Off dans le centre-ville et a aujourd’hui quasiment ravi le maillot à pois du festival « tremplin » du Grand Ouest. Par tremplin, comprenons : qui décide de la pluie et du beau temps sur les programmations des festivals lors de l’année qui suit. Pas de jugement de valeur.

Comme notre rubrique ne serait rien sans cette obligation de donner notre avis à tort et à travers, on vous dira simplement que si vous aviez un groupe à voir cette année sur scène, ce serait The Psychotic Monks (lourdeur rock), si vous en aviez deux, vous rajouteriez Bodega (canailles punk), trois, Pongo (dancefloor kuduro cassé en quatre), quatre, Cyril Cyril (délire blues non-traditionnel de Born Bad), cinq, Gigsta (quand la D’n’B rencontre le futurisme et Beyonce) et pelle-mêle Fabrizio Rat, Aloïse Sauvage ou Komodo. Tous nous ont foutus une balle pas piquée des hannetons.

Et pour tripper, vous avez de quoi vous régaler – que ce soit de bon ou mauvais goût. Gardons en tête que, cette année, le public rennais a pu se délecter d’un concert d’Ajate, sorte de rencontre sur scène d’une dizaine de musiciens japonais dont l’incongruité rappelaient sans commune mesure la rencontre de tes potes bourrés après sept verres d’absinthe, d’un micro et de percussions ; se mouvoir sur le rock « classique » oriental d’Al-Qasar venus de partout (Tinariwen, Speed Caravan, Blaak Heat, Afrika Express, etc) dont l’hommage à ce copain des Trans, Rachid Taha nous a sorti une larme ; se regrouper pour fêter le solstice de l’automne avec les six percussionnistes ougandais de Nihiloxica ; ou encore se poser moultes questions sur le pourquoi du comment de l’existence du projet opéra-traditionnel-contemporain The Nagash Ensemble, orchestrant des poèmes sur l’exil écrits au XVe siècle par le prêtre arménien Mgrditch Nagash.

Rennes n’est pas que le centre d’attention des musiques actuelles jouées sur scène. La ville est aussi le théâtre, chaque décembre, d’une réunion annuelle. Celle des infatigables, des jusque-boutistes de la teuf, des pipelettes en puissance pour qui les lumières du jour et de la nuit ne sont que de vagues souvenirs d’un monde en costard mal taillé. À cette occasion, bistrots et places regorgent de gueulards magnifiques, parlant de musique et d’amour à s’en égosiller, quitte à en perdre la voix.

C’était dans un contexte de grand ménage dans « la ville des punks à chiens », de rachat de troquets mythiques (par la municipalité), d’embourgeoisement au global, et de la toute puissance des associations de voisins mécontents qu’il fallait envisager cette 40ème édition. C’est dans un contexte de rassemblement général de vieux, d’enfants, de festivaliers, de commerçants et de passants qu’on a laissé la ville rouge derrière nous. C’est sans doute de tout ça que cet essentiel festival est le nom.

Crédits photo en une : The Psychotic Monks : Elodie Le Gall

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