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Dans la moiteur du Weather

Weather Festival, l’événement électronique parisien qui change la donne, a enfin eu lieu avec une affiche à en faire trembler ses voisins germaniques. Une première édition qui boucle sa dizaine de milliers de préventes (et le double au final) crée forcément des attentes… et en déçoit. Retour sur le Main Event de samedi au Palais des Congrès de Montreuil et sur la soirée du dimanche sur la barge de la Concrete. Lorsque techno et house côtoient climat tropical et pénurie d’eau.

Weather Main Event, Palais des Congrès, Montreuil.

L’événement du samedi, que nos homologues étrangers le sachent, c’était un peu la révolution dans le Grand Paris. A chaque grande manifestation, sa dose de souvenirs. Une chose est sûre, les 18.000 personnes annoncées par les organisateurs (et autant par la police !) s’en rappelleront.

Perspective de rêve, mais attention aux pièges. Prenez n’importe quel festival techno ou non, si l’ouverture des portes est à midi et la fermeture à 6h le lendemain, il n’y aura pas de soucis de flux. Quoique. Le Palais des Congrès de Montreuil ne l’avait pas vu venir. Telle une marée humaine déglutissant des bouches de métro, le public a débarqué d’un coup sur place et vers 19h, la queue avait atteint ce même arrêt Robespierre. Les raisons : une prog qui a mis tout le monde d’accord, une comm mastodonte (un teaser génial et des affiches très classes) et un lieu géant sonorisé (par Funktion One) comme les meilleurs clubs du monde.

La soirée commence… lentement. Chaque action est un engagement à ne pas prendre à la légère : à peu près 45min pour le vestiaire, la même chose pour choper les jetons et mieux vaut ne pas avoir envie d’aller aux toilettes. Mais bon, on vient d’arriver donc tout va bien et on s’en va écouter de la techno. Devant les deux scènes, même constat au bout de très peu de temps : la chaleur devient peu supportable (elle est montée jusqu’à 40°C et 100% d’humidité), due à « la panne de ventilation et le manque de points d’eau potable en accès libre au Palais des Congres de Montreuil ». Selon l’organisation du festival, « nous avons été pris en otage par le propriétaire qui avait caché la défection de climatisation et a interdit l’accès à de nombreux points d’eau potable en dernière minute au prétexte de risque d’endommagement des installations sanitaires, avec menace de couper l’éléctricité si nous essayions de passer en force ». La condensation de la sueur ne manque pas de faire tomber une pluie de petites goutelettes toute la soirée sur les danseurs.

En fait, à minuit, il n’y a plus d’eau. Plus de bouteilles, plus de points d’eau non-potable-dont-tout-le-monde-a-bu-10-litres et la clim ne marche plus… ou alors par à-coups. Certains, venus en début d’aprèm pour Marcel Dettmann s’en vont avant 2h du matin – après quand même 14h de techno. Les gens demandent des verres de glaçons aux barmen et se les passent avec délice sur le corps. Les gars sont torse-nu, les filles en sous-vêtements. D’un festival parisien, on débarque dans une chaudière où le public se rapproche un peu plus de celui d’une rave. Mais, ce n’est pas une rave. C’est un festival qui coûte cher, très cher, même pour la postérité. Entre l’entrée (à 37e), les boissons (5e la bière) et le vestiaire (jusqu’à 4e, sérieux ?!!), les portefeuilles les plus pourvus ont vite fait de se vider, suant comme leurs propriétaires. L’ivresse viendra de la dégustation lente de demis de bières, qui deviennent chauds en moins de trente secondes, et de musique profonde et addictive.

Certains trouvent les coins chill-out, à 39°C pour 98% d’humidité, c’est toujours ça de gagné. La majorité de la foule reste malgré tout, résistante et soudée comme jamais, comme ayant l’impression de survivre dans ce hammam géant. Ces incidents auraient néanmoins pu être plus graves ; l’orga assure qu’ « une action judiciaire est en cours à l’encontre du gérant du Palais des Congrès pour mise en danger de la vie d’autrui ». Reste qu’il manque un vrai chill-out.

À 2h30, l’orga décide d’ouvrir un fumoir improvisé et c’est pour beaucoup le moment de la résurrection. De l’oxygène, du vrai, sans les tropiques qui vont avec, ce temps parisien. Hallelujah.

Niveau propreté, nickel malgré la bouillasse répandue. Bravo à tous ceux de l’orga qui ramassaient gobelets et autres déchets pendant l’événement. Bravo à l’ambiance générale aussi, et à ce bon public multigénérationnel.

Parlons musique. Les artistes ont été exceptionnels. Entre un Robert Hood ultra-percutant et très rythmé, un enchaînement superbe Nina Kraviz et Margaret Dygas, de la house et du hip-hop avec ZIP et l’homme qui a transformé véritablement ce Palais des Congrès en énorme bordel, l’allemand Len Faki. Ce génie cosmique aura, en 2.30 de set, envoyé dix mille cosmonautes sur une surface lunaire vibrante, habitués au climat hostile.

Barge de la Concrete, Quai de la Rapée, Paris.

Pour les 10 ans du label sud-africain Djoon, la house et la deep de Da Capo, Black Coffee et Joe Clausell étaient à l’honneur sous un temps pluvieux et beaucoup auront eu la joie de découvrir cette scène talentueuse. Qu’importe le weather. Ceux qui n’ont pas déprimé de la veille sachent à quel point la fraîcheur et la pluie sont salvatrices. Les légendaires Theo Parrish et Kerri Chandler fichent le sourire à tout le bateau et les oreilles remercient de vive écoute ce dimanche de fin.

Allez, on reviendra l’année prochaine. Aucune idée n’avait encore jamais approché d’aussi près ce beau rêve qu’est le Weather. Pour les ratés, c’est une première, dira-t-on. Faisons juste en sorte que cet événement de grande qualité artistique remplisse son rôle démocratique et accessible à tous. Par amour des oreilles et du portefeuille.

On retiendra la petite phrase d’Ark, moitié de Copacabannark, qui restera dans l’histoire : « Ici c’est pas Londres! Ici c’est pas New York! Ici c’est pas Berlin! Ici c’est PARIS! »

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