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Brice Coudert (Concrete) : « Trouver un nouveau lieu pour aller encore plus loin »

Salement chassée par les propriétaires de la barge qu’elle loue depuis 8 ans, l’équipe de Concrete se retrouve sans lieu dans 10 jours. Reconnu dans le monde entier, ce mastodonte de la nuit parisienne est en quête d’un nouveau point de chute. On a discuté avec Brice Coudert, DA de l’équipe, bien décidé à ne pas se laisser abattre.

Concrete ferme brutalement ses portes d’ici 10 jours. Comment en est-on arrivé là ?

On ne sait pas trop vraiment mais disons que c’est un peu symptomatique des grandes villes. Quand on est arrivé, hormis la Sundae de temps en temps, il n’y avait aucune activité dans ce quartier qui était un vrai no man’s land. Quant à la barge elle-même, elle était totalement inoccupée, et les propriétaires ont été ravis que nous en fassions quelque chose et payions des loyers assez conséquents tous les mois. On y a construit un club mondialement reconnu et supporté par les institutions, et de fil en aiguille nous avons amené une activité intense dans ce quartier devenu soudainement « intéressant ». Ce qui a probablement donné envie aux propriétaires de trouver encore plus rentable que nous, sans se soucier que ce projet fasse vivre une cinquantaine de gens passionnés, et avait une forte valeur ajoutée culturelle.

Vous deviez racheter la barge que vous occupez en location depuis plusieurs années. Comment expliques-tu le blocage des propriétaires ?

La réponse est très simple : nous n’en avons aucune idée.

Penses tu que le succès de Concrete, qui est devenu le club parisien n°1, ait été vu d’un mauvais oeil ?

Non pas du tout. Ce succès a profité à tout le monde je pense. On a crée un public, on a développé des artistes, on a participé à rendre cette culture « populaire », on a mené des combats contre les institutions qui ont profité à tout le monde. Il faudrait être bête de vouloir stopper une locomotive comme Concrete. D’autant plus que l’on a jamais été malveillant avec les concurrents. Bien au contraire. Je ne pense pas qu’un confrère promoteur soit derrière cette situation. Si c’est le cas, il sera de toute façon très mal reçu par la scène en général, des artistes aux bookers, en passant par le public.

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Les clubs techno ont-ils plus de mal à survivre que les boîtes à champagne ? Ou tout le monde est logé à la même enseigne selon toi ?

La différence c’est que « les boîtes à champagne » comme tu dis, sont là depuis des dizaines d’années. Leur lieux sont sécurisés depuis longtemps, et ce sont des affaires qui tournent. Ouvrir un club techno c’est déjà se battre pour trouver un lieu dans une ville full en terme de place. Donc automatiquement tu te retrouves dans des lieux éphémères, à mettre aux normes, ou tributaire de la bienveillance de ton propriétaire.

Quand les fermetures se succèdent, on y voit parfois une « tendance » négative ? La fermeture de Concrete s’inscrit-elle selon toi dans une politique de plus en plus réfractaire à la nuit ?

Notre cas n’avait rien à voir avec la politique. On a d’ailleurs eu la mairie de Paris, qui nous a fortement supporté et a même proposer de racheter la barge à nos propriétaires qui ont refusé l’offre. Mais c’est sûr que des festivals qui annulent, des warehouses qui se font interdire, et des clubs qui ferment ou qui peinent, c’est mauvais signe. On devrait être à un point aujourd’hui ou les choses devraient aller en s’améliorant, mais ça n’est pas le cas pour de multiples raisons. Mais il ne faut surtout pas lâcher l’affaire et continuer d’essayer de faire avancer les choses, même si c’est dur.

As-tu des exemples de clubs, voire de raves ou de festivals qui font face à des fermetures récentes et auxquelles la fermeture de Concrete ne serait donc pas totalement étrangère ?

Non toutes ces choses ne sont pas liées, et il n’y a pas un unique grand méchant ennemi derrière tout ça. Chacun rencontre des obstacles différents. La plupart de ces projets sont jeunes, montés par des gens qui sont dans le game depuis peu de temps comme nous. Du coup nos activités et nos projets sont encore un peu fragiles, et peuvent s’écrouler au premier bâton dans les roues.

Après 8 années de ce projet un peu fou, comment te projettes-tu pour la suite ?

Ça a été très dur pour nous d’accepter que c’était fini. Ce club, c’était notre première expérience, et c’est un truc qu’on a avant tout vécu comme une aventure humaine entre amis. C’était donc assez compliqué émotionnellement ces dernières semaines pour nous. Mais là, on est passé à l’étape suivante. On est à nouveau excités à l’idée de construire quelque chose de neuf. Sauf qu’on est beaucoup moins des amateurs qu’il y a 8 ans, et qu’on connaît les erreurs à ne pas refaire. On était finalement pas mal limité par le prix des loyers que l’on payait pour la barge, ce qui nous a empêché de gommer certains défauts, et de développer certaines choses que l’on avait en tête. On espère donc trouver un nouveau lieu qui nous permettra d’aller encore plus loin en qualité, et dans ce qu’on proposera. Et on y croit fort !

Vu l’aura de Concrete, penses-tu aujourd’hui pouvoir t’appuyer sur les pouvoirs publics pour imaginer la suite de l’aventure, notamment retrouver un lieu ? Avez vous déjà des pistes ?

Les pouvoirs publics nous apportent déjà leur soutien et on espère que ça débouchera sur quelque chose. Aujourd’hui on a la tête un peu partout pour essayer de trouver quelque chose d’assez fou, pour marquer autant les esprits que Concrete l’a fait il y a 8 ans.

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Saurez-vous retrouver Brice sur la photo ?

Pour finir, quels sont tes 5 souvenirs impérissables à bord de la barge ?

– La premiere Twsted sur la barge en mai 2011, et San Proper qui retourne la terrasse devant un public en feu, et se met à brailler au micro: « Paris is back motherfucker ! ». C’était un peu le statement qui s’est avéré vrai par la suite.

– La seconde Concrete avec Efdemin, Dj Qu et Levon Vincent… et San proper encore une fois, que je n’avais pas booké mais qui traînait dans le coin et s’était incrusté aux platines. Tout ces artistes étaient un peu mes héros dont j’achetais tous les disques. Et je me retrouvais soudainement avec eux à boire des shots, parler de musique etc… C’était assez dingue comme sensation, et c’est sur cette teuf que je l’ai vraiment réalisé.

– Mai 2013, after du premier Weather. On reçoit Kerri Chandler, Theo Parrish, Joe Claussell, Robert Hood en mode Floorplan, Black Coffee, Culoe de Song sur un seul et même événement all day long à Concrete… Y’avait même Ron Trent juste la pour faire la teuf… J’avais jamais vu autant de légendes de la house au même endroit.

-La réouverture de Concrete en septembre 2013 après les grands travaux. Un soundsystem Funktion One tout neuf, un dancefloor plus large, et surtout ce dj booth qui est devenu notre marque de fabrique : au niveau du sol, avec la possibilité de danser tout autour pour les gens, sans bracelets et sans VIP. Pur moment de magie le dimanche à 7h du matin quand les premiers danseurs ont découvert ce nouveau club.

– Début 2017, on reçoit la licence 24h. Et plus que les samedimanche, je me rappelle de ce samedi matin où je me suis levé à 5h du matin pour récupérer l’artiste Marco Shuttle qui jouait au Batofar pour nos amis de Spazio Tiempo, et le ramener directement à Concrete pour un set d’after surprise. Jusque là, on était obligés de fermer nos portes à 7h du matin. Donc le fait de débarquer à 7h pour pousser la teuf de 3h de plus au lever du soleil, c’était un peu un life goal atteint.

Photos : Jacob Khrist

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