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Bon Gamin : « Par rapport aux autres rappeurs, on est des branleurs »

Je m’étais trompé. Lourdement. Pour moi, Ichon, Loveni et Myth Syzer étaient des mecs qui passaient leur temps dans leurs appartements respectifs à travailler plusieurs prods ou textes par mois et assez éloignés de la scène. Alors, lors de notre rencontre à Marsatac, lorsque je leur ai demandé s’ils étaient aussi à l’aise en concert qu’en studio, les mecs de Bon Gamin m’ont regardé avec l’air circonspect. Effectivement, trois heures plus tard, je me suis rendu compte de mon erreur. Pendant près d’une heure, les Parisiens et le Vendéen ont su tenir en haleine toute la foule marseillaise avec des tracks de haute qualité, mais surtout une énergie folle.

Entre Montreuil et La Roche-Sur-Yon

Le groupe Bon Gamin est composé de Ichon et Loveni, rappeurs de leur état et Myth Syzer qui s’occupe des productions. Alors que les deux premiers se sont rencontrés sur les bancs du collège, Syzer lui a vécu son adolescence en Vendée. C’est par son arrivée à Paris qu’il a rencontré Loveni, puis Ichon. Le « délire Bon Gamin » se définit par : « On fait des sons quand on est motivés, tous ensemble, c’est rare, mais quand on l’est, on charbonne« . Derrière cette réponse, qui peut paraître un peu bateau, se cache pourtant l’une des forces du groupe : trois personnalités fortes.

Si j’avais pensé au premier abord que chaque membre du groupe était, avant tout, une « bête de studio », c’est que ces trois personnes ont déjà su faire leurs preuves chacun de leur côté. Ichon a sorti l’année dernière son second EP nommé #FDP qui en sept titres montrait l’étendue des possibilités du rappeur de Montreuil, avec une force brute. En début d’année, il avait aussi révélé un premier extrait de la mixtape Il Suffit De Le Faire qui devrait arriver dans l’année. Quant à Myth Syzer, en deux ans, il a sorti un projet avec Ikaz Boi, un autre avec Prince Waly (que l’on a aussi interviewé à Marsatac) et de nombreuses autres productions dont le récent remix du titre « Prettiest Virgin » d’Agar Agar. Un CV donc en béton bien armé. Le dernier de la bande, Loveni, peut-être le moins connu des trois, avait pourtant prouvé ses capacités dès 2012 avec l’EP Pur, depuis, l’artiste a enchaîné les collaborations avec son entourage. C’est donc tout ça, Bon Gamin, un collectif qui décuple ses capacités, déjà redoutables en solo, lorsqu’ils sont ensemble. L’un des meilleurs exemples est leur session avec Grünt (2015).

« Le studio, c’est le vrai travail. Sur scène, c’est instinctif »

Quand l’un n’apparaît pas sur le projet de l’autre, ils composent tous les trois ensembles. Sur fond de beats entraînant les « démarches chaloupées« , les deux rappeurs parlent de leurs vies et de leurs galères. Entre la sortie dans des bars et les sessions nocturnes dans les rues de l’est de la capitale, le tout parsemé de quelques herbes dans leurs feuilles à rouler. Avec un titre avec Joke, un autre avec Prince Waly & Jeune LC. et d’autres tous les trois, Bon Gamin sait se faire désirer. Ichon explique cela de la façon suivante : « Ces années précédentes ont été très freestyle, très instinctives, sans réellement s’organiser professionnellement parlant et là du coup on essaye de mettre en place quelque chose d’assez carré. » Un album ? De nouveaux clips ? Chacun y voit ce qu’il y souhaite mais la promesse est là, celle d’un automne qui devrait voir Bon Gamin passer la seconde.

Vient donc le moment où je leur pose ma question sur la place de la scène par rapport à leurs travaux en studio. Leurs regards sont donc interloqués et leurs réponses sans appel : « Non en vrai, par rapport aux autres rappeurs on est des branleurs« , débute Syzer. « On nous connaît parce qu’on est dans la rue justement, parce qu’on est en concert« , nuance Ichon. « On kiffe faire la musique, mais par contre aller en studio, se prendre la tête…Faut passer par là, c’est le vrai travail, mais j’ai moins de plaisir. Alors que sur scène c’est instinctif » termine Loveni.

Quelques heures plus tard, les voilà sur scène et pendant près d’une heure, ils enchaînent les titres sous la fournaise de la soirée marseillaise. Aussi bien en rappant, qu’en jouant les showmen, Bon Gamin offrira un des meilleurs concerts de Marsatac. Non seulement, parce qu’ils furent très bons sur scène, mais parce qu’ils m’ont surpris à un endroit où je ne les attendais pas. Alors, si tu es rendu à cet endroit là de l’article, tu auras compris, je ne te conseille pas de suivre le travail de Bon Gamin, mais bien de suivre le travail de Myth Syzer, de Ichon et de Loveni, qu’ils soient séparés ou ensemble, car ils seront capables de toi aussi, t’étonner.

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