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Bertrand Cantat, l’horizon devant soi

Le voilà le retour de Bertrand Cantat. Et il n’est pas tout seul. Avec lui le bassiste de 16 Horesepower et compagnon de toujours, Pascal Humbert. Déjà, ils avaient commis ensemble la bande son live du spectacle de Wajdi Mouawad (Des femmes). Puis, on avait pu découvrir deux, puis trois morceaux de projet « Détroit ». Trois ambiances, trois humeurs, trois thématiques qui ne recouvraient pas encore tout ce que contient cet album.

Question hautement attendue : parlera-t-il de ceci ou de cela ? Qu’a-t-il bien à dire maintenant ? Certains n’attendaient que de lire entre les lignes. Les autres attendaient autre chose. Peut-être de retrouver l’énergie, la voix, la combativité salutaire de l’auteur-chanteur, et cette noirceur qu’il avait su, grâce à Noir Désir, traduire en puissance. Avec Humbert, nul doute que le grave des contrebasses viendrait porter la voix profonde et écorchée, l’émotion à la clé. A deux, serait-ce une page qui se tourne ou un nouveau départ ? Un album rock ou … ?

Tout commence par une muse qui ne dit pas son nom. Une petite guitare électrique qui sonne clean, une voix posée, un murmure. Et puis une basse qui vient rythmer une écriture qui dit tout à la fois « je ne regrette pas » et « les braises incandescentes sont encore sous la cendre froide ». Tout est fredonné jusqu’au refrain qui fait pousser un peu la voix : « sois au rendez-vous ». Et là, magiques, les guitares électriques soulèvent l’attente de la muse, fantôme et attendue. La voix se répète, psalmodie. C’est comme un rituel, pour entrer dans l’album.

C’est au troisième morceau que vient le frisson attendu. Ça y est, on a pris la mesure. C’est un rituel encore, vibrant à souhait, qui ne cesse de monter, de travailler au corps le chemin du paroxysme. Sur Terre brûlante roule un rythme constant, que la basse, les guitares et l’harmonica viennent envoler peu à peu. La voix parle, chante, psalmodie encore, non sans poésie. Un road-movie planant avant d’arriver au premier « Détroit ». Et là, ça sature. Enfin. Sur une note tenue, comme une méditation, à la croisée des chemins. Une énergie pure, en à peine plus d’une minute.

Après la muse et les trajets ici et là, voilà l’étape de l’ange de désolation. On pense à Bouquet de nerfs, avec cette basse dans les aigus, des guitares qu’on confondrait avec des violons pour encadrer la voix de Cantat, toute sombre. « Dors mon ange », « l’éternité nous appartient, chaque seconde la contient ». La vie s’écorche ici. « Rien ne pourra nous enlever nos frissons ». Entre la vie et un ailleurs rêvé. Mais sur la même note, sur un rythme de continuité, on arrive en prison, dans la pierre, derrière les barreaux, sans Horizon. C’est fort, c’est puissant, c’est électrique… et sombre : « quartier de sol glacé de haute sécurité » et puis « je sais qu’il faut se taire, au loin le tonnerre gronde, éradiqué du monde, évincé de la Terre ». Cantat raconte la prison, ou plutôt le sentiment de la prison. Le refrain prévient : « cherche ton horizon entre les cloisons ». Ici, il faut tenir, tenir, tenir quand plus rien n’a de sens et que le monde est devenu impossible au dehors. Vivre quand même. « Quel débris ou quel morceau de moi d’abord te rejoindra ». Il ne se résigne pas. La fin du morceau, puissante montée électrique accueille même le cri, les cris, et puis la rage, entière, belle et puissante.

Plus de doute : l’album ne fait pas l’économie de ce que son auteur vient de vivre. Elle n’en fait pas récit, mais en transmet les impressions, les sensations, les sentiments. C’est ici que commence la résurrection : « on essaie de regarder droit dans le soleil ». Croire, tout de même, à la lumière. Une guitare sèche, une contrebasse, un violon : on essaie. Et la mélancolie se plaît à espérer. Plus loin, dans Le creux de ta main, on jurerait entendre Sergio en personne et ses guitares saturées. « Une lueur dans la nuit ». On continue de croire, on avance. Plus loin encore, un morceau presque électro-pop avec des chœurs en anglais sur des paroles en français, parlées. Oui, sans doute la remontée du tunnel passe par là. On finira par une reprise d’ Avec le temps de Léo Ferré que Cantat avait déjà chanté sur scène avec… Shaka Ponk. C’est beau à en pleurer.

L’album se termine sur un bref instrumental baroque : on s’accorde pour la suite, pour l’après. Parce que ce n’est pas fini. L’horizon reste devant, au loin, et l’album sonne comme un chemin : celui du retour à soi, à la musique, non sans se retourner et regarder derrière le chemin parcouru.

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