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Badbadnotgood, l’insolence reine

Quel est le groupe qui est présent dans un paquet des plus gros festivals de musiques du monde, du SXSW à Coachella en passant par Dour ou le Sonar, alors que son étiquette « groupe de jazz » devrait, au premier abord, les cantonner aux clubs en sous-sol de New York et aux festivals labellisés jazz ? C’est bien sûr Badbadnotgood et ses petits blancs insolents de talent, capables de soigner un allergique au jazz avec un traitement des plus agréables.

Selon la formule consacrée (ou sacrément conne), « les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas. » Ça marche pour tout : les gens, les animaux, les aliments, les modes et surtout l’art. En musique, certains styles vous ennuient royalement et vous avez beau y faire, rien n’y changera. Souvent alors, malgré une éducation musicale riche et un sens de l’argumentaire nettement plus développé qu’un ado de 3ème, la réaction se limite généralement à : « j’aime pas, je m’en fous de savoir pourquoi j’aime pas, en tout cas j’aime pas. »

Prenons un mec lambda (moi par exemple) qui n’aime pas le jazz parce qu’il trouve que c’est une musique de poseurs à lunettes qui préfèrent la démonstration technique plutôt que de raconter quelque chose, faire passer des sentiments ou ouvrir l’imaginaire de l’auditeur. Que ce soit totalement infondé ou non n’est pas la question, c’est l’avis de ce mec lambda et il a du mal à en démordre.

Alors le voilà bien dépourvu face à un groupe comme Badbadnotgood. Leurs influences multiples allant au-delà du jazz et leur son plutôt massif le laissent quasiment sans voix. Pour ne pas perdre la face, il affirme avec un peu de mauvaise foi que « ce n’est pas vraiment du jazz » ou bien « j’aime toujours pas le jazz mais ça c’est cool. » En tout cas, leurs trois premiers albums ont été approuvés par la critique, aussi bien celle initiée au jazz que plutôt éloignée, et par le public. Un accueil mérité lors de leurs concerts où leur joie d’être sur scène et leur énergie sont formidablement communicatives.

Pour ce quatrième album IV (en écoute intégrale ici), le trio se mue en quatuor mais l’envie reste toujours la même : prendre un malin plaisir à brouiller les pistes et nager entre jazz, hip-hop, soul, musique répétitive et électro. Ils ont souvent été qualifiés de groupe d’abstract hip-hop à cause de leurs reprises de tracks hip-hop (notamment de Nas, Odd Future, A Tribe Called Quest ou Kanye West) et d’un album en collaboration avec Ghostface Killah du Wu Tang, l’année dernière. Preuve de ce brouillage de pistes permanent, l’écoute de « Time Moves Slow » en collaboration Sam Herring, le chanteur de Future Islands, un groupe pourtant aussi bien éloigné du jazz que du hip-hop. En tout cas, le côté crooner de Sam Herring sur cette musique lancinante et un peu surannée marche terriblement bien dans cette chanson qui raconte la sensation que le temps s’écoule lentement quand on doit faire face à la solitude, à la séparation, à des égarements ou à des remises en question. Au passage, cela signe le premier morceau chanté de BBNG sur un de ses albums.

S’ensuit « Confessions Pt II », un morceau plutôt soul, faisant penser à une BO de blaxploitation avec la présence du talentueux saxophoniste Colin Stetson, autre adepte des crossovers. Sans transition, « Lavender », un morceau encore très cinématographique mais avec un son beaucoup plus poisseux et lugubre, même avec la présence de Kaytranada qui nous avait habitué à des sons beaucoup plus légers. En tout cas, le succès de BBNG leur permet de s’ouvrir de plus en plus de portes pour des collaborations et, vu la réussite que cela engendre, il n’y a pas de raisons de s’arrêter en si bon chemin, même si les morceaux avec le rappeur Mick Jenkins ou Charlotte Day Wilson n’ont pas la puissance des trois premières collaborations présentes sur IV.

Le problème c’est que justement, sur ce quatrième album, les morceaux sans collaboration extérieure peuvent souffrir de la comparaison, en tout cas pour un non-adepte du jazz. Ce n’est pas le cas de « And That, Too » et son instrumentation riche, légèrement dissonante qui donne une atmosphère limite anxiogène, ni de « Speaking Gently » alliant une rythmique très saccadée et une ritournelle entêtante au piano pour créer le genre de morceau hybride dont BBNG est friand. Mais « Structure No.3 » , « Cashmere » ou « IV » s’inscrivent dans une veine jazz beaucoup plus classique et ne permettent pas de retrouver l’ampleur des compositions originales des reprises présentes sur les deux premiers albums ou des compositions originales du 3ème album.

Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter la reprise de « Flashing Lights » de Kanye West (BBNG 2), « Can’t Leave The Night » (III), « Kaleidoscope » (III) ou CS60 (III).

Finalement, il importe peu de savoir si Badbadnotgood est un groupe de jazz, d’abstract hip-hop, d’électro ou de mariachi (même si on peut émettre des doutes sur cette dernière possibilité). Non, ce qui importe c’est que Badbadnotgood soit un très bon groupe, plein de fraîcheur et qui permet à des non-initiés du jazz et/ou du hip-hop de se dire, qu’il y a des bonnes choses partout, il suffit simplement de savoir où chercher.

Album en écoute intégrale ici

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1 commentaire

1 commentaire

Kläxon 12.09.2016

Entièrement d’accord avec cette article. L’album précédent était beaucoup plus accessible pour les personnes n,’ayant pas forcément d’atomes crochu avec le jazz. ‘IV’ reste tout de même un excellent cru.

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