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Back to basics pour Rock en Seine

Après une édition 2018 décevante en terme de fréquentation et très critiquée en terme de programmation jugée « trop rap/trop jeune » avec de gros noms tels que PNL, Maklemore, Post Malone ou encore Justice, 2019 semble être une année de remise en question. Une année de changements de stratégie et de retours aux bases. Rock en Seine reprend du poil de la bête en proposant une programmation beaucoup plus rock, qui ravira celleux qui déploraient la nouvelle identité qu’ils moquaient avec leurs « Rap en Seine » plein de dédain, tout en prenant tout de même de bien jolis risques.

Nouveaux espaces, avec la suppression de la scène du Bosquet, l’ajout de la scène des 4 Vents, et la scène de l’Industrie qui devient donc la scène Firestone (on le précise au cas où tout le décorum n’avait pas suffit à faire passer l’information aux festivaliers – pitié ne renouvelez pas ce décor de garage Disney en carton pâte l’année prochaine). Et retour au bases grâce à un line-up recalibré avec un bel équilibre entre de jolies découvertes et des noms solides qu’on n’avait pas vu sur les affiches de nos festivals depuis longtemps.

Vendredi, premier jour, de très jolis artistes nous ravissent dès l’ouverture, entre la découverte Silly Boy Blue (moitié de Pégase), Balthazar qu’on prend beaucoup de plaisir à retrouver et l’énergie sauvage de MNNQS remplaçant au pied levé King Princess. On a également pu retrouver Johnny Marr oscillant entre compositions solos et tubes des Smiths devant un public visiblement ravi. Le public du vendredi, clairement le plus fourni des trois jours, aura d’ailleurs pu en avoir pour son argent en terme de nostalgie puisqu’il aura pu se gaver des anciens tubes du déjanté Eels, qui n’en démord pas de son virage blues rock.

Et puis bien sûr, la grande messe du vendredi : c’est bien évidemment vers le nom de The Cure que tous les regards se sont tournés et toutes les oreilles se sont tendues. Dès le premier soir, le festival est sold-out, et il semble bien que tous les festivaliers marchent d’un même pas pour se masser devant la grande scène. Unique date en France, après quarante ans de carrière, le groupe culte rassemble toutes les générations. A 21h tout pile, pas une minute de plus, la bande de Robert Smith entonne « Plainsong » et le silence se fait. Malheureusement, le début est laborieux et l’ambiance reste appliquée et distante pendant une bonne première demi-heure avant que tous, peut-être même eux, se prennent au jeu, en enchaînant les tubes. On déplorera juste le manque de rappel son après la régie, et donc un volume sonore trop faible pour celleux qui avaient choisi (ou pas) d’être un peu plus en retrait.

Pour la petite histoire, Robert Smith et sa bande ont demandé à écouter l’artiste qui se produisait ce vendredi là sur la grande scène avant eux. Et visiblement, ils ont été conquis et ravi de cette « ouverture ». Il faut dire qu’avec Jeanne Added, le festival ne prenait pas trop de risque et l’artiste n’a fait que confirmer l’ampleur de son talent. Pour couronner la reine du jour, le concert était une création unique initié par RES avec le chœur Accentus, référence dans la musique vocale.

Le festival se permet également une petite fantaisie en ne terminant pas la soirée du mercredi avec The Cure. C’est en effet Kompromat qui clôture cette journée, sur la deuxième scène du domaine national de Saint Cloud. Scéno léchée, lasers, litanie en allemand, le duo Vitalic et Rebeka Warrior, en chemise blanche et lunettes noires, est au climax du charisme. Tout est puissant, fin et hypotonique. Une réussite totale. De quoi finir cette première soirée en beauté.

Samedi, c’est une tout autre ambiance. Les festivaliers sont bien moins nombreux, éparpillés sous les coins d’ombre qu’offre le site de Saint-Cloud. La faute à une chaleur écrasante et à une programmation bien moins rock, et un peu plus risquée. Et pour cause, ce sont les couleurs soul, jazz et R’n’B que défend ce deuxième jour de festival.

On débute doucement mais sûrement avec le concert de Céleste sur la scène de la Cascade. Avec un grain de voix sublime, la jeune chanteuse née à Los Angeles impressionne par sa maîtrise. Accompagnée d’un guitariste, d’un clavier et de toute une rythmique, Céleste nous offre un moment de soul aux nuances jazz, gospel et même hip-hop. On continue sur notre lancée avec le jazz funk de Louis Cole Big Band, puis Mathilda Homer. Enfin, on retrouve avec joie le son R’n’B des années 2000 avec Mahalia, attendue par des fans en larmes. Seul gros nom rap français de cette prog, Alpha Wann vient bousculer tout cet enchaînement de douceur en fin d’aprem, sur la grande scène. Malheureusement le cofondateur de 1995 peine à convaincre la petite foule amassée devant la scène, se moquant même avec un « on voit ceux qui attendent Major Lazer et Jorja Smith !« .

Et pour cause, le soir est marqué par le closing de Major Lazer bien sûr mais également par le concert exclusif de Jorja Smith (qui nous fera tristement rater Peter Cat Recording & co). L’étoile montante de la néo-soul envoûte par son élégance, son assurance et sa voix et confirme que ce n’est que le début de sa carrière.

Foals - Olivier Hoffschir

Enfin, dimanche, dernier jour cette édition, retour au rock, aux guitares qui saturent et à la disto. Avec notamment Cannibale, Le Villejuif Underground, The Murder Capital, Deerhunter, Royal Blood, ou encore les showmen Bring Me The Horizon qui réveillent les quelques endormis qui pouvaient rester, à grands coups de screamo, de grosses guitares et de vidéos mi-colorées mi-flippantes.

Mais c’est aussi (et surtout pour certains) le retour de Foals. Venus défendre leur dernier opus, Yannis et sa clique ne trahissent pas leur promesse de groupe taillé pour le live. L’énergie est communicative, la rage bien présente (« Fuck Brexit ! Fuck Johnson, Fuck Trump, Fuck Bolsonaro, Fuck Putin ! ») et les tubes toujours au rendez-vous. C’est dire s’il ne nous restait que peu de forces pour le closing du festival…

Un closing là aussi très osé puisque les programmateurs auront fait le choix d’Aphex Twin, véritable gourou de l’IDM, de l’EBM (ou autres trucs à trois lettres) qui a mis la tête à l’envers à plus d’un festivalier. Scénographie impressionnante, lumières affolées, et vidéos déstructurées (voir dérangeantes); il y a fort à parier que le Britannique a livré le set le plus dingue de Rock en Seine depuis des années. Entre les visages déformés de Didier Deschamps, Coluche, Alexandre Benalla ou Édith Piaf, on prend une claque visuelle et auditive, qui nous reste, quelques jours après, encore à analyser. Le Britannique, quasi cinquantenaire, réussit la prouesse de ne jamais laisser les spectateurs se reposer, ni musicalement, ni visuellement. Chaque minute est une épreuve. Comme s’il fallait lutter pour apprécier. Et comme si cet effort rendait le résultat encore plus beau. Forcément clivant, forcément déroutant. Mais c’est peut être ça qu’on aime le plus dans la musique.

Avec près de 100.000 festivaliers, cette édition aura donc tenu le pari de se renouveler tout en revenant aux fondamentaux RES. Sous ses airs de machine bien rodée, le festival francilien aura pris quelques jolis risques et tenter de bousculer ses festivaliers. Juste ce qu’il faut pour ne pas les faire fuir. Pari gagné ? C’est avec une toute nouvelle impatience alors qu’on se surprend à attendre les premiers noms de 2020.

Crédits photo en une : Olivier Hoffschir

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