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Astropolis, 20 ans de rave (4/4)

Vingt ans. Vingt ans qu’une poignée de doux rêveurs agitent la pointe bretonne. Vingt ans que le crew d’Astropolis (ré)invente la rave avec goût. Vingt ans qu’il prend les châteaux d’assaut, convie toutes les musiques électroniques pour des nuits blanches mémorables, les yeux tournés vers Detroit, Chicago, Amsterdam ou Berlin. A l’aube d’un anniversaire mémorable qui commence dès ce soir, on a décidé de balayer ces deux folles décennies en compagnie de Matthieu Guerre-Berthelot, l’une des deux têtes pensantes de cette aventure dingue. Voici le quatrième et dernier volet : 2009-2013.

2009. On imagine une édition cosmique pour célébrer les premiers pas sur la Lune en 1969. Ce sera Burger, le chien de Gildas, mascotte d’Astropolis, qu’on prendra en photo avec un casque de cosmonaute russe sur la plage des Blancs Sablons, près du Conquet. La même année, Uwe (AtomTM) arrête ses activités…  Pour la première fois, les Sonics – structure d’Astropolis – n’ont plus de co-producteur. Pourtant, on continue à se développer. Trouver un sens à ce mouvement, raconter, faire comprendre, l’ouvrir à un large public. Notre challenge est de rester dans l’underground, de ne pas tomber dans le mainstream… Même si on invite cette année-là la superstar Sven Väth !

Cela faisait 4 ans qu’on le pistait. Booker Sven Väth un samedi soir en été, ça coûte cher. Mais finalement le bonhomme accepte, car il joue rarement en France. Le mec est cool, il passe sa soirée dans le festival à boire des bières avec les gens. A sentir la soirée, le public. Il finira sur l’Atrofloor pendant 4 heures. Son son était énorme, juste avec des vinyls. Le lendemain, il s’envole direct pour jouer dans une after à Ibiza, avec un kouign-amann qu’un ami lui avait donné sous le bras. Tradition bretonne oblige. Mais sans la jeune fille de notre équipe qu’il avait essayé de le séduire comme un folle.

2010. On réfléchit à un thème… Ce sera « Hippy Freak ». On pense à une affiche avec des gens nus. On passe un message sur Facebook, et 2 jolies personnes se présentent à nous. Les voilà nues dans un champ à poser devant l’équipe… Et les vaches au fond du champ qui débarquent, un peu étonnées. Et là boum, super photo. On a Adam et Eve. Bon, on se dit que c’est peut-être chaud de balancer des gens à poil sur une affiche, d’où l’idée de cacher les parties intimes par des traces de peinture rose, comme si l’affiche avait été vandalisée.

Le plateau laisse les médias perplexes. « Kalkbrenner c’est qui ? » C’est la star techno qui prendra 200 000 € dans 2 ans aux Charrues, aurait-on envie de leur répondre aujourd’hui. On est sûrs de nous sur ce coup-là. Et en plus Dieu nous vient en aide : une asso ultra-catho colle des autocollants « Porno, ras le bol » et « Pub racoleuse pousse au viol » sur l’affiche… Bingo ! On diffuse les photos sur le web et les médias s’emballent, de Rue89 à Tf1. La promo est énorme, les ventes de billets doublent en une semaine. Merci les cathos. Sinon Paul Kalkbrenner termine sa nuit à 8h du matin, à boire du cognac avec Mathew Jonson. En plus il faisait beau…

2011. Comme d’habitude, on cherche un thème… Mais 17 ans, ca veut dire quoi ? Un ami nous cite la phrase de Rimbaud, « on n’est pas sérieux quand on 17 ans »… La classe ! On adhère… Un rocker brestois – Philppe Stourm – écrit : « Comme tous les étés, Astro revient convoquer l’esprit de la fête, attirer les gens libres sous la conjonction des astres. Pour ce faire, aux quatre points cardinaux de la cité, port, manoir, Vauban, Guérin, s’échafaude tout un système minutieux et plein de malice, pour remettre en place la dimension du son. Les lignes de longitude et latitude. L’esprit de la fête, la pêche, les anciens, les jeunes, les pompons rouges. Tout est faisable dès lors qu’on voit Laurent Garnier danser sur les tables à Astro, heureux comme un gosse, épelant toute la nuit les Tables de la Loi. Cool, décontracté, moderne. Old school et novateur, comme toujours. Astropolis…C’est pas une institution, c’est un laboratoire. Une station orbitale vraiment logique et vraiment barrée… Un vivier sonique qu’on explore et qu’on retrouve inlassablement, côté cour, côté jardin. Astro, c’est toujours comme si c’était la première fois. En mieux. Parce qu’on n’est pas sérieux, quand on a 17 ans. »

Le texte est beau et en 2011 le public devient curieux. Avide de découvertes. Le festival n’a plus besoin d’aligner des têtes d’affiche comme 95 % des festivals… On défriche, même si parfois on le fait de manière inélégante : un soir en janvier, Antoine Kraft (encore lui) me fait écouter les premiers morceaux de Gesaffelstein… Je trouve ça classique, l’impression d’avoir des milliers de tracks comme celui-ci… Et puis il me montre sa photo sur Turbo. Et je lui dis OK, on fait. Le mec est beau, il a classe.

C’est l’année du dubstep en France. Difficile d’oublier les galères que nous avons rencontrées avec les artistes ce cette scène ce soir-là. Rusko, Goldie, Sigma, MC Nomad… Tous bloqués à Paris. Il est 22h00. Air France les a plantés. Plus aucun avion pour Brest. Nous avons loué un avion privé qui décollait du Bourget. Les artistes sont finalement arrivés à 6h du matin sur le site de Keroual alors qu’Elisa jouait depuis 1h du matin… La mission avait été accomplie. Les artistes étaient à Astropolis et il leur restait 2h30 pour se partager les platines et rendre leur public heureux.

2012. Hop, on se dit, qu’on va faire deux éditions, l’hiver et l’été, on n’en a jamais assez… Les projets sont différents. Le public est plus calme en hiver. L’édition fait la part belle aux rencontres, aux ateliers, aux découvertes… On prendra une claque énorme avec le mix de François K, qui terminera son set par un long discours où il expliquera sa démarche depuis les années disco. L’été, on revient aux fondamentaux : la fête, avec un public plus que festif. Arnaud Rebotini finira son set une bouteille de vodka à la main et essayera désespérément d’embrasser les chaussures rouges de la chargée de com de la Carène. Tandis que les Modeselektor livreront un live danteste, arrosant le public de champagne… Le samedi, les Atari Teenage Riot, qu’on voulait avoir depuis 5 ans, exploseront le système son aux balances… La réputation du groupe d’anarcho-punk-techno est validée… On fera venir à l’arrache un nouveau système son de Rennes. Le show sera terrible.

Autre gentil et grand personnage, l’as des platines Seth Troxler. Il fera un set chamanique de haut vol, et l’équipe technique balancera 200 g de pétales de rose à la fin de son set. La rave à l’état pur… Pur plaisir.

2013. L’hiver, Kavinsky nous plante… Le bonhomme est devenu une star. Il est remplacé au pied levé par Etienne de Crecy, qui va retourner le public de la Carène… Lui est toujours aussi cool, même si c’est aussi une star. L’été, on commence fort avec Woodkid. Le show nous bluffe… Quatre jours après, sur la route de nuit, on entend la retransmission de son concert aux Francofolies. C’est le même concert, avec les mêmes speechs entre les morceaux, mot pour mot. On se rend compte que c’est juste un show. Beau, mais comme une comédie musicale. Kavinsky viendra finalement se rattraper, car son pote Jackson est présent. Jackson fera un super live. On nous prévient que quand ils sont ensemble, ils sont infernaux. Ils ne connaissent pas les Bretons ; le crew d’Astro les bat largement… Les Digitalism nous plantent en prétextant qu’il y a du brouillard et que leur jet ne peut pas atterrir, mais bizarrement il fait super beau sur Brest. Le rare Siriusmo et Kap Bambino feront le travail et exploseront le dance-floor… Caroline sortira de scène trempée. Tremblante. Un nouveau duo vient de se créer : The Driver vs Electric Rescue.

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