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Art Rock, c’est la vie

Ville laissée de côté par une partie de ses commerçants, ses jeunes et même ses punks à chien, Saint-Brieuc revit chaque année le temps d’un (court) week-end de printemps. Pendant que les chrétiens célèbrent la Pentecôte, et l’arrivée du Saint-Esprit sur Terre, les illuminés briochins fêtent eux le retour de la vie festive dans les Côtes d’Armor au Festival Art Rock.

Qu’est-ce que la vie ? Et surtout qu’est-ce qu’Art Rock ? La question paraît vaste, mais la réponse est en réalité très simple. Démonstration par l’absurde :

Proposition 1 : La vie, selon les philosophes présocratiques (et aussi selon Wikipédia), peut être comprise et analysée au filtre des quatre éléments (le feu, la terre, l’air et l’eau), dans la mesure où « chaque substance présente dans l’univers serait constituée d’un ou plusieurs d’entre eux, en plus ou moins grande quantité ».

Proposition 2 : Art Rock, selon Alice Boinet, co-programmatrice du festival, c’est principalement deux choses : « un festival pluridisciplinaire, qui mêle musique, art contemporain, danse, arts de rue et gastronomie ; et un festival urbain ». Deux aspects justement regroupés (heureux hasard !), pour cette édition, autour du thème des « Fantastic elements », au nombre de cinq :

Le feu

Il est venu d’un peu partout, dès le vendredi soir. Sur la grande scène, les Naïve New Beaters, Jagwar Ma, La Femme et The Kills se sont succédés. On en attendait beaucoup, aucun n’a déçu. Même remarque pour Acid Arab (samedi), Metronomy et les Black Angels (dimanche). De son côté, la performance de Cassius laisse sceptique. De maladroites transitions entre ses tubes, un rythme saccadé. Comme pour se rattraper, le duo lâche drop sur drop, mais ça ne prend pas.

Black Angels - Titouan Massé

Black Angels – Titouan Massé

Kills - Titouan Massé Photography

The Kills – Titouan Massé

Sur la scène B Roméo Elvis, bienveillant (« Hé copain ! Hé le mauve là ! Arrête de les molester, tu me casses les couilles ! »), assure. Le joint incandescent vissé entre les lèvres et la casquette collée au crâne, les aficionados jubilent. Il faut reconnaître que le rappeur belge, accompagné par son génial producteur (Le Motel), met à l’envers son public.

Spécialisés dans la pyromanie depuis presque trente ans, les allumés de la Compagnie Carabosse ont littéralement foutu le feu au Parc des Promenades. Ambiance Burning Man à Saint-Brieuc : un ensemble de structures métalliques, disposées dans l’ensemble du Parc, se sont enflammées dès la tombée de la nuit pour accueillir les festivaliers. On reste hypnotisés, comme devant un confortable feu de camp.

L’air

De l’air, il y en avait un peu trop sur la grande scène pour le set d’Abra, dimanche soir. Seule avec son DJ, elle a peiné à occuper tout l’espace, malgré de beaux mouvements de bassins. Dommage. En revanche, l’air ne circulait pas entre les huit membres du groupe No-Zu, qui se sont marchés dessus sur la petite scène du Forum, pour le closing du festival. Pas assez pour décourager le groupe qui a retourné la salle avec son savant mélange de funk, de dance, de world et de musique électronique.

On profite de cette section pour pousser un petit coup de gueule contre le mec qui a lâché un énorme vent juste devant nous pendant le concert de La Femme. On sait bien que, perdu dans la foule, ça peut paraître tentant, mais retenez-vous, merde !

L’eau

Il en faut toujours un peu : la pluie s’est jointe à la fête. Pas trop grave : le sol goudronné du parking de Poulain-Corbion, comme tous les sols goudronnés, a été spécialement conçu pour ne pas se changer en gadoue. Pratique. Et puis c’est surtout sur Julien Doré qu’il a plu.

Une bonne raison, s’il en fallait vraiment une, de rester voir Paradis un peu plus longtemps. C’est là que vous me direz : il pleuvait aussi sur la scène B. Certes. Alors c’est pour l’image (mais aussi et surtout pour la musique) qu’on reste : un paradis breton sous la pluie, ça n’a pas de prix.

Bon, finalement la pluie c’est quand même un peu chiant. Direction le Forum, donc. Grand bien nous en a pris, puisque, en plus d’être au sec, on assiste probablement au meilleur concert du festival. Les Parcels délivrent un set dansant, hyper technique et impeccablement maîtrisé. Leur premier album sortira fin juin.

Parcels - Titouan Massé

Parcels – Titouan Massé

La terre

La terre s’exprime dans tout ce qui est dur, dense et sec. Exactement comme la musique des Nova Twins, quoi. Mélange de punk (pour l’énergie) et de grime (pour les lignes de basse hallucinantes), le son d’Amy Love et Georgia South claque fort. Façon White Stripes sous cocaïne, enfin si l’on peut dire. Elles n’ont pas été le coup de cœur de Jean-Louis Brossart, programmateur des Trans, pour rien.

Le nôtre, de coup de cœur, arrive une demi-heure plus tard avec les fantastic lads de Shame. Aucun d’eux n’a plus de vingt ans, mais ils évoquent les meilleures heures du punk de la fin des années 1970. On entend Wire, The Fall, Crisis… Que du bon. Après quarante-cinq minutes d’un show éprouvant, trempés et à moitié à poil, les cinq quittent finalement la scène sous une ovation nourrie. Et amplement méritée.

Shame (2) - Titouan Massé

Shame – Titouan Massé
Shame (1) - Titouan Massé

La terre, c’est aussi la chapelle Le Braz. Transformée en club spécialement pour l’occasion, elle fait l’objet de beaucoup de fantasmes. Mais ses portes ne laissent pour l’instant passer que les VIPs, les bénévoles et les journalistes. Les autres doivent faire demi-tour et se diriger vers l’une des boîtes pourries du centre-ville de Saint-Brieuc. L’intérieur est étrangement lumineux, tout le monde se reconnaît. Au fond, perché sur sa chaire improvisée, Julien Tiné, DJ local et curé d’un soir, préside cette grande messe païenne. Blasphème suprême, il joue « Killing In The Name » des Rage Against The Machine. Enorme pogo, puis fin de partie.

After Chapelle - Gwendal Le Flem

After Chapelle – Gwendal Le Flem

Le pixel

Retenu comme cinquième élément, le pixel fait évidemment référence à la photo et à l’art numérique, largement mis à l’honneur cette année. Pour un commentaire des œuvres (présentées pour l’exposition Fantastic Elements), que l’on a malheureusement pas eu le temps d’admirer, reportez-vous au très bon report de notre camarade du Monde. Enfin, si vous voulez.

Conclusion : Au final, quand même un peu parce que ça nous arrange, on dira que les éléments sont la vie et qu’Art Rock est les éléments. Or, très précisément, si les éléments sont la vie, et si Art Rock est les éléments, alors Art Rock c’est la vie. Un raisonnement imparable. CQFD.

Crédits photo en une © Gwendal Le Flem

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