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Arm est né

Le rappeur Arm livre avec « Dernier Empereur » un neuvième disque bluffant. Condensé de son parcours et véritable aboutissement discographique, le né-poète prend en l’espace de trente minutes une nouvelle envergure. Parler d’album de la maturité est bien trop entendu. Pour la première fois seul durant 30 minutes, pas de feat, pas de producteur, comme une envie de se foutre à poil.

Dernier empereur est un album qui marque la fin d’une conquête, d’une campagne résolue à travers l’hexagone. À la croisée des chemins, Arm n’a pas peur d’épouser ce qu’il aime. Depuis 15 ans déjà, Arm n’a pas réussit à s’en empêcher. À s’empêcher d’Aimé Césaire, Hamlet, le son saturé d’une guitare ou, depuis peu, l’esthétique d’un vocoder.

La case du rap a toujours été trop étroite pour lui. Jamais pourtant il ne s’est revendiqué d’un autre territoire. Le rap, cette caste ouverte où l’on doit tailler son ego dans le codage binaire d’une mixtape, a été la carte le menant chez lui. Maintenant le voilà à l’aube du tome trois de sa carrière.

La genèse a tout d’abord été tourmentée et flottante, brillant d’un éclat inouï (l’album Des lumières sous la pluie, de son groupe Psykick Lyrikah). Puis est venu le virage électronique (2011) de Psykick avec le disque Derrière Moi, inaugurant la fin d’une époque. Celle d’une fragilité exacerbée durcie par le temps pour devenir l’instantané d’une hargne à l’exigence ardente. Le poète a alors embrassé la flamme de sa détermination. Sans prétention mais avec une résolution à toute épreuve, Arm a affronté ses aspirations. Du jazz au rap underground, il n’est Jamais trop tard (2013) pour lui de se mettre au défi.

Puis surgit cet album, qui vient parapher la fin d’une Iliade, mais certainement pas de l’Odyssée. Ulysse, c’est lui se mettant à l’épreuve de la traversée la plus dure qui soit : celle où, livré à soi même, on navigue en solitaire. Intraitable dans ses prises de risque, insatiable dans sa quête, le rappeur à la plume cérébrale franchit un palier supplémentaire.

Arm – De Passage

Certains diront qu’Arm rap à l’envers comme maître Yoda. Je conteste ; même si les deux possèdent bel et bien un point commun, leur origine : le futur. Investi depuis son dernier opus d’une identité 3.0 (à retrouver sur l’album Psaumes ft. Tepr) qui projette notre monde dans un film d’anticipation à la Blade Runner, Arm pose devant nous une dystopie bien réelle. Se projeter dans un futur déjà présent, rien de plus normal pour quelqu’un qui a marqué toute une génération du hip-hop alternatif. Souvenons-nous de l’hommage que lui a rendu l’animal Lucio Bukowski lors d’une scène partagée en février dernier au Pan Piper.

Mais ce serait faire fausse route d’assimiler Arm à un ancêtre du rap car jamais il n’a été autant actuel. Tout en électro, c’est avec surprise que l’on retrouve dans Dernier Empereur des fragments de vocoder, auto-tune et autre beats trap (« S’éloigner d’eux », « Si », « Ta Main »). L’ancien de Psykick Lyrikah endosse alors la post-modernité comme identité et prouve que ce n’est pas l’outil qui fait l’artiste, mais bien l’inverse. En affrontant seul le saut de la production Arm a affranchit ses pas, devenant l’artiste autonome, celui qui fixe ses propres lois. Il se frotte ainsi aux nouvelles technologies de la musique urbaine non pas pour se battre pour le prestige avec la jeune génération, mais simplement pour voir ce dont il est encore capable.

Arm ( Keflione

Keflione

Toujours aussi rugueux, le Breton travestit alors les villes en entités cybernétiques pour faire déferler sa flotte de variations synthétiques. Les différentes prods et textes de Dernier Empereur sont semblables à une grande alchimie, condensé bionique et précipité chimique de ses anciens albums. Guitare saturée et sons de synthé des années 80 (« Nouveaux héros », « Si »), tumultes technoïdes (« Roule », « Dernier empereur »), chant susurré et sample de piano (« Même route », « La lumière »). Le canevas de l’album suit un rythme imparable. L’animosité du début le montre conquérant et prêt à défaire les tourbillonnements du monde. Celui qui pourrait passer pour un enfant destructeur à la flamme facile se transforme ensuite en sage (« De passage »). Les basses vrombissantes et la diction assagie nous surprend alors dans la tempête, comme un pas de danse dans l’œil du cyclone. Après le cataclysme des trois premiers titres émerge une ritournelle anxiolytique résonnant comme un Haïku (« Si »). Titre suivant, « Ta Main » révèle une chanson d’amour lancinante où le breton épure le beat et panse les plaies. La paternité l’aurait-il adoucit ? Rassurez-vous cependant, l’empreinte qui le caractérise est toujours là : espérance modérée et optimisme glacial. Sa voix hiératique place les mots devant nous, trop puissants pour être entendu en une seule fois.

Contrairement à ses précédentes productions, Arm surprend par la diversité des tracks. Intenses, tumultueuses, apaisantes, de la déclamation à la déclaration de guerre, de l’amour doucereux au repli métaphorique, c’est peut-être même la première fois qu’on l’entend chanter pour peindre avec fragilité la route prise avec ses proches. Enfin le chemin s’éclaire et aboutit à la légèreté de l’âme de celui qui sait où il est, et pourquoi. La dernière track vient couronner de succès une chute sans concession dans un équilibre irréprochable. 30 minutes suffisent tant l’intensité de Dernier Empereur agite nos neurones comme des feuilles dans une tempête. Le néo-Arm est né. Toujours là pour exploser les codes, il a enfin osé poser son séant sur son propre trône. Un disque qui parachève en quelque sorte le second tome de sa carrière.

À quand la suite ? En tournée à partir du 4 novembre 2017, Arm viendra bousculer ton petit royaume le 29 novembre au studio 104.

Crédit photo en une Gildas Raffenel

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