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Alt-J : « C’est presque comme si c’était notre premier album »

Leur premier album avait fait l’effet d’une petite bombe, les propulsant directement sur la scène internationale comme « le groupe en vogue ». Le second n’avait fait que confirmer le phénomène Alt-J malgré quelques critiques par-ci par-là. Un mois après la sortie de « Relaxer », on a pu discuter avec Joe et Gus pour décortiquer avec eux leur troisième album qu’ils venaient présenter en live au public lyonnais des Nuits de Fourvière.

La forme de ce nouvel album est assez différente de celle des autres, il n’y a pas d’intro, pas d’interlude, moins de morceaux… Vous aviez besoin de changer la forme pour pouvoir changer le fond ?

Joe : On a eu une discussion à ce propos. On pensait que l’ensemble de nos morceaux méritait une organisation différente de ce qu’on avait fait jusque-là.

Gus : On l’a fait sur les deux premiers mais on ne pouvait pas le faire pour toujours.

Vous avez dit qu’au début de la composition de votre chanson « Adeline », vous tombiez un petit peu dans le cliché d’un morceau d’Alt-J. Comment avez vous évité cet écueil sur ce nouvel album ?

Gus : C’était plus sur la production des morceaux, on ne voulait pas continuer sur la voie qu’on avait ouverte avec d’autres morceaux similaires. On a plusieurs morceaux calmes, qui grandissent et s’emballent ensuite. Par exemple, au lieu de faire monter la batterie, on peut la faire descendre. Parfois faire l’inverse de ce qu’on a déjà fait, ça marche bien.

On dit souvent que le deuxième album est le plus difficile et le plus dangereux, surtout après un énorme succès. Et le troisième alors ?

Joe : Le troisième album, c’est celui où tu commences à te poser et à être à l’aise en tant qu’artiste. Le public est maintenant complètement habitué à nous avoir sur leurs téléphones, leurs ordinateurs, de nous voir en festival. Les deux premiers albums, c’est pour faire émerger le nom du groupe, son style. Et maintenant, c’est presque comme si c’était notre premier album.

C’est un peu comme un nouveau départ pour Alt-J ?

Joe : En un sens oui, mais on ne l’a pas écrit comme si c’était réellement un nouveau départ, on a juste écrit les morceaux qu’on avait envie d’écrire. Des gens disent que ça sonne différemment, donc on se dit que ça doit être vrai.

À la fin de « Hit Me Like that Snare » vous dites « Fuck you, I’ll do what I wanna do », à qui est destinée cette phrase ? 

Gus : L’histoire de ce morceau se passe dans la tête d’un personnage mais c’est vrai que ça colle bien avec le fait que la façon dont sonne ce morceau est assez inhabituelle pour nous. C’est un morceau un peu risqué pour nous, donc c’était aussi une manière de montrer qu’on faisait ce qu’on aimait, et ce qu’on voulait.

alt-j-relaxer

Et c’est dans cet état d’esprit que vous avez approché ce nouvel album ?

Joe : On a toujours fait ce qu’on voulait, mais peut-être que cet état d’esprit est encore plus présent sur un morceau comme « Hit me like that Snare ». On n’écrit que les morceaux qui sont sur l’album, on n’aime pas écrire 30 morceaux et puis ensuite retirer la moitié. Donc tous nos morceaux sont très réfléchis, on ne perd pas notre temps sur des choses qu’on n’aime pas dans l’espoir que quelque chose de bien en sorte.

Pourtant je sais que vous avez travaillé très longtemps sur « In Cold Blood », puisque vous aviez déjà commencé à travailler dessus à l’époque de votre premier disque An Awesome Wave (2012). 

Gus : C’est vrai qu’on a travaillé sur ce morceau pour le premier album, et ensuite on a réessayé pour le second, mais on arrivait jamais à le terminer et à vraiment l’aimer. Et puis, à un moment, on a eu une sorte d’illumination. Je pense que n’importe quel artiste sera d’accord pour dire que des fois il y’a des fulgurances inexplicables qui viennent modifier un morceau. Donc pour « In Cold Blood », on s’est rendus compte que si on revenait au début après le premier refrain, ça pourrait marcher. Ça paraît évident maintenant mais ça ne l’était pas au départ.

Cet album est aussi assez « orchestral », avec la présence d’instruments comme le Basson dans « Last Year ». 

Gus : En fait on a réalisé que ce qu’on composait avec une guitare ou un piano ne devait pas forcément rester sur cet instrument dans le morceau. Ou même, quand on trouve une belle mélodie en chantant, on se dit que ça sonnerait peut-être mieux sur un instrument. Et puis il n’y a pas beaucoup de groupes aujourd’hui qui utilisent des instruments comme ça. Nous, ça nous intéressait d’explorer ça.

Les paroles de « Last Year » sont très sombres, et même si je sais que l’histoire n’est pas basée sur votre propre vie, vous entretenez quand même une certaine ambiguïté en utilisant la première personne ou encore avec certaines coïncidences comme le fait que le personnage soit né en octobre tout comme toi Joe.

Joe : C’est toujours plus efficace d’utiliser la première personne dans une chanson. Après pour ma date d’anniversaire, certains fans peuvent savoir que je suis né en octobre et d’autres pas. Donc certains vont se demander : « De qui s’agit-il ?« , « Qui parle ? » Et puis on ne sait même pas si c’est un homme ou une femme. Susciter un questionnement chez le public, l’intriguer, c’est toujours une bonne chose parce que ça maintient son attention.

Vous avez dit que votre musique était faite pour être écoutée allongé dans un lit, à l’horizontal, posé, peut-être un petit peu défoncé, d’autant plus que ce nouvel album est encore plus calme que les deux autres. Comment avez-vous travaillé votre live sachant que les gens ne seraient pas dans leur lit ?

Gus : On s’est concentrés sur nos morceaux les plus rapides et dynamiques. On ne joue pas les morceaux comme « Last Year », ou « House Of The Rising Sun », parce que c’est difficile de maintenir l’attention du public en festival avec ce type de chansons. Mais sinon pour les morceaux qu’on joue, on travaille très dur en studio, on y passe du temps. On se demande qui peut jouer quoi et à quel moment, c’est un des moments les plus compliqués.

Quand vous composez vous ne pensez pas du tout à la façon dont vous allez pouvoir adapter l’album au live ?

Gus : On essaie de ne pas y penser parce que ça nous limiterait trop.

Joe : On se dit : « On verra ça plus tard ! »

Vous aviez déjà utilisé des voix féminines, comme sur « Hunger Of The Pine » par exemple, et elles sont une nouvelle fois présentes à plusieurs reprises sur « Relaxer ». Qu’est-ce qui vous plaît là-dedans ? 

Joe : Premièrement ça renforce l’aspect narratif des morceaux. Si tu mentionnes plusieurs personnages et que tu as la possibilité d’utiliser plusieurs voix, c’est toujours mieux. Et puis c’est rafraîchissant d’entendre d’autres voix que la mienne. Et enfin, il y a aussi quelque chose de très agréable dans la voix suave d’une femme qui chante. (rire général)

Quand on s’intéresse aux paroles de l’album, on ne voit pas de lien évident entre les chansons. Pourtant, à l’écoute, il y a une vraie cohérence harmonique et musicale.

Gus : Les gens décrivent souvent nos albums comme des « concept albums », mais ils n’en sont pas. Tu as raison de dire que les morceaux ne sont pas liés entre eux, ils ne développent pas tous le même thème.

Justement, les thèmes des morceaux sont différents mais la couleur musicale reste proche.

Gus : Et bien je suppose que c’est une bonne chose, non ?

Joe : En fait, c’est juste parce qu’on écrit des morceaux d’Alt-J. C’est pour ça que c’est cohérent. Les autres groupes ne pourraient pas écrire ce qu’on écrit et on ne pourrait pas écrire ce que les autres écrivent. On écrit comme on sait le faire et rien de plus.

La semaine dernière vous avez posté une photo sur Instagram d’un de vos premiers concerts dans la chambre de Thom à Leeds, qu’est-ce que vous vous dites quand vous voyez ça ?

Gus : On aime revoir des vieilles photos d’Alt-J, ça nous met un coup à chaque fois. On fait tout de suite la comparaison entre nous à cette époque et nous maintenant. Il y a peut-être une part d’ego trip là-dedans aussi, si on était encore en train de jouer dans des chambres, ça ne serait peut-être plus très intéressant… (rires)

Alt-J sera au festival Lollapalooza le 23 juillet à Paris.

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