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Agnes Obel : « Le piano-voix, c’est l’orchestre philharmonique du pauvre »

Alors qu’elle revenait en terres clermontoises à l’occasion du Festival Europavox et sept ans après sa première scène en France ici-même, on a pu rencontrer la très discrète Agnes Obel. Après avoir fait trois fois le tour de la loge pour trouver le meilleur endroit où se poser pour l’interview, on a pu parler avec elle de son nouvel album, de sa voix, et aussi de son fan numéro 1, le rappeur belge Damso.

L’année dernière, vous avez sorti votre troisième album et votre musique a évolué depuis le début de votre carrière. Est-ce dû à un changement dans votre processus créatif ?

Il a beaucoup changé pour cet album effectivement, je voulais voir si j’étais capable de travailler différemment. Cette fois-ci j’ai voulu travailler à partir d’un concept, sur lequel je pourrais écrire. J’ai pensé que trouver un concept pourrait me pousser à aller plus loin, et j’ai fini par avoir cette idée autour de l’homme de verre, c’est un terme qui se réfère à notre vie privée et à ce sentiment d’être surveillé par l’extérieur. Je me sens en verre parfois, surtout avec ma musique, quand je suis sur scène. Il y a aussi l’aspect fragile du verre. Et puis, en quelque sorte, tout le monde est en verre : aujourd’hui, on s’expose tout le temps, tout est transparent ou prétend l’être. Donc il y avait plein d’angles intéressants à travailler avec ce concept.

Sur vos premiers albums vous avez travaillé seule, ça aussi ça a changé ? 

Je continue à travailler toute seule, j’ai exactement le même matériel, j’utilise le même micro, tout est pareil, c’est presque superstitieux.

Agnes Obel – It’s Happening Again

Le concept est différent mais le processus de production est le même. 

Oui… Avant je jouais dans des groupes, donc j’ai déjà travaillé avec d’autres gens, mais en fait je n’arrivais pas à exprimer avec les mots que je voulais. Il y a des gens qui ont tout simplement besoin de se mettre au piano et de jouer, et j’en fais partie. Quand j’ai une vision dans ma tête, je ne suis pas sûre de pouvoir l’expliquer aux autres. J’ai besoin d’être seule pour pouvoir m’exprimer. Je suis timide lorsqu’il s’agit de composer. J’ai l’impression que je chante et que je joue différemment quand je suis seule, et j’aime cette sensation.

A l’occasion de la sortie d’Aventine (2013) vous aviez dit qu’il faudrait attendre le prochain album pour avoir quelque chose de plus grand et ambitieux. Maintenant que nous sommes arrivés l’album en question, est-ce qu’il est plus grand et ambitieux que les précédents ?

Oui, pour cet album je suis vraiment sortie de ma zone de confort. J’avais envie de voir si je pouvais faire ce « grand album » plus ambitieux, donc c’est ce que j’ai essayé de faire.

Pour un album plus ambitieux, vous auriez pu choisir un ensemble musical plus grand, un orchestre par exemple, pourquoi être restée avec une formation réduite ? 

En fait, j’adorerais faire ça ! Mais en fait ma façon de travailler m’en empêche. Tout n’est pas écrit sur des partitions, je compose, j’improvise et j’enregistre, tout ça en même temps. On ne peut pas vraiment improviser avec un orchestre. Et puis c’est très cher de travailler avec un grand orchestre.

Agnes Obel – Riverside

D’ailleurs, pourquoi avoir choisi d’appeler votre premier album Philharmonics alors que votre musique est très épurée et plutôt à l’opposé d’un orchestre philharmonique ?

J’avais l’impression que c’était un album plein d’harmonies, même si j’étais toute seule avec mon piano, donc j’avais envie d’avoir « harmonic » dans le titre. Et puis c’est drôle de faire quelque chose de très simple et de le décrire par un mot qui lui est opposé. C’était un petit peu ma propre philharmonie, elle était dans ma tête. Je n’avais absolument pas d’argent quand j’ai fait cet album, je n’avais même pas de label, donc j’ai juste fait ce que je pouvais. Donc en fait le piano-voix, c’est tout simplement l’orchestre philharmonique du pauvre.

Ce manque d’argent a eu un réel impact sur votre musique ?

C’est difficile à dire, mais je ne pense pas. J’aime beaucoup travailler avec très peu d’instruments finalement. J’aime la simplicité dans la musique. Et mon album Philharmonics est vraiment marqué par cette simplicité. Donc bien sûr c’est drôle de voir l’opposition entre le titre et la musique, mais j’aime l’idée que ça soit ma version d’une philharmonie, et elle est très simple. Je pense que même si j’avais tout l’argent du monde et tous les orchestres que je voulais, je rechercherais quand même la simplicité dans ma musique. J’aime tellement les petits ensembles, les morceaux pour piano, ou violoncelle, la musique folk, la pureté. La simplicité d’une voix et un piano me touche vraiment. De nos jours il y a du bruit partout, je viens de terminer une tournée de deux mois et j’ai joué dans de nombreux festivals et il y a du bruit et du son partout, donc ça fait du bien d’écouter quelque chose de pure, simple et silencieux.

Pour cet album, vous avez aussi joué sur votre voix, vous l’avez modifiée sur certains morceaux comme « Familiar ». 

J’ai beaucoup réfléchi au fait que nous soyons tous multiples. Nous ne sommes pas qu’une seule chose. Ça serait ennuyeux. Je crois que nous avons tous un éventail de personnalités, il y a des événements qui peuvent nous pousser à être quelqu’un d’autre. Par exemple aujourd’hui, ma tour manager a dû être amenée à l’hôpital car une caisse lui est tombée dessus, et dans ce genre de circonstances on voit une autre facette des personnes qui nous entourent. Et c’est encore plus pertinent aujourd’hui avec les réseaux sociaux, avec ça on peut vraiment se créer une version parfaite de nous-mêmes, on peut se créer plusieurs personnalités. C’’était intéressant d’avoir plusieurs voix dans cet album. Et je n’ai pas seulement travaillé la voix par ordinateur, en changeant l’octave ou autre, mais j’ai aussi voulu chanter d’une manière différente. Parfois je chantais d’une façon désespérée, d’une façon grave. C’était une nouvelle manière d’habiter les morceaux.

Pour finir, un rapper belge qui s’appelle Damso… 

Je connais ! J’ai écouté ! J’adore ! (rires) « J’écoute Agnes Obel » (en imitant la voix de Damso) C’est trop mignon !

… il a aussi samplé votre morceau « Philharmonics ». 

Oui, j’aime beaucoup la façon dont il a utilisé le sample, il faut que j’aille réécouter ce morceau.

Vous écoutez du rap ? 

Oui, bien sûr. J’en ai toujours écouté, et je me souviens qu’à mes débuts dans un studio où je jouais il y avait des rapper qui écoutaient qui me disaient qu’ils pourraient sampler. Et puis mon mari est un grand fan de hip-hop, il aime le hip-hop oldschool des années 80-90 comme le Wu-Tang Clan. Donc je connais tout ça ! Et puis surtout, le premier concert de ma vie c’était Cypress Hill. Et je les ai vu récemment, ils jouaient avec Prophets of Rage, donc c’était marrant de les revoir après tout ce temps.

Et puis vous habitez à Berlin, est-ce qu’Agnes Obel va a des soirées techno ?

Je ne suis pas une grande clubbeuse, à vrai dire… En musique électronique je préfère la musique expérimentale, et les trucs old school comme Kraftwerk. Je préfère aller voir un concert qu’aller en club, j’aime tellement voir des gens jouer de la musique.

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